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Iouri Afanassiev, réformateur élu lors des premières élections libres en URSS en 1989

Date de diffusion : 25 mai 1989 | Date d'évènement : 09 avr. 1989

Lors des élections du 26 mars et 9 avril 1989, de nombreux réformateurs ont été élus au Congrès des députés du peuple de l’Union soviétique. L’un d’entre eux, l’historien Iouri Afanassiev est interviewé sur ce scrutin et ses conséquences.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Date de l'évènement :
09 avr. 1989
Page publiée le :
27 juil. 2021
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004248

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

Devenu secrétaire général du Parti communiste de l’Union soviétique (PCUS) le 11 mars 1985, Mikhaïl Gorbatchev engage un vaste mouvement de réformes économiques et politiques. Il cherche à restructurer l’économie par la perestroïka (« restructuration »), qui vise principalement à réformer l’économie soviétique. Il lance également la glasnost (« transparence ») : il s’agit de libérer la parole et l’information afin de susciter l’adhésion aux réformes et de revenir aux sources du léninisme (Sabine Dullin, Histoire de l’URSS, La Découverte, 2010, p. 97).

Outre le relâchement de la censure qui permet à la presse, à des groupes et à des intellectuels de s’exprimer plus librement, la glasnost prend la forme d’une démocratisation de la vie politique. En 1988, Mikhaïl Gorbatchev met ainsi en œuvre une réforme constitutionnelle. Un Congrès des députés du peuple de l’Union soviétique est institué, élu sur la base de candidatures multiples et le principe du vote à bulletin secret : il s’agit d’un parlement de l’URSS, chargé notamment de désigner les 545 députés du Soviet suprême de l’URSS. Les deux tiers des députés du peuple (soit 1 500) sont élus au scrutin majoritaire : 750 députés représentant l’ensemble de la population soviétique, 750 autres représentant les quinze républiques de l’URSS. Le dernier tiers est quant à lui réparti entre différentes organisations sociales, telles que le PCUS, les syndicats, le Komsomol l’organisation de la jeunesse communiste – ou l’Académie des sciences. Chacune de ces institutions doit désigner un certain nombre de candidats, sans recourir au suffrage universel. Le PCUS dispose par exemple de 100 sièges.

Ainsi, pour la première fois de l’histoire de la Russie et de l’URSS, des élections pluralistes sont organisées les 26 mars et 9 avril 1989 afin de désigner les représentants du Congrès des députés du peuple de l’Union soviétique. Elles sont suivies au printemps 1990 d’un autre scrutin pour désigner les députés aux parlements des différentes républiques soviétiques. Ces deux élections marquèrent, selon Nicolas Werth, une rupture majeure avec les pratiques politiques en vigueur depuis 1917 (Histoire de l’Union soviétique, PUF, rééd. 2021, p. 675) : pour la première fois, les candidatures d’opposition au PCUS sont autorisées et les électeurs soviétiques font la découverte du vote libre et du pluralisme, après soixante-dix années de parti unique. Comme le dit Sabine Dullin, pour la première fois, les électeurs pouvaient désavouer les candidats du Parti pour lesquels ils avaient dû voter unanimement durant des années (op. cit., p. 99). Et, de fait, 20 % des premiers secrétaires de région du PCUS connurent alors la défaite. Ont ainsi été élus au Congrès des députés du peuple de nombreux réformateurs, estimant que la perestroïka n’allait pas assez vite et assez loin. Boris Eltsine est par exemple élu à Moscou en mars 1989 avec 89 % des suffrages exprimés. Le dissident Andreï Sakharov, l’un des pères de la bombe H soviétique et prix Nobel de la paix en 1975, est quant à lui élu député au Congrès du peuple comme représentant de l’Académie des sciences.

Par la suite, en mars 1990, Mikhaïl Gorbatchev devient le premier président de l’URSS, élu par les députés. Et le PCUS voit son rôle dirigeant supprimé. L’ouverture démocratique permise par Mikhaïl Gorbatchev crée un appel d’air dans lequel s’engouffrent aussi bien les réformateurs que les indépendantistes, notamment dans les pays Baltes. Dès le printemps 1990, la Lituanie, l’Estonie et la Lettonie proclament ainsi leur indépendance.

Fragilisé, Gorbatchev est victime d’une tentative de putsch conduite par des conservateurs en août 1991. Le putsch échoue cependant grâce, notamment, à l’action de Boris Eltsine, président de la Russie depuis mai 1990. Après la création le 8 décembre 1991 d’une Communauté des États indépendants, Mikhaïl Gorbatchev démissionne finalement le 25 décembre suivant et l’URSS disparaît.

 

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Ce reportage, tourné à Moscou et diffusé dans le Soir 3 de France 3 le 25 mai 1989, s’intéresse aux conséquences des premières élections libres organisées en URSS, par l’intermédiaire du portrait de l’un des nouveaux députés réformateurs. Les élections du Congrès des députés du peuple de l’Union soviétique s’étaient en effet déroulées plusieurs semaines auparavant, avant la réalisation du reportage : le premier tour avait eu lieu le 26 mars 1989 et le second, le 9 avril suivant. 

Réalisé afin de montrer aux téléspectateurs français les principales leçons à tirer de ces élections voulues par Mikhaïl Gorbatchev dans le cadre de sa politique de perestroïka et de glasnost, ce sujet se compose de deux séquences. La première est constituée uniquement d’images d’archives, tournées le 9 avril 1989, après la clôture du second tour des élections du Congrès des députés du peuple. Les différents plans d’opérations de dépouillement filmés dans un bureau de vote à Moscou visent à montrer le processus globalement démocratique de ce scrutin. Le journaliste de France 3 Gilles du Jonchay met d’ailleurs en avant le caractère historique de ces premières élections en URSS qui proposaient souvent plusieurs candidats : Surtout, il y avait la possibilité de choix.

La seconde séquence du reportage, de loin la plus longue, cherche également à montrer les effets concrets de ce scrutin en présentant l’un des nouveaux députés, Iouri Afanassiev. Celui-ci vient d’être élu député dans la région de Moscou avec 74 % des suffrages exprimés, presque à la manière d’Eltsine, élu pour sa part avec 89 % des voix. Historien et directeur de l’Institut des archives historiques de Moscou depuis 1986, Iouri Afanassiev s’est pleinement engagé en faveur de la politique de perestroïka initiée par Mikhaïl Gorbatchev. Il est ainsi devenu l’une des figures de proue du courant des réformateurs au sein du Parti communiste de l’Union soviétique, suscitant la vive hostilité des conservateurs. Outre des plans tournés lors d’un de ses meetings électoraux, le reportage de France 3 propose principalement une interview d’Iouri Afanassiev. L’historien réformateur dépasse ainsi son cas personnel pour livrer, en français, ses analyses sur le caractère historique des élections au Congrès des députés du peuple, mais aussi sur le succès de nombreux intellectuels et l’espoir de poursuite du processus de démocratisation.

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