Le gaulliste Pierre Lefranc témoigne de sa participation à la manifestation du 11 novembre 1940

Date de diffusion : 01 janv. 2002 | Date d'évènement : 11 nov. 1940

Etudiant à Paris en 1940, Pierre Lefranc refuse la défaite et l’Occupation. Il fait partie des jeunes étudiants et lycéens qui bravent l’interdiction allemande de commémorer l’armistice de 1918 en défilant sur les Champs-Elysées le 11 novembre 1940.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Mémoires de résistants
Date de l'évènement :
11 nov. 1940
Production :
INA
Page publiée le :
29 oct. 2019
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000003450

Contexte historique

Par Fabrice Grenard

Etudiant à Paris, à l’université de droit rue Saint-Jacques, Pierre Lefranc témoigne sur le climat de fronde qui règne dans les milieux étudiants lors de la rentrée universitaire de l’automne 1940, dont le point d’orgue fut la manifestation du 11 novembre 1940. Cette première forme d’opposition collective à l’occupation allemande constitue un moment fondateur dans l’histoire de la Résistance, et possède à ce titre une portée symbolique très forte.

A Paris, la première rentrée scolaire de l’Occupation se fait dans un contexte tendu. Les Renseignements généraux notent la progression dans les milieux lycéens et étudiants d’une importante propagande anglophile et gaulliste, sous forme d’inscriptions à la craie ou de tracts. Des incidents éclatent entre des étudiants et des soldats allemands, ce qui entraîne la fermeture de plusieurs cafés du quartier latin ayant été le cadre d’accrochages. L’arrestation par les Allemands de Paul Langevin, professeur au Collège de France, fondateur en 1934 du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, entraîne la constitution d’un comité de défense et une manifestation le 8 novembre 1940 d’une cinquantaine d’étudiants communistes place de la Sorbonne. Alors que les autorités allemandes ont interdit toute manifestation à l’occasion du 11 novembre, un tract circule appelant les étudiants à braver l’interdiction. Le recteur de Paris décide de fermer l’Université pour la journée du 11 novembre, pensant ainsi empêcher les étudiants de manifester.

Dans l’après-midi du 11 novembre des petits groupes de lycées et d’étudiants se forment spontanément et se dirigent vers les Champs- Elysées. Ils sont quelques milliers au plus fort de la manifestation, entonnant la Marseillaise ou déclamant des slogans comme « Vive la France » ou « Vive de Gaulle ». La police française tente d’intervenir tandis que des bagarres éclatent avec quelques membres d’organisations pronazies dont les sièges sont installés aux Champs-Elysées. Vers 17 heures, les événements se précipitent avec l’intervention de la police militaire allemande, dont les tirs font plusieurs blessés (mais aucun mort contrairement à ce qui sera prétendu ensuite). Les manifestants se dispersent alors que les arrestations se multiplient. Le bilan officiel fait état de 123 arrestations, dont certaines sont maintenues plus d’un mois dans les prisons de la Santé ou de Fresnes. Le lendemain les institutions universitaires sont fermées sur directive des autorités allemandes. L’événement est très largement relayé. Si la presse parisienne collaborationniste dénonce l’irresponsabilité d’une certaine jeunesse, la presse clandestine ou la BBC insistent sur le patriotisme de la jeunesse française tout en dénonçant la répression allemande et en relayant de nombreuses rumeurs à son sujet (la radio de Londres parle le 28 novembre de 11 tués et 500 déportés).

Blessé lors de l’intervention allemande par une grenade, Pierre Lefranc fait partie des étudiants qui sont placés en état d’arrestation, à la Santé puis à Fresnes. Libéré au bout de six mois, il décide de gagner la zone sud pour échapper au contrôle de la police. Il s’engage dans un mouvement de Résistance, Liberté, et rejoindra ensuite en 1943 la France libre.

Éclairage média

Par Fabrice Grenard

Alors qu’elle avait été plutôt spontanée et ne répondait à aucun mot d’ordre précis, la manifestation du 11 novembre 1940 donne lieu après la guerre à une bataille mémorielle opposant les communistes, prétendant en avoir été les instigateurs, aux gaullistes, considérant que les étudiants avaient répondu aux appels à manifester lancés sur la BBC. Il est intéressant de noter que dans son témoignage, Pierre Lefranc n’évoque jamais les communistes et « oublie » de parler de la manifestation organisée le 8 novembre 1940 place de la Sorbonne en soutien au professeur Paul Langevin à l’initiative des étudiants communistes. Il considère que le facteur déclenchant de la manifestation du 11 novembre a été la décision du recteur de Paris de fermer l’Université pour empêcher toute forme de troubles à l’occasion des commémorations de l’armistice, là où les communistes font du défilé sur les Champs Elysées le prolongement de la manifestation du 8 novembre 1940. Il insiste aussi sur le fait que le principal slogan prononcé par les étudiants et lycéens lors du défilé était celui de « Vive de Gaulle ».

Véritable « baron du gaullisme » après la guerre, Pierre Lefranc a dans ses témoignages toujours donné une vision « gaullienne » de la Résistance et de la période de l’Occupation, ce qui explique à la fois la façon dont il insiste sur l’état d’esprit patriotique de la jeunesse parisienne en 1940 et son refus de la défaite ainsi que sa présentation du défilé du 11 novembre 1940 comme une manifestation qui aurait répondu aux différents appels du général de Gaulle lancés sur la radio anglaise.

Ce témoignage fait partie de la collection « Mémoires de résistants » réalisée en 2002 sous l’égide du réalisateur Henri Rolland Coty, résistant, déporté. Cette collection est consultable en ligne sur ina.fr.

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