Elizabeth II couronnée à l'abbaye de Westminster

Date de diffusion : 04 juin 1953 | Date d'évènement : 02 juin 1953

Retour en images sur la cérémonie de couronnement d'Elizabeth d'Angleterre dans l'abbaye de Westminster, à Londres, le 2 juin 1953.

Niveaux et disciplines

Ressources pédagogiques utilisant ce média

  • Niveaux: Cycle 3 - Cycle 4 - Lycée général et technologique - Lycée professionnel

    Elizabeth II, symbole de l’unité du royaume

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Les Actualités françaises
Date de l'évènement :
02 juin 1953
Production :
British Paramount
Page publiée le :
22 nov. 2021
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000004405

Contexte historique

Par Claude RobinotAgrégé d'histoire-géographie, ancien formateur )

En 1953, le Royaume-Uni se remet lentement des épreuves de la Seconde Guerre mondiale. Certes, le pays peut s’enorgueillir d’avoir résisté seul en Europe aux ambitions du nazisme et peut se compter au rang des grandes puissances. Pourtant, Winston Churchill qui incarna pendant toute la durée du conflit l’esprit de résistance britannique doit s’effacer de la conférence de Potsdam le 28 juillet 1945 pour laisser la place au leader travailliste Clement Attlee dont le parti vient de remporter largement les élections. Certes, Attlee n’a pas la stature et l’aura internationale de son prédécesseur, mais il a été vice-Premier ministre pendant toute la durée de la guerre. En portant au pouvoir le Labour, les électeurs manifestent leur désir de voir se réaliser la New Britain promise pendant la People’s war. En 1942, le rapport Beveridge jette les bases de l’État-providence. Il est mis en place par le nouveau cabinet de 1945 à 1950, sans que l’opposition conservatrice ne s’y oppose. La sécurité sociale et un système national de santé sont créés, les secteurs clés de l’économie sont nationalisés. 

Comme dans toute l’Europe libérée, la prospérité n’est pas fille de la victoire. La présence de Keynes à la conférence de Bretton Woods ne fait pas oublier que le Royaume-Uni est au bord de la banqueroute. En 1949, la livre sterling perd 30 % de sa valeur. Comme sur le continent, l’aide Marshall est indispensable au relèvement de l’économie. Le rationnement alimentaire dure plus longtemps qu’ailleurs : jusqu’en 1954. Il connaît même une aggravation dans les années 1946-1948, où l’on manque de charbon et où le pain est rationné. C’est dans ce contexte que se déroule, en novembre 1947, le mariage d’Elizabeth, héritière du trône, avec Philip Mountbatten, un membre de la famille royale grecque qui a combattu dans la marine britannique. Il est fait à cette occasion duc d’Edimbourg. Les réjouissances se déroulent dans une certaine frugalité compte tenu des conditions économiques. Les cérémonies attirent pourtant une foule nombreuse et le jeune couple est acclamé. Churchill qualifie ce mariage de moment coloré dans la grisaille de l’après-guerre

La popularité de la monarchie et de la famille royale auprès des Britanniques ne va pas de soi. Le couronnement d’Elizabeth II d’Angleterre tient du hasard des contingences dynastiques puisqu’elle ne devait pas régner. En 1936, c’est son oncle qui hérite du trône, sous le nom d’Edouard VIII. Son intention de se marier avec une Américaine, Wallis Simpson, provoque une crise. La situation de Wallis Simpson, en instance de divorce, rend impossible le couronnement du roi comme chef de l’Église d’Angleterre. Edouard refuse de céder et doit abdiquer sous la pression de l’opinion publique et du gouvernement britannique. Son frère lui succède sous le nom de Georges VI, alors que la jeune Elizabeth n’a que 10 ans. Le renoncement d’Edouard, désormais duc de Windsor, a aussi des causes politiques : il ne cache pas ses sympathies pour le régime nazi et rend visite à Hitler en 1937. Pendant la guerre, Churchill l’exile aux Bahamas. Ce membre sulfureux de la famille royale n'est pas invité au couronnement, se contentant d’écrire quelques articles pour le Sunday Press.  

La reconquête de la popularité de la famille royale ou de la marque Windsor selon un mot attribué au roi, est acquise pendant la guerre, où Georges VI paye de sa personne en partageant les souffrances de la population soumise aux bombardements. Dès l’âge de 14 ans, la jeune Elizabeth tient son rang d’altesse royale, en s’adressant à la population dans les actualités cinématographiques. Elle apparaît régulièrement en uniforme dans les différents corps auxiliaires dont elle est membre. En février 1952, lorsque le roi décède, Elizabeth est à l’étranger où elle représente son père. La future reine, malgré son jeune âge, est préparée à assumer l’héritage de la monarchie britannique.

Éclairage média

Par Claude RobinotAgrégé d'histoire-géographie, ancien formateur )

La cérémonie du couronnement de la reine Elizabeth II, le 2 juin 1953, est sans conteste le premier événement médiatique total, tant par la variété des médias qui en assurent la relation que par une couverture géographique qui dépasse largement le cadre de l’Empire britannique.

La presse quotidienne a, bien avant le jour annoncé, égrainé un décompte du couronnement en multipliant les articles sur les préparatifs, le trajet du cortège, les constructions éphémères de gradins destinés au public. La retransmission de la cérémonie n’est plus seulement assurée par British Pathé et les actualités cinématographiques, mais aussi par la télévision. La BBC est autorisée à installer ses caméras à l’intérieur de l’abbaye de Westminster pour une retransmission en direct. Cette première est le résultat d’un changement progressif de la couverture médiatique. En 1937, lors du couronnement de Georges VI, la télévision qui existe depuis peu n'est autorisée qu’à filmer le cortège à l’extérieur, seuls les micros de la BBC assurent une retransmission radiophonique. La télévision peut toutefois filmer, en 1947, quelques images du mariage de la future reine avec le prince Philip. La possibilité de pouvoir assister en direct au couronnement décuple la vente de postes récepteurs au Royaume-Uni, mais aussi à l’étranger.

L’Union européenne de radiotélévision, plus connue sous le nom d’Eurovision, fondée en 1950, assure la retransmission dans toute l’Europe occidentale. C'est donc la première fois, au-delà des murs de l’abbaye de Westminter, qu’un large public découvre dans leur intégralité les images du rituel de couronnement, les actualités françaises n’en conservant que les moments essentiels pour garder le caractère de tapisserie médiévale animée dont parle le commentaire. Le sacre d’Elizabeth reproduit beaucoup d’éléments communs à la tradition monarchique française. On reconnaît l’ensemble des regalia (manteau, épée, sceptre et main de justice et couronne...). On note aussi quelques différences significatives, comme le passage du trône du Royaume-Uni à celui de Saint Edouard, c’est-à-dire l’acte qui transforme une reine constitutionnelle en souveraine sacrée, cheffe de l’Église d’Angleterre. Elle reçoit ensuite l’hommage des grands entre ses mains. Le reste de la famille royale est installé dans une tribune au premier rang de laquelle on remarque ses deux enfants, Charles et Anne. Un dispositif que l’on retrouve aussi dans le tableau de David sur le sacre de Napoléon !

La France est aussi prise dans cet engouement médiatique, même s’il n’y a que 24 000 foyers équipés de téléviseurs en 1952. Le commentaire est assuré par Jacques Sallebert, correspondant à Londres et pionnier de la télévision française. Les curieux se massent devant les vitrines des marchands d’électroménager qui ont allumé les postes de télévision. En 1957, lors de la première visite d’État de la reine Elizabeth à Paris, le protocole organise une descente de la Seine en Bateau-Mouche en compagnie du président de la République René Coty. Cet événement est un grand moment télévisuel, le nombre de récepteurs est alors de 687 000 !

La tradition coloniale britannique veut que, à l’occasion d’un couronnement, des cérémonies se déroulent en même temps dans toutes les capitales de l’Empire. La télévision contribue à sa manière à l’événement. Les images enregistrées de la BBC sont envoyées par avion dans les Dominions, les sujets canadiens de sa majesté peuvent ainsi voir des images tournées à Westminster le jour même. Les réseaux télévisés américains bénéficient du même privilège.

Le succès médiatique et populaire des fastes de la monarchie britannique est porté à la hauteur d’un événement mondial, en retour la télévision s’appuie sur sa capacité de retransmission « en direct » pour s’imposer définitivement dans le paysage médiatique.  

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