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La mémoire des harkis

La mémoire des harkis

Date de diffusion : 30 août 2001

Alors que certains harkis déposent une plainte pour « crimes contre l’humanité » contre la France, deux autres, Aïssa Bouhafs et Mohand Hamra, évoquent les conditions dans lesquelles ces combattants ont été abandonnés par l’armée française en 1962. François Meyer, qui fut lieutenant en Algérie, témoigne également du sort tragique des harkis à la fin de la guerre d’Algérie.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
29 mai 2018
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001898

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

Les harkis ont connu un sort tragique après la guerre d’Algérie. Originellement le terme de « harkis » (« mouvement » en arabe) ne désignait que les combattants musulmans engagés dans l’armée française. Il s’est ensuite étendu à l’ensemble des supplétifs musulmans de l’armée française dont le nombre total aurait été d’environ 68 000 hommes à la fin mars 1962 selon Charles-Robert Ageron.

Après le cessez-le-feu du 19 mars 1962, seule une minorité de harkis, environ 40 000, ont choisi de se réfugier en France (voir Transit de harkis à Marseille en juin 1962). Les harkis restés en Algérie ont subi des massacres : entre 50 000 et 150 000 ont été tués après l’indépendance algérienne.

En France, les harkis ont connu une intégration très difficile. Parqués dans des camps insalubres, ce sont des combattants oubliés par les autorités françaises. Ils sont également rejetés par leurs compatriotes : les harkis sont considérés comme des « traîtres » en raison de leur engagement dans l’armée française. Le président algérien Abdelaziz Bouteflika les qualifie du reste de « collabos » en juin 2000.

À partir de 1975, les harkis et leurs enfants se révoltent pour obtenir la reconnaissance officielle de leur tragédie et l’amélioration de leurs conditions : c’est « le sursaut des oubliés » (B. Stora, La Gangrène et l’oubli, p. 263). En 1975, ils mènent des grèves de la faim, puis en 1991 manifestent dans toute la France.

En 2001, des harkis et leurs descendants vont jusqu’à porter plainte contre X pour « crimes contre l’humanité » pour avoir été abandonnés à partir de mars 1962, mais ces plaintes sont classées sans suite.

La France ne reconnaît que lentement leur tragédie. Les harkis obtiennent d’abord la reconnaissance de leur statut d’ancien combattant par la loi du 9 décembre 1974. Puis la loi du 11 juin 1994 affirme la « reconnaissance » de la République à leur égard « pour les sacrifices qu’ils ont consentis ». Une allocation forfaitaire de 110 000 francs est instaurée et le statut de victime de la captivité en Algérie créé.

Le président de la République Jacques Chirac institue ensuite le 25 septembre 2001 une Journée nationale d’hommage aux harkis et formations supplétives, pérennisée par le décret du 31 mars 2003. Désormais chaque 25 septembre la France rend hommage aux harkis. Puis la loi du 23 février 2005 « reconnaît les souffrances éprouvées et les sacrifices endurés par (…) les anciens membres des formations supplétives et assimilés » et « leur rend (…) solennellement hommage » (article 1er). La loi prévoit aussi de protéger les harkis en interdisant les injures et la diffamation à leur égard, ainsi que « toute apologie des crimes » commis contre eux (article 5). De nouvelles allocations leur sont également attribuées (article 6).

En 2016, le président de la République François Hollande va encore plus loin dans la reconnaissance par la France du drame des harkis : honorant une promesse prise au cours de la campagne présidentielle de 2012, il reconnaît le 25 septembre 2016, au cours d’une cérémonie organisée aux Invalides, « la responsabilité des gouvernements français dans l’abandon des harkis, les massacres de ceux restés en Algérie et les conditions d’accueil inhumaines de ceux transférés en France ». Il évoque ainsi « des combattants qui furent privés de la protection de la France au lendemain de la guerre d’Algérie, dont l’abandon ne fut jamais pleinement reconnu par la République ». Il reconnaît également la longue « prise en compte » des droits des harkis et les souffrances de leurs enfants « de ne pas être pleinement intégrés dans la République ».

Bibliographie
  • Ageron C-R., « Le “drame des harkis” : mémoire ou histoire ? », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n° 68, 2000.
  • Besnaci-Lancou F. et alii, Les Harkis. Histoire, mémoire et transmission, l’Atelier, 2010.
  • Jordi J.-J., Hamoumou M., Les Harkis, une mémoire enfouie, Autrement, 2008.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Diffusé dans le « 19/20 » de France 3 le 30 août 2001, ce reportage est consacré au drame des harkis. Le jour même, neuf harkis, femmes et fils de harkis ont en effet déposé plainte contre X pour « crimes contre l’humanité » devant le tribunal de grande instance de Paris en raison des massacres subis par les anciens supplétifs de l’armée française à la fin de la guerre d’Algérie. Le reportage de France 3 est d’ailleurs précédé d’une brève en images commentée par la présentatrice du journal télévisé Élise Lucet, qui donne à voir les plaignants gravissant les marches du Palais de Justice de Paris. Ces plaintes seront classées sans suite en décembre 2001 par le parquet de Paris : ce dernier estimera qu’elles se heurtent aux lois d’amnistie sur la guerre d’Algérie et à la notion de « crimes contre l’humanité », réservée aux faits commis après 1994 ou par les forces de l’Axe pendant la Seconde Guerre mondiale.

Afin d’illustrer ce dépôt de plainte, la rédaction de France 3 a choisi de réaliser un reportage retraçant la tragédie des harkis à partir de la fin de la guerre d’Algérie. Ce reportage propose ainsi quatre séquences images d’archives, datant principalement de 1962 : elles montrent successivement la célébration des Algériens à Oran après la fin de la guerre ; des harkis dans un lieu indéterminé en Algérie ; d’autres harkis arrivant dans un camp des Pyrénées-Orientales ; et enfin la décision d’un juge sur l’attribution de la nationalité française à un harki.

Mais ce sujet est avant tout constitué de la parole de témoins, interviewés par le journaliste de France 3 Pierre Didier. Deux harkis témoignent des conditions terribles des supplétifs musulmans en 1962, abandonnés en Algérie par l’armée française et massacrés par les Algériens. Leurs témoignages apparaissent particulièrement poignants. Les larmes aux yeux, Aïssa Bouhafs ne peut ainsi cacher sa grande émotion lorsqu’il évoque la trahison dont ses compagnons et lui ont été victimes en 1962. La description détaillée des violences subies par un harki par un autre supplétif, Mohand Hamra, apparaît également très forte (« Ils lui ont coupé les épaules et puis les hanches, vivant, et ils l’ont planté comme un figuier »). Le sujet comporte en outre un troisième témoignage, celui d’un officier français, François Meyer. Ce dernier, lieutenant au 23e régiment de spahis pendant la guerre d’Algérie, a refusé de laisser ses hommes sur le sol algérien après l’indépendance. Désobéissant à sa hiérarchie, il a organisé le départ de quelque 350 harkis avec leurs femmes et enfants, en deux convois, en juin et juillet 1962. François Meyer leur a par conséquent permis d’échapper aux massacres subis par leurs semblables. Par la suite, promu général, il n’a cessé de soutenir les harkis et de lutter pour leur reconnaissance, publiant notamment en 2005 le livre Pour l’honneur… avec les harkis.

Les deux harkis interrogés dans le sujet l’ont été à Fuveau, dans les Bouches-du-Rhône. Le choix de ce lieu, situé près d’Aix-en-Provence, n’a rien d’anodin. Il abrite en effet un hameau situé dans un bois, Brogilum, habité par des harkis et leurs familles. Le journaliste Pierre Didier le décrit comme « isolé dans les collines » et ayant « des allures de poste militaire ». Dès 1962, un camp de transit constitué de baraquements en bois a été créé à Fuveau pour accueillir des harkis et leurs familles. Il a ensuite été transformé en un lotissement en dur en 1975, hébergeant trente-deux familles de harkis. À partir du milieu des années 1970, ce hameau a été le théâtre de plusieurs mouvements de contestation des harkis et de leurs descendants pour interpeller les pouvoirs publics sur leurs conditions de vie. Ainsi, en mai 1977, les harkis du hameau de Fuveau ont conduit une grève illimitée. Puis à deux reprises, en juillet 1991 et juillet 1993, des fils de harkis ont dressé des barrages sur la RN 96.

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