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Le recyclage des déchets industriels à New-Dehli

Date de diffusion : 15 juil. 2010

Mayapuri est un quartier de l'ouest de New-Dehli spécialisé dans le recyclage des métaux. Les déchets métalliques venus d'Inde et du monde entier s'entassent dans les rues du bidonville. Ils sont triés et recyclés dans des fonderies. Le travail est exécuté sans protection par des ouvriers peu payés.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
31 mai 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001336

Contexte historique

Par Claude Robinot

Mayapuri est un district de l'ouest de New-Delhi. On y trouve des zones résidentielles à côté d'îlots de bidonvilles et de zones industrielles. Le quartier est spécialisé dans la récupération et la transformation des métaux adossée à une importante activité de casse automobile. C'est le « scrap market » qui a la réputation d'être le premier marché de pièces détachées d'Inde. Cette industrie rassemble à même les rues un travail informel de récupération, de tri et de recyclage des métaux. Les matières premières et les pièces détachées sont ensuite traitées et commercialisées dans des centaines de boutiques et d'ateliers qui ont une existence officielle, voire des sites internet. Une partie des métaux récupérés alimente des fonderies de fer, d'acier et d'aluminium. Elles produisent à bon marché des lingots et des tôles de qualité médiocre dont une partie est réexportée.

Cette organisation pyramidale avec à la base un secteur informel et au sommet des entreprises légales est typique du secteur du traitement des déchets. C'est une source d'emploi importante qui concerne 1 % de la population urbaine de l'Inde. Avec le développement de Delhi, le quartier a pris une ampleur que les autorités voudraient contenir pour des raisons de planification urbaine et de risques sanitaires. En 2010, le quartier de Mayapuri a été le théâtre d'un accident industriel qui a eu un retentissement international. En mai, des ouvriers démontent des appareils déclassés vendus par l'université de Delhi. Dans ce lot, figure un appareil à rayon gamma chargé de cobalt 60 radioactif. Sept ouvriers sont atteints de brûlures et un autre décède. Les universitaires responsables de la vente sont inculpés. Pendant quelques temps, Mayapuri doit réduire son activité, les ouvriers refusant de venir travailler par peur des radiations.

Pour une fois, le danger ne venait pas de métal importé de l'étranger mais d'une source locale mal identifiée. Le système traditionnel de collecte montrait ses limites. Dans l'industrie moderne, les pièces métalliques sont souvent associées à des produits toxiques. Il est donc indispensable de les identifier et d'en assurer l'origine. On se rappelle le porte-avion Clémenceau et sa coque amiantée. En 2006, la cour suprême indienne lui a interdit l'entrée du chantier d'Alang. Les échanges peuvent être affectés dans les deux sens. En 2008-2009, 19 cas d'acier radioactif exporté ont été répertoriés. L'Allemagne a renvoyé en Inde 150 tonnes de ce métal irradié.

Le contrôle s'est depuis organisé. Les ferrailles étrangères doivent être obligatoirement débarquées dans 17 ports répertoriés. Les déchets métalliques doivent être réexportés après traitement. L'Inde est aussi un grand pays industriel qui produit 8 millions de tonnes de déchets dangereux par an. Le pays ne possède que 11 centres de stockage dans 3 Etats.

Depuis 2005, les autorités indiennes ont décidé de mettre un peu d'ordre dans ce secteur par l'adoption d'une législation plus stricte et mieux appliquée. Des ONG locales comme Toxic Link exercent une surveillance constante et apportent leur aide. Les autorités municipales prennent aussi en compte la dimension sociale du problème. Elles essayent d'organiser le secteur informel des collecteurs en leur donnant une existence légale ou en obligeant les industriels à leur donner une formation pour apprendre à identifier les sources de déchets toxiques ou dangereux.

Éclairage média

Par Claude Robinot

Ce reportage du journal télévisé de France 2 est consacré au traitement des déchets industriels en Inde. Dans un lancement assez long (25 secondes), David Pujadas évoque l'affaire du porte-avion Clémenceau, il dénonce la complicité des occidentaux et des Indiens pour accepter des déchets dont le retraitement est une affaire rémunératrice. Selon le journaliste et le reportage qui suit, l'Inde serait devenue « la poubelle du monde ». Cette présentation classique des rapports Nord-Sud est en partie fausse, même s'il existe un trafic parallèle et juteux. Le quartier de Mayapuri présenté dans le sujet ne travaille pas forcément avec du métal importé mais avec la collecte quotidienne des récupérateurs de métaux. Les images montrent des échoppes et les ateliers spécialisés dans le traitement des métaux (bobinages de cuivre, tuyaux, pièces automobiles).

Certes le travail reste informel et s'exécute dans des conditions précaires, les déchets finaux encombrent les rues, mais la commercialisation à l'achat comme à la vente est parfaitement légale. Quant à l'accident dû aux radiations du cobalt 60 expliqué par un ouvrier, il vient d'un appareil collecté dans une université indienne. Un plan montre un navire échoué et livré au démontage. Ce chantier n'est certainement pas à New-Delhi ! Les plans d'usines sidérurgiques ne sont pas localisés. Ils montrent simplement que l'Inde est un grand producteur et exportateur d'acier. Présenter l'Inde comme la « poubelle du monde », c'est aller un peu vite en besogne pour un pays émergent qui s'adapte rapidement et adopte une législation plus restrictive sur le traitement des déchets. C'est la cour suprême de l'Inde qui a refusé que le Clémenceau soit démonté en Inde. Il a fini sa course dans un chantier britannique équipé pour le désamiantage.

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