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Le Théâtre du Soleil répète 1789 à la Cartoucherie de Vincennes

Date de diffusion : 22 févr. 1971

Reportage sur l'installation du Théâtre du Soleil à la Cartoucherie de Vincennes, sur la création et les répétitions du spectacle 1789.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
18 févr. 2014
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001580

Contexte historique

Par Alexandra Von Bomhard

Le 27 octobre 1959 est créée l'ATEP, l'Association Théâtrale des Etudiants de Paris : Ariane Mnouchkine fonde, avec quelques amis, un nouveau groupe de théâtre universitaire, qui a la particularité d'accueillir des étudiants de différentes disciplines et de leur proposer une formation. La troupe monte, deux ans plus tard, Genghis Khan de Henry Bauchau, aux arènes de Lutèce. De ce groupe universitaire naît, en 1964, le Théâtre du Soleil. Il se constitue en « société coopérative ouvrière de production ». Peu à peu, Ariane Mnouchkine s'impose comme le metteur en scène de la compagnie avec la création de La Cuisine d'Arnold Wesker (1967), puis du Songe d'une nuit d'été de Shakespeare. Marqué par l'esprit libertaire de mai 1968, le Soleil s'aventure ensuite dans la création collective. Ainsi, de 1969 à 1975, avec Les Clowns, 1789, 1793, et L'Âge d'or, c'est l'ensemble de la troupe qui assure la conception et la mise en scène des spectacles. Par ailleurs, le principe de l'égalité de salaire est adopté depuis 1968. Après avoir raconté, dans le film Molière, la vie du célèbre dramaturge, la compagnie revient au théâtre avec l'adaptation d'un roman de Klaus Mann, Méphisto, le roman d'une carrière. Au début des années 1980 s'opère un tournant décisif dans l'orientation esthétique de la compagnie : le Théâtre du Soleil monte une série de Shakespeare, en s'inspirant du théâtre oriental. Il s'agit de Richard II, La Nuit des rois, puis Henry IV. Les créations de la troupe sont ensuite marquées par la collaboration avec l'auteure Hélène Cixous : L'Histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge en 1985 puis L'Indiade ou l'Inde de leurs rêves en 1988 explorent des tragédies modernes. La compagnie alterne alors les cycles de création contemporaine et les retours aux grands classiques. Après Les Atrides (Iphigénie à Aulis d'Euripide, puis Agamemnon, Les Choéphores, Les Euménides d'Eschyle) et Le Tartuffe de Molière, le Soleil monte Tambours sur la digue en 2002, Le Dernier Caravansérail (2003), Les Ephémères (2006), puis Les Naufragés du Fol-Espoir (2010).

1789 s'inscrit dans le droit fil des recherches amorcées par Les Clowns en 1969. Il s'agit de faire émerger un spectacle du plateau, sans s'appuyer sur un texte préexistant. La création, collective, naît des improvisations des comédiens, nourris par une abondante documentation sur cette période de l'Histoire. Pour ce spectacle, Ariane Mnouchkine souhaitait partir d'un patrimoine commun à tous les Français. La Révolution de 1789 s'est progressivement imposée dans l'esprit de la troupe. Les acteurs du Soleil répètent à la Cartoucherie, puis créent le spectacle à Milan, invités par le directeur du Piccolo Teatro, Paolo Grassi. C'est un véritable triomphe. De retour en France, la compagnie ne parvient pas à trouver un lieu qui accepte d'accueillir cette création novatrice. Sans se laisser abattre, les comédiens décident d'aménager en théâtre les vieux entrepôts délabrés de la Cartoucherie de Vincennes. Quelques semaines plus tard, en décembre 1970, malgré le froid rigoureux qui y règne, 1789 y est représenté. Pendant six mois, le spectacle se joue devant des salles combles.

Éclairage média

Par Alexandra Von Bomhard

Ce document est extrait de l'émission Théâtre d'aujourd'hui, série mensuelle puis bimestrielle consacrée au théâtre, diffusée de 1967 à 1971. Ce magazine proposait la diffusion intégrale de pièces, qui pouvaient être précédées de portraits d'auteurs, de metteurs en scène ou de troupes réputées. Ici, le documentaire, réalisé par Nat Lilenstein, est intitulé Théâtre et histoire. Il se centre sur le Théâtre du Soleil, son installation à la Cartoucherie de Vincennes, et les répétitions de 1789. Le reportage commence par un plan séquence (00'00'00 à 00'01'02) parcourant les dépôts désaffectés de la Cartoucherie de Vincennes, avec un insert de l'affiche du spectacle et de l'épigraphe de Saint-Just : 1789, La Révolution doit s'arrêter à la perfection du bonheur. Une voix off rappelle que la troupe a joué le spectacle à Milan et que, ne trouvant pas de salle prête à l'accueillir, elle se voit contrainte de créer un lieu de représentation. Sont alors filmés les travaux entrepris par les comédiens pour réhabiliter la Cartoucherie, qui, de salle de répétitions, doit devenir salle de spectacle. Divers comédiens s'expriment à ce sujet, soulignant la portée politique de leur création et de leur engagement (00'01'02 à 00'05'26). On revient rapidement sur l'élaboration du spectacle, avant d'interroger des collégiens sur la Révolution Française, au programme de leurs études (00'05'26 à 00'07'29). Le documentaire se consacre ensuite plus spécifiquement à la genèse de 1789 (00'07'29 à 00'12'09). Sur fond d'images de répétitions, Ariane Mnouchkine revient sur la façon dont le spectacle a été conçu.

Ce reportage souligne le lien essentiel qu'il existe entre le lieu et la création théâtrale. Outre le combat mené par la compagnie pour créer sa salle de spectacle, ce documentaire rappelle qu'entre l'abri et l'édifice - les deux types de théâtre distingués par Antoine Vitez -, le Théâtre du Soleil a pris le parti du premier. «Dans l'abri», rappelle-t-il en effet, «on peut s'inventer des espaces loisibles, tandis que l'édifice impose d'emblée une mise en scène» («L'Abri ou l'édifice», Les Lieux du spectacle, in L'Architecture d'aujourd'hui, n°199, octobre 1978, pp. 24-25). Et, de fait, un des aspects novateurs de 1789 fut sa scénographie éclatée, perceptible dans ces images d'archives. Ariane Mnouchkine voulait éviter de montrer la Révolution du côté des grands hommes qui ont fait l'Histoire. Elle choisit alors de mettre en scène des bateleurs jouant ce qui leur parvient des événements. Les cinq tréteaux de foire, reliés par des praticables, conféraient ainsi une certaine liberté de mouvement aux spectateurs, qui pouvaient évoluer de l'un à l'autre, rester au centre de l'installation ou s'asseoir sur des gradins. Cela a pu donner à certains l'impression de participer à l'événement historique représenté. Pour Bernard Dort en effet, le public, «une fois au milieu du dispositif, fait partie intégrante du spectacle : il est devenu le peuple. C'est pour lui et en son sein que se joue la Révolution» (in Politique hebdo, 26 novembre 1970). Le document laisse également entrevoir les différentes formes théâtrales mobilisées dans cette création (on va de l'allégorie à la farce, en passant par la marionnette), qui emprunte, entre autres à Luca Ronconi et à son Orlando Furioso (voir ce document sur Orlando Furioso) pour sa scénographie, ou au Bread and Puppet pour la marionnette.

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