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Le CV anonyme

Date de diffusion : 14 févr. 2015

Adoptée en 2006, la loi sur le CV anonyme n’a toujours pas été appliquée. Des candidats à l’embauche et des professionnels de l’emploi témoignent de leur expérience et donnent leur avis sur le CV anonyme.

Niveaux et disciplines

Ressources pédagogiques utilisant ce média

  • Niveaux: Lycée général et technologique - Lycée professionnel

    Racisme et antisémitisme en France

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
29 juil. 2016
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001779

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

Les discriminations à l’embauche demeurent importantes en France. Près de quatre demandeurs d’emploi sur dix disent en avoir déjà été victimes d’après une enquête de l’Ifop menée en 2013. Les candidats à un emploi peuvent notamment être discriminés en raison de leur genre, de leur origine, de leur âge, de leur situation de famille, de leur handicap ou de leur apparence physique.

La discrimination à l’embauche touche principalement deux catégories : les femmes et les français issus de l’immigration. D’après différentes enquêtes, les premières ont en effet une probabilité plus faible que les hommes d’obtenir un entretien d’embauche, et ceci davantage encore si elles ont plusieurs enfants. Les français issus de l’immigration subissent également de fortes discriminations à l’embauche. D’après l’Observatoire des Discriminations, un candidat au prénom d’origine africaine ou maghrébine a 26 % de chances en moins de décrocher un entretien d’embauche. De même, selon une étude de l’Institut Montaigne parue en 2015, à compétence égale, le nom et l’origine peuvent obliger à envoyer quatre fois plus de curriculum vitae (CV) pour en obtenir. Il n’est de la sorte pas étonnant que France Stratégie, organisme de réflexion rattaché au Premier ministre, aboutisse en 2016 à la conclusion que « les hommes sans ascendance migratoire ou d’origine européenne restent significativement avantagés sur  le marchés du travail ».

C’est précisément pour lutter contre ces discriminations à l’embauche, plus particulièrement pour les personnes issues des zones urbaines sensibles, après les émeutes dans les banlieues françaises en novembre 2005, qu’a surgi l’idée du CV anonyme. Ce dernier est un CV qui ne comporte aucunes informations susceptibles d’identifier un candidat à un entretien d’embauche. N’y figurent pas son nom, son prénom, son sexe, sa date de naissance, sa photographie, sa nationalité, son adresse ou son numéro de téléphone. Seules sont mentionnés la formation et le parcours professionnel du candidat. L’efficacité du CV anonyme a notamment été attestée par des études conduites en Suède et en Allemagne : il augmenterait les chances d’une femme ou d’un candidat issu de l’immigration non européenne d’accéder à un entretien d’embauche.

Perçu comme un excellent outil de lutte contre les discriminations à l’embauche, le CV anonyme a été rendu obligatoire en France pour les entreprises de cinquante salariés et plus par la loi du 31 mars 2006 pour l’égalité des chances. L’article 24 de cette loi insère l’article L. 121-6-1 dans le code du travail ainsi rédigé : « Dans les entreprises de cinquante salariés et plus, les informations mentionnées à l’article L. 121-6 et communiquées par écrit par le candidat à l’emploi doivent être examinées dans des conditions préservant son anonymat. »

Cependant, faute de la publication du décret d’application de la loi, le CV anonyme n’a jamais été rendu obligatoire. Le Conseil d’État a pourtant enjoint au Premier ministre en juillet 2014 de prendre ce décret d’application dans un délai de six mois. Mais cela a été en vain. Puis, en mai 2015 un rapport remis au gouvernement Valls sur la lutte contre les discriminations en entreprise a même préconisé l’abandon du caractère obligatoire du CV anonyme. Rédigé par un groupe d’experts, ce rapport a dénoncé une pratique jugée « lourde », « coûteuse » et « inefficace ». Déjà en 2011 une étude du Centre de recherche en économie et statistique certes controversée avait remis en cause l’efficacité du CV anonyme : un candidat issu de l’immigration aurait deux fois moins de chances d’obtenir un entretien avec un CV anonyme qu’avec un CV classique.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

La rédaction de France 3 a décidé de consacrer un reportage au CV anonyme dans l’édition du 19.20 du 14 février 2015. Il ne s’agit alors pas de coller à une actualité immédiate mais de préparer un anniversaire, celui des émeutes dans les banlieues françaises survenues en novembre 2005. Or, c’est à la suite de ces émeutes que l’idée de rendre obligatoire le CV anonyme a vu le jour. Et c’est l’année suivante qu’elle a été inscrite dans la loi pour l’égalité des chances. Pourtant, au moment de la diffusion de ce reportage, cette loi n’a toujours pas été appliquée.

C’est pour comprendre ce qu’est le CV anonyme et expliquer sa non-application qu’a été réalisé ce reportage. Ce dernier prend la forme d’une « enquête ». Sa durée dépasse ainsi celle de la plupart des sujets diffusés dans un journal télévisé et les interviews sont plus approfondies. Entièrement réalisé à Toulouse et dans sa région, il se constitue pour partie d’images factuelles et d’illustration qui viennent appuyer les éclairages apportés par la journaliste sur le CV anonyme. Le plan qui ouvre le sujet montre ainsi trois individus en train de consulter un CV. D’autres images d’archives donnent à voir l’intérieur d’une agence de Pôle emploi avec la file d’attente de demandeurs d’emploi. Une infographie et des captures d’écran de sites internet de médias (TF1, Libération, Le Parisien) permettent aussi de mieux contextualiser le débat autour du CV anonyme.

Mais c’est essentiellement sur des témoignages qu’est fondé ce sujet : ceux de demandeurs d’emploi et ceux de professionnels. Deux candidats qui se disent victimes de discriminations à l’embauche sont suivis par l’équipe de France 3 : le premier, un homme d’origine maghrébine et issu d’une banlieue, la seconde, une femme d’origine martiniquaise. Présenter des cas individuels rend la discrimination plus concrète : la première est due à l’origine et au lieu de résidence, la seconde est sans doute liée à la fois au sexe et à l’origine.

Trois professionnels de l’emploi de la région toulousaine livrent en outre leur avis sur le CV anonyme afin d’éclairer davantage les téléspectateurs sur ce sujet. Deux partagent un avis réservé sur le CV anonyme : il s’agit de Marie Lacoste, directrice de la Maison de l’emploi de Rangueil, quartier situé au sud-est de Toulouse, et de Dominique Carabignac, présidente d’un cabinet de ressources humaines et de coaching individuel établi à Montauban. La seule voix favorable au CV anonyme que fait entendre le sujet parmi les professionnels de l’emploi émane de Jean-Paul Makengo, conseiller régional socialiste et ancien adjoint au maire de Toulouse chargé de la diversité. Les différentes opinions présentées dans le reportage attestent du fait que le CV anonyme est un sujet clivant. Cela explique sans doute en partie la non-application d’une mesure pourtant adoptée par le Parlement.

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