Dossier thématique

Napoléon III et le Second Empire (1851-1870), une expérience politique originale

Par Cyrille BeyerÉditeur Lumni Enseignement
Publication : 04 janv. 2023 | Mis à jour : 06 janv. 2023

Niveaux et disciplines

Louis-Napoléon Bonaparte, né le 20 avril 1808 à Paris et mort le 9 janvier 1873, en exil au Royaume-Uni, occupe une place centrale dans l’histoire de la France du XIXe siècle. Neveu de l’empereur Napoléon Ier, c’est un personnage complexe, à la fois autoritaire et progressiste. Sous son règne – le Second Empire (1851-1870) – la France se transforme à une vitesse rarement connue jusqu’alors. Une modernisation économique et sociale – allant de pair avec une effervescence culturelle et scientifique – qui ne doit pas faire oublier l’aspect autoritaire du régime ni son interventionnisme militaire qui, s’il permet de replacer la France au premier rang des puissances européennes tout en affirmant le principe des nationalités, entraîne finalement sa chute, en 1870, face à la Prusse.

Ce dossier thématique vous permettra d'aborder avec vos élèves d’histoire, au collège et au lycée, certains aspects du règne de Napoléon III.

Le Second Empire, un césarisme démocratique

Le Second Empire, qui met fin à la IIe République par le coup d’État du 2 décembre 1851, va évoluer d’un régime autoritaire concentrant tous les pouvoirs dans les mains de l’empereur vers un régime plus libéral. La défaite de 1870 met fin brutalement à cette ouverture parlementaire.

     

Premier président de la République et dernier souverain français

Exilé de France en 1816, comme toute la famille impériale, le jeune Louis-Napoléon va grandir à l’étranger, en Suisse et en Italie, et résider brièvement en Angleterre et aux États-Unis. Il se passionne pour les causes progressistes de son temps – la défense des nationalités (la primauté du droit des nations sur l’ordre monarchique issu du Congrès de Vienne de 1815), les principes de 1789 – et s’intéresse aux questions économiques et sociales, un domaine où il est fortement influencé par les idées saint-simoniennes (l’amélioration du sort des plus nombreux grâce à l’économie).

Il souhaite néanmoins conquérir le pouvoir en France par tous les moyens, ce qu’illustrent deux premières et laborieuses tentatives de coup d'État, très vite avortées, en 1836 et en 1840. En décembre 1848, après la révolution de février, il est élu (avec plus de 70 % des voix) pour la première fois dans l’histoire, président de la République au suffrage universel (masculin), pour un mandat de quatre ans.

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Souhaitant conserver le pouvoir, il organise un coup d’État le 2 décembre 1851, qui se solde par la mort de plusieurs centaines de personnes et l’arrestation de milliers d’opposants. Cette tache de sang, et la répression qui l’accompagne, vont durablement ternir auprès des républicains l’image de celui qui devient Prince-Président et finalement, le 2 décembre 1852, l’empereur Napoléon III.

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La Constitution, amendée, lui confère quasiment tous les pouvoirs. Il a l’initiative des lois et peut refuser de les promulguer si une modification apportée par le Corps législatif lui déplaît. Les ministres sont seuls responsables devant lui. Le législatif, divisé en trois assemblées, est considérablement affaibli. La presse et l’école sont largement contrôlées. Seuls les plébiscites et les élections, certes contrôlés par le pouvoir, confèrent au régime un semblant de démocratie. En réalité, c'est bien l'empereur et son entourage (il s'est marié en 1853 avec l'Espagnole Eugénie de Guzman) qui concentre tous les pouvoirs.

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Mais le souverain, qui adhère au principe de la souveraineté nationale (s’exprimant à travers le plébiscite), va accepter, progressivement, de faire évoluer le régime à partir des années 1860. Ainsi, en 1867, le Corps législatif voit ses pouvoirs renforcés ; en 1868, deux lois allègent le contrôle sur la presse et octroient la liberté de réunion ; en 1869, une loi libère presque totalement le Corps législatif de la tutelle impériale. Cette libéralisation politique prendra la forme, dans la dernière année du régime, d’un véritable empire parlementaire.

Le retour des aventures militaires

Avec le Second Empire, Napoléon III rêve de redonner à la France sa place de grande puissance européenne, tout en s’affirmant le champion du principe des nationalités. Il se veut néanmoins pacifique et annonce, dès le début de son règne, que contrairement à son oncle Napoléon Ier, il n’entreprendra pas de guerre de conquête en Europe (L’Empire, c’est la paix, proclame-t-il à l’adresse des puissances européennes lors d’un discours en 1852). Pour lui, la grandeur retrouvée de la France doit être avant tout celle de sa modernisation et du bien-être de ses habitants.

Néanmoins, la France de Napoléon III va participer à deux conflits européens majeurs qui se soldent par une victoire (en Crimée, où la France est alliée de l’Angleterre et de l’Empire ottoman face à la Russie, en 1853-1856 ; contre l’Autriche, en 1859, en soutien des débuts de l’unification italienne sous l’égide du royaume de Piémont-Sardaigne). L’expédition, menée au Mexique (1861-1867) pour y installer un empereur favorable aux intérêts français, se solde néanmoins par une débâcle, qui présage de la défaite finale de l’Empire. Entraînée par la Prusse dans une guerre en 1870, la France subit une défaite humiliante et la perte d’une partie de son territoire avec la cession de l’Alsace-Moselle. Conséquence directe de cette guerre, mais aussi des bouleversements sociétaux engendrés par le Second Empire, la Commune, l’une des guerres civiles les plus sanglantes de l’histoire de France, éclate à Paris (1870-1871).

La France entre de plain-pied dans la révolution industrielle

Sous le Second Empire, la France se modernise et rattrape son retard sur les grandes nations industrielles avec, pour conséquence, une transformation majeure du corps social.

Une économie dynamique

À son accession au pouvoir, la France de Napoléon III est encore un pays constitué de petits paysans et d’artisans, très en retard sur le plan de l’industrialisation. L’économie fait encore peu appel au crédit et les barrières douanières limitent les échanges avec l’étranger. L’empereur, passionné par les questions économiques et sociales et grand admirateur de la modernité britannique, s’attelle à stimuler l’économie française par toute une série de réformes, de grands travaux et d’incitations financières.

Aidé par une forte croissance économique internationale, son succès est indéniable. L’agriculture, tout en se spécialisant par régions, accroît sa production de près de 50 %. Le crédit est libéré par la création de grandes banques dont certaines existent toujours (CIC, Crédit Lyonnais, Société générale). L’investissement est facilité et la Bourse de Paris, la deuxième d’Europe après Londres, connaît une activité frénétique. Les grands travaux remplissent les carnets de commande de l’industrie lourde (fer et acier), qui se développe rapidement, à l’image du Creusot (actuel département de Saône-et-Loire). Cette cité-usine, dirigée par la famille Schneider, devient le centre névralgique de l’industrie française sous le Second Empire.

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Une industrie que l’empereur décide brutalement d’ouvrir à la concurrence en 1860, contre l’avis même des industriels français, en signant un accord douanier avec l’Angleterre, afin d’accroître les échanges. Sous le Second Empire naissent aussi de grandes compagnies maritimes, comme la Compagnie générale transatlantique pour relier Le Havre à l’Amérique du Nord et la Compagnie des messageries maritimes pour relier Marseille à la Méditerranée, l’Amérique du Sud et l’Extrême-Orient.

Mais surtout, c’est le chemin de fer qui va connaître un développement impressionnant. La France, qui ne compte que 3000 km de lignes de chemin de fer en 1850 (bien loin derrière l’Angleterre, l’Allemagne et la Belgique), va rattraper son retard avec près de 18 000 km de lignes de chemin de fer à la veille de la chute du régime. Grâce à ce nouveau moyen de transport, le tourisme balnéaire ou thermal se développe à destination de la bourgeoisie, comme à Biarritz, Arcachon ou Vichy. Cette transformation du pays par le chemin de fer, visible dans les paysages comme au cœur des villes, marque de nombreux contemporains, comme le peintre Claude Monet.

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Le renforcement des classes sociales

Si la paysannerie, dont les conditions de vie restent dures, profite généralement du Second Empire et le soutient, ce n’est en revanche pas le cas de la classe ouvrière, qui se développe alors rapidement avec la croissance de l’industrie. Les ouvriers, chassés du centre des villes par les mutations urbaines, prennent conscience de leur statut social précaire vis-à-vis d’une bourgeoisie qui s’enrichit de façon spectaculaire. L’État napoléonien tente bien, avec paternalisme, d’adoucir la dure condition de vie des ouvriers. En 1864, le droit de grève leur est accordé et des projets d’habitation voient le jour pour qu’ils soient logés décemment, comme au Creusot. Malgré ces gestes, ces derniers vont rester jusqu’à la fin défiants vis-à-vis du régime. Cette hostilité d’une partie de la société à l’encontre de l’empereur peut se lire dans certaines œuvres d’art, comme chez le peintre Gustave Courbet, profondément républicain.

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La transformation du paysage urbain : l’exemple de Paris

Si les grands travaux commandés par le pouvoir concernent de nombreux secteurs, ceux qui affectent les villes, et en particulier Paris, restent les plus impressionnants et ceux qui symbolisent le plus la modernité du régime.

L’ambition d’une ville moderne…

Sous le Second Empire, les grands travaux concernent aussi les villes, et en premier lieu Paris. Napoléon III veut transformer sa capitale, sale, surpeuplée et insalubre, en une grande ville moderne, à l’image de Londres. Il pourrait aussi, de cette façon, plus facilement la contrôler. Il confie cet ambitieux dessein à un homme énergique, Eugène Haussmann, qu’il nomme préfet de la Seine. Ce dernier va s’atteler à sa tâche, aidé par de talentueux collaborateurs comme l’ingénieur Adolphe Alphand pour les jardins ou encore l’architecte Jacques Hittorff. À la veille de la chute du régime, la capitale, encore largement en chantier, s’est métamorphosée. À la place des vieilles rues médiévales, de grands axes larges et aérés, bordés d’immeubles en pierre de taille, relient les différentes parties de la ville. La circulation est facilitée par la création de réseaux d’omnibus et les trains desservent désormais la ville grâce à la construction de gares dont les lignes relient tout le pays.

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… qui nourrit résistances et critiques

Ces travaux gigantesques ne sont cependant pas appréciés de tous. Certaines personnalités critiquent la destruction du Paris médiéval, d’autres, comme Jules Ferry, le coût exorbitant des travaux et dénoncent les opérations immobilières qui profitent avant tout aux proches du régime. En raison de ces nombreuses critiques, le baron Haussmann est démis de ses fonctions quelques mois avant la chute de l’empire. Mais les travaux de transformation sur le modèle « haussmannien » se poursuivront jusqu’à la Première Guerre mondiale, à Paris et dans de nombreuses autres villes du pays (comme à Lyon, Lille, Rouen ou Bordeaux).

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Conclusion

Critiqué par de grands intellectuels de son temps comme Victor Hugo ou Émile Zola, longtemps « mal aimé » par l’historiographie – républicaine – qui aura retenu principalement les aspects négatifs et antidémocratiques de son règne, Napoléon III est réhabilité depuis plusieurs décennies par les historiens. Ainsi, par exemple, les biographies écrites par Éric Anceau en 2008 (Napoléon III. Un Saint-Simon à cheval, Tallandier) et Thierry Lentz en 2022 (Napoléon III, la modernité inachevée, Perrin) mettent en avant son rôle positif dans l’incroyable modernisation du pays sous le Second Empire.

 

Bibliographie

Serge Bernstein et Pierre Milza, Histoire du XIXe siècle, Hatier, Paris, 1996.

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