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Tentative de Révolution au Bahrein

Proposé par Institut national de l’audiovisuel

Date de diffusion : 20 févr. 2011

La population du Bahreïn, majoritairement chi'ite, encouragée par l'exemple de la Tunisie et de l'Egypte se soulève contre le gouvernement et le roi issu d'une famille sunnite d'Arabie saoudite. Les protestataires occupent la place de la Perle, au centre de la capitale, mais la monarchie n'entend pas céder.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
28 oct. 2014
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001654

Contexte historique

Par Claude Robinot

L'île de Bahreïn est un petit Etat monarchique du golfe persique, gouverné par la famille des El Khalifa, originaire de la péninsule arabique. L'exploitation de la rente pétrolière et sa redistribution permettent un niveau de vie assez élevé dans un pays peuplé de plus d'un million d'habitants. Le régime politique reste autoritaire même si une constitution a été accordée. Le parlement qui avait été dissout en 1975 a été rétabli en 2001, sous la pression de révoltes soutenues par l'opposition. Les bahreïnis sont en majorité de religion chiite mais la famille dirigeante des El Khalifa, originaire d'Arabie, est, elle, sunnite. Les autochtones supportent de plus en plus mal la politique migratoire du roi qui favorise la venue dans le pays de travailleurs arabes ou asiatiques de confession sunnite. L'ensemble des immigrés représente aujourd'hui 54 % des 1,2 millions d'habitants. Les Bahreïnis chiites se sentent minoritaires et discriminés dans leur propre pays.

Le 14 février 2011, un mois après la fuite de Ben Ali, trois jours après da destitution de Moubarak, les Bahreïnis se lancent à leur tour dans un mouvement de contestation contre le gouvernement. L'appel à manifester, lancé sur Facebook pour « une réforme du régime », est tout de suite suivi dans les villages chiites où la police intervient brutalement en tuant deux personnes. Le lendemain, une protestation est organisée dans la capitale Manama. Malgré l'intervention de la police, les manifestants, imitant les révolutionnaires égyptiens, installent des tentes et occupent la place de la Perle, au centre de la ville. Les manifestants réclament une nouvelle constitution et la démission du chef du gouvernement au pouvoir depuis 1971, qui n'est autre que l'oncle du roi. Les Etats-Unis dont la Ve flotte stationne dans l'archipel du Bahreïn s'inquiètent et appellent les autorités à plus de retenue dans l'usage de la force. Le souverain, Hamed Al Khalifa, fait quelques gestes dans ce sens en rendant hommage aux victimes ou en promettant une allocation de 2000 € aux familles bahreïnies. Rien n'y fait. Le dialogue semble impossible avec l'opposition car la répression et les violences continuent. Une partie des manifestants demandent ouvertement la fin du régime monarchique. Les voisins du Bahreïn, réunis dans le conseil de coopération du golfe (Arabie, Qatar, Koweït, Oman, Emirats) sont eux aussi inquiets. La révolte est un mauvais exemple pour leurs propres minorités chiites dans une région stratégique pour les hydrocarbures, face à leur puissant voisin iranien. A la mi-mars, les troupes saoudiennes franchissent le pont qui relie l'Arabie à l'île de Bahreïn et rétablissent l'ordre avec le soutien des autres monarchies du golfe. Les manifestants sont chassés par la force de Manama, les opposants emprisonnés et torturés, la sculpture qui donnait son nom à la place de la Perle, lieu du rassemblement, est détruite. Les Etats-Unis et l'Occident, sans approuver cette contre-révolution conduite par leurs alliés, restent silencieux, car elle protège aussi leurs intérêts économiques et militaires.

Éclairage média

Par Claude Robinot

Ce court reportage du journal de 20 heures de France 2 présenté par Laurent Delahousse a pour but d'informer les téléspectateurs sur les événements qui se déroulent dans un petit pays du golfe persique dont on parle peu et que le public connaît mal. Cet intérêt s'explique par la vague de troubles révolutionnaires qui secoue l'ensemble des pays arabes. Dans cette chaîne, le Bahreïn intervient dans un troisième temps, après la chute de Ben Ali en Tunisie et celle de Moubarak en Egypte. A la fin du reportage, on peut voir un manifestant qui en a pleinement conscience puisqu'il montre une pancarte sur laquelle figure un point d'interrogation après les portraits des deux dictateurs déchus. L'issue du mouvement, son importance et son développement sont encore incertains, c'est la raison pour laquelle la chaîne publique a décidé d'envoyer sur place Samah Soula, journaliste spécialisée dans les grands reportages, particulièrement dans le monde arabe. Elle avait couvert pour France 2 la révolution tunisienne, son pays d'origine. Les images et le commentaire présentent de manière synthétique la situation en apportant beaucoup d'informations. La famille royale, dont on voit les portraits tachés de peinture rouge, est la cible des manifestants. Plus particulièrement l'oncle du roi, inamovible premier ministre, concentre toutes les haines car il est jugé responsable de la répression mais aussi de la dictature qui a suspendu le parlement et instauré l'état d'urgence pour de longues années. Samah Soula souligne dans les images et dans son commentaire, les caractéristiques des protestations chiites. Photos de martyrs, femme en tchador, enfants prenant le micro, discours de mollahs... Tout un rituel inspiré par l'Iran proche. On voit aussi l'inspiration des manifestants qui veulent transformer la place de la Perle (monument central) en nouvelle place Tahrir. Les images montrent aussi une certaine réalité des pays du golfe. Visiblement dans cette monarchie pétrolière, on dispose d'une certaine aisance, on aperçoit au loin une « skyline » d'immeubles de bureaux et d'hôtels de luxe. Cette prospérité ne bénéficie pas à tous puisqu'une manifestante chiite explique la politique migratoire des El Khalifa qui vont recruter de nouveaux citoyens chez les sunnites du monde arabe.

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