Le groupe punk Pussy Riot défie Poutine
Journal de 20 heuresInfos
Résumé
Les trois chanteuses du groupe « Pussy riot » ont été arrêtées en février 2011 pour avoir chanté une « prière punk » dans une cathédrale de Moscou ; elles demandaient à la vierge Marie de « chasser Poutine ». En août, sous les yeux de l’opinion internationale les trois activistes sont condamnées à deux ans de camp pour « hooliganisme » et « incitation à la haine religieuse ».
Date de publication du document :
28 oct. 2014
Date de diffusion :
17 août 2012
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Contexte historique
Le groupe punk les « Pussy Riot » a été fondé à l’automne 2011, par un collectif d’une dizaine de féministes russes. Ces jeunes femmes s’inscrivent dans la mouvance de « Voina », un groupe d’artistes radicaux, partisans d’actions de rue pour secouer le conformisme de la société russe. Les « Pussy Riot » interviennent dans l’espace public masquées et vêtues de couleurs vives pour délivrer leur message. Une d’une de leur première chanson s’intitule Kill the Sexist mais elles dénoncent aussi la répression, la prison et le régime de Vladimir Poutine.
Le coup d’éclat des « Pussy Riot » intervient dans un climat de contestation du pouvoir. En décembre 2011, des élections législatives truquées ont donné une large majorité à Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine. A Moscou, de puissantes manifestations contestent les résultats et s’opposent à la volonté de Poutine de se présenter pour la troisième fois à la tête du pays alors qu’il n’a pas quitté le pouvoir depuis 2000, au prix d’une manipulation de la constitution. Les « Pussy Riot » étaient déjà intervenues dans les rues de Moscou avec une chanson de soutien aux manifestations : « Poutine fait dans son froc ».
Le 21 février 2012, alors que la campagne électorale pour l’élection présidentielle prévue en mars bat son plein, les « Pussy riot » décident de repasser à l’action. Nadejda Tolokonnikova, 22 ans, Ekaterina Samoutsevitch, 30 ans, et Maria Alekhina, 24 ans, aidées par deux autres membres du collectif s’introduisent dans la cathédrale Saint-Sauveur, haut lieu de l’orthodoxie russe. Cagoulées, elles s’installent devant l’autel pour chanter un Te Deum punk dont les paroles sont radicales : « Le patriarche Goundiaïev croit en Poutine / Ce serait mieux, salope, qu'il croie en Dieu / Vierge Marie, mère de Dieu, chasse Poutine, chasse Poutine… ». La performance a duré moins de deux minutes, mais la vidéo de leur exploit est tout de suite diffusée sur le web et connait un succès mondial. Les trois activistes qui ont réussi à quitter Saint-Sauveur sont arrêtées quelques jours plus tard. Elles resteront six mois en détention provisoire pendant que la police recherche les complices. Les deux autres membres du collectif qui ont participé à l’action se réfugient à l’étranger où elles continuent d’agir en faveur de leurs camarades.
Le 17 août, les trois femmes sont jugées par un tribunal moscovite ; elles sont accusées de hooliganisme, une qualification qui rappelle l’époque soviétique, mais aussi d’offenses aux croyances religieuses. Loin de faire repentance, les « Pussy Riot » défient la juge et transforment le tribunal en une charge anti–Poutine. Elles sont condamnées à une peine de deux ans de camp de détention.
Les manifestations de soutien aux féministes punk durent un mois et rassemblent jusqu’à 40 000 personnes malgré le risque de lourdes amendes et d’emprisonnement.
Le prix politique payé par le président Poutine et son premier ministre Medvedev est assez lourd ; ils apparaissent aux yeux de l’opinion internationale comme les leaders d’un régime autoritaire sans scrupule.
Le 10 octobre 2012, après plus d’un an d’emprisonnement, Ekaterina Samoutsevitch, est relâchée après un procès en appel. Ses deux autres compagnes, Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina, ne sont libérées en décembre 2013. Le fait qu’elles soient mères de famille ne leur a valu aucune clémence. Toujours fidèles à leurs idées, elles continuent à dénoncer les conditions de détention dans les camps de femmes.
Éclairage média
Marie Drucker introduit le procès des « Pussy Riot » en citant un vers de la prière anti-poutine. Elle fait aussi état de l’indignation des Occidentaux face à un verdict contraire à la liberté d’expression.
Les images du procès sont assez significatives de l’attitude des trois militantes féministes. Elles sourient et haussent les épaules à l’annonce du verdict, elles protestent avec humour et défient le pouvoir. Nadejda Tolokonnikova porte un T-shirt sur lequel figure le slogan antifasciste "no passaran". Tout indique qu’on est bien là dans un procès politique. L’intérêt de ce reportage est aussi de montrer les images de la performance des « Pussy riot » dans la cathédrale Saint-Sauveur telles qu’elles ont pu être diffusées sur la toile. Cette action, comme le procès et les manifestations qui suivent n’ont d’existence que parce qu’elles sont médiatisées dans une sorte de guerre des images. Les Moscovites qui expriment leur soutien aux trois femmes sont visiblement plus nombreux que les partisans de l’orthodoxie brandissant des icônes et filmés en plan serré. La police essaye de doser la répression en procédant à des arrestations massives sans trop de violences devant les caméras. Il est aussi intéressant de relever avec le commentaire de l’envoyé spécial Alban Mikoczy que la juge qui a prononcé le verdict doit sortir du tribunal en catimini sous la protection policière. L’intérêt d’avoir un envoyé spécial sur place permet l’interview de deux personnalités de l’opposition à Vladimir Poutine : l’écrivain d’origine géorgienne Boris Akounine dont le pseudonyme est une référence à l’anarchisme russe et l’ancien journaliste Serguei Parkhomenko, qui a mené l’enquête pendant les élections législatives pour dénoncer les fraudes électorales lors des législatives de décembre 2011. Tous les deux sont emblématiques de l’opposition des artistes et de la société civile contre les tendances autoritaires et mafieuses du pouvoir de Moscou. Ils témoignent aussi de la volonté de s’appuyer sur l’opinion publique internationale.
Transcription
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