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Les antibiotiques ont 30 ans

Proposé par Institut national de l’audiovisuel

Date de diffusion : 25 févr. 1981

En 1981, à l'Institut Pasteur, les chercheurs étudient les causes de la résistance des antibiotiques. A partir d'échantillons de bactéries résistantes, ils mettent en évidence ceux qui sont efficaces.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2006
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000657

Contexte historique

Par Christelle Rabier

Les antibiotiques ont transformé la médecine au XXe siècle : leur histoire révèle la profonde transformation de la médecine, de ses traitements et de ses méthodes. Au cours des années 1970, l'interrogation se porte sur les formes de " résistances " bactériennes et marque le début de la " fin de l'ère des antibiotiques " (J-P. Gaudillière).

L'histoire de la découverte du premier antibiotique court de 1928 - date à laquelle Alexander Fleming repère l'action anti-bactérienne du champignon Penicellium - à sa production industrielle qui débute pendant la Seconde Guerre mondiale. Il faut en effet une quinzaine d'année pour que le champignon devienne, aux yeux des microbiologistes et des pharmaciens, un médicament. Ce sont d'abord les propriétés antiseptiques du champignon, sans grands résultats, qui sont utilisées par Fleming, dans un contexte où on privilégie la recherche des vaccins. A la fin des années 1930, alors que de nouveaux antibactériens ont été mis en évidence, germe l'idée de l'utilisation de ceux-ci pour le traitement interne des infections. Avec le soutien de la fondation Rockefeller, les premiers essais conduits à Oxford par Ernst Chain et Howard Florey mettent en évidence que l'antibiotique, qui n'est pas nocif, peut soigner des infections à streptocoques ou à staphylocoques. La production reste encore insuffisance pour mener des essais à plus vaste échelle : pour cela, il faudrait en venir à une production industrielle. Or, les laboratoires britanniques refusent de tenter l'industrialisation de l'antibiotique, peu convaincus de la valeur thérapeutique ou commerciale du produit,

La fabrication industrielle du médicament " pénicilline " fut réalisée grâce au soutien financier de l'armée américaine, qui encourage les laboratoires pharmaceutiques à développer la production. Se met en place alors un cartel de firmes, qui bénéficient des résultats de la recherche publique. Dès 1944, des milliards d'unités de pénicilline synthétisées dans les usines sont mises à disposition des médecins militaires.

A la fin de l'année 1944, un nouvel antibiotique au pouvoir bactéricide plus étendu que la pénicilline, la streptomycine, commence à être connu. Cette nouvelle découverte prend place dans un programme de recherche systématique des propriétés bactéricides des champignons ; la souche de ce champignon avait été isolée au terme de recherches orientées vers le traitement du bacille de la tuberculose. Le brevet pour la streptomycine et son procédé de fabrication est déposé en février 1945, quelques mois avant que le prix Nobel de médecine ne soit accordé à Fleming, Chain et Florey. A cette date, la tuberculose constitue une maladie grave, contagieuse, qui affecte particulièrement les familles les plus pauvres. Quasiment incurable, elle a conduit à des formes de prise en charge par l'isolement (sanatorium) : elle représente pour beaucoup le problème majeur de la santé publique de la première moitié du XXe siècle. La tuberculose mobilise un personnel médical nombreux, sensible à l'individualité des formes de la maladie, et divisé sur les traitements à apporter à la maladie. Le succès de la streptomycine s'explique par la transformation profonde des méthodes d'évaluation des médicaments : en Grande-Bretagne, médecins et statisticiens mettent en place la première étude randomisée du nouveau médicament. Lorsque sont publiés les résultats de l'étude en 1948, les médecins sont convaincus de l'intérêt des antibiotiques et de la valeur des nouvelles méthodes d'évaluation de l'efficacité.

L'ère des antibiotiques a culminé dans les années 1960. L'essentiel de l'arsenal de souches antibiotiques contemporaines ont été isolées avant 1965, et les nouvelles découvertes se tarissent au début des années 1970. La question des " résistances " occupe alors une place croissante. Celle-ci est mise en évidence très tôt : dès 1942, un article relate des formes de streptocoques insensibles à l'antibiotique. A la fin de la décennie, la rapidité avec laquelle les résistances multiples apparaissent deviennent un sujet de préoccupation médicale. Les études interprètent ce phénomène de résistance, soit comme un phénomène de sélection naturelle, soit comme un phénomène génétique, selon lequel la résistance s'expliquerait par le transfert de gènes entre bactéries. Le " paradoxe " des antibiotiques devient ainsi un sujet de recherche majeur au cours des années 1970, ainsi qu'une question politique. En effet, les usages des antibiotiques se sont multipliés, en particulier dans l'élevage, et se sont banalisés : à la fin des années 1960, 80% de la consommation animale correspond à des additifs alimentaires. Microbiologistes et médecins s'élèvent alors contre le danger qu'il a à saturer les élevages et l'environnement avec des antibiotiques : en 1970, le Royaume-Uni, et en 1974, la Communauté Européenne interdisent l'utilisation des mêmes antibiotiques pour la consommation humaine et animale.

Selon Jean-Paul Gaudillière, " l'ère des antibiotiques est également celle où la recherche biomédicale a pris une importante croissante dans la quête de la santé. De ce contexte et de la victoire sur les infections bactériennes est née l'idée selon laquelle la mobilisation des savants permettrait à court terme, de trouver une solution technique à la plupart des grands fléaux. Cette culture de la chimiothérapie triomphante (…) appartient à l'univers matériel et mental des Trente Glorieuses ". Aujourd'hui, les campagnes de santé publique entendent en réduire fortement la consommation.

Bibliographie :

Jean-Paul Gaudillière, " Antibiotique ", in Dictionnaire de la pensée médicale, sd D. Lecourt, Paris, Puf, 2004.

Jean-Paul Gaudillière, Inventer la biomédecine : la France, l'Amérique et la production des savoirs du vivant, Paris, La Découverte, 2002.

Éclairage média

Par Christelle Rabier

Le reportage du journal télévisé de la première chaîne se fonde sur une interview d'Yves Achille Chabert, professeur de l'Institut Pasteur : cet institut de recherche, qui est également une grande firme pharmaceutique, représente un interlocuteur privilégié des médias depuis sa création par Louis Pasteur, en raison de sa politique de communication et du rôle dans la diffusion des vaccins. Le reportage est construit sur une interview du chercheur dans le cadre de son laboratoire. Sans entrer dans les recherches précises, biochimiques et génétiques, que l'Institut Pasteur conduit, Y. A. Chabert choisit de montrer des boîtes de pétris où sont cultivées les bactéries résistantes. Pour agrémenter l'entretien assez long, mais peu détaillé sur le détail scientifique des recherches, la rédaction utilise des animations graphiques simples et amusantes. La finalité des animations des émissions scientifiques en est détournée : jusqu'alors, elles servaient à faciliter la compréhension de phénomènes scientifiques.

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