Le septennat de Valéry Giscard d'Estaing

Le septennat de Valéry Giscard d'Estaing

Par L'équipe Lumni EnseignementPublication : 05 déc. 2020, Mis à jour : 26 mars 2021

# Présentation

L’ancien président de la République Valéry Giscard d’Estaing est mort le mercredi 2 décembre 2020, à l’âge de 94 ans.

Pour lui rendre hommage, le président de la République Emmanuel Macron a décrété un jour de deuil national, mercredi 9 décembre.

Retour en archives sur quelques moments forts du septennat de “VGE” (1974-1981).

# Un candidat "moderne"

Lorsqu’il se présente aux élections présidentielles en 1974, Giscard veut mettre en avant une image moderne, en rupture avec les présidences de De Gaulle et de Pompidou. C’est un candidat jeune (48 ans), au parcours brillant (Polytechnique, ENA, ministère des Finances), qui maîtrise parfaitement les codes de la communication médiatique. Il choisit par exemple d’afficher pour sa campagne une photo comme “prise sur le vif” de lui avec Jacinthe, sa fille de 13 ans.

L’extrait suivant illustre cette “campagne de charme” menée tambour battant par un candidat élancé et dynamique, prêt à répondre aux questions des journalistes torse nu dans les vestiaires après un match de foot.

Cette campagne “nouveau style” parvient à ringardiser celle du candidat gaulliste, Jacques Chaban-Delmas. A l’issue du premier tour, c’est Giscard, le centriste, qui se retrouve face au candidat de la gauche, François Mitterrand.

Pendant le débat d’entre-deux-tours, Giscard décoche à Mitterrand la phrase choc “Vous n’avez pas le monopole du cœur". François Mitterrand, encore peu familiarisé avec ce nouveau média qu'est la télévision, apparaît dominé par le charisme médiatique de son adversaire.

# De grandes avancées sociales

En ce début des années 1970, dans le souffle du vent de liberté de mai 68, Giscard promet de moderniser la France. Le début de son septennat est marqué par des avancées considérables dans le domaine social.

Dès son élection à la présidence de la République, Giscard prend une mesure forte en faveur des jeunes : l’âge de la majorité électorale et civile est abaissé de 21 à 18 ans.

C’est cette même année 1974 que le projet de loi sur l’avortement est porté devant le Parlement par la ministre de la Santé, Simone Veil. Il a fallu du courage pour engager cette réforme devant une Assemblée à majorité conservatrice.

Un an plus tard, l’instauration du divorce par consentement mutuel permet aux époux de se séparer à l’amiable, sans devoir prouver la faute du conjoint.

# L’arrivée de la crise

Après l’état de grâce, les difficultés s’accumulent.

Le 25 août 1976, le bouillant Premier ministre gaulliste Jacques Chirac claque la porte de Matignon, en déclarant : “Je ne dispose pas des moyens que j'estime aujourd'hui nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre. Et, dans ces conditions, j'ai décidé d'y mettre fin.”

Surtout, le choc pétrolier de 1973 et la crise économique qui suit provoquent une flambée du chômage, notamment chez les jeunes, que les plans de relance ne parviennent pas à enrayer.

Le président Giscard apparaît de plus en plus distant, hautain, et ne parvient pas à regagner en popularité. Révélée par Le Canard Enchaîné, “l’affaire des diamants” empoisonne la fin de son mandat.

Voir, sur ina.fr, la vidéo : "L'affaire des diamants de Bokassa, le cadeau empoisonné de VGE".



En 1981, avant le second tour de l’élection, il fait de nouveau face à François Mitterrand. Ce dernier a retenu la leçon de 1974, et a travaillé sa communication. Pendant le débat, Mitterrand attaque Giscard sur son bilan en matière d’emploi, et lui envoie la petite phrase : “Vous ne voulez pas parler du passé (...) C'est quand même ennuyeux que, dans l'intervalle, vous soyez devenu, vous, l'homme du passif.”

Alors que François Mitterrand est soutenu par toute la gauche, le RPR de Jacques Chirac a une position ambiguë. Le soir du 10 mai 1981, avec 48,24 % des suffrages exprimés, contre 51,76% pour François Mitterrand, VGE est battu.

# Un Européen convaincu

Depuis toujours fervent défenseur de l’Europe, grand ami du chancelier allemand Helmut Schmidt, Valéry Giscard d’Estaing a œuvré pour l’union économique et politique du continent.

On lui doit entre autres la création du “serpent monétaire européen”, le SME - qui limite les fluctuations des monnaies européennes entre elles - et celle d’une valeur de référence, l’Ecu, préfiguration de l’euro.

On lui doit également, dans une volonté de démocratisation des institutions européennes, l’élection au suffrage universel direct des députés européens.

Après sa défaite de 1981, c’est à l’Europe qu’il consacre la majeure partie de son action politique.

# Une journée de deuil national

Pour rendre hommage à Valéry Giscard d'Estaing, une journée de deuil national a été décrétée le mercredi 9 décembre par le président de la République, seul habilité à prendre une telle mesure.

Le deuil national n’a été ordonné que neuf fois depuis 1958 et l'avènement de la Ve République. À cinq reprises, pour la mort d’anciens chefs de l’Etat : Charles de Gaulle en 1970, Georges Pompidou en 1974, François Mitterrand en 1996, Jacques Chirac en 2019, et à présent Valéry Giscard d’Estaing.

À quatre autres reprises, il a été décrété pour rendre hommage aux victimes d'attentats. La première fois par Jacques Chirac après le 11 septembre 2001. Les trois fois suivantes par François Hollande après le massacre de Charlie Hebdo, les attaques du 13 novembre 2015 et l’attentat de Nice, en 2016.

Aucun texte de loi officiel ne régit le déroulement d’une journée de deuil national. C’est au Premier ministre d’en fixer les modalités. Habituellement, les drapeaux de tous les bâtiments et édifices publics sont mis en berne. Dans certains cas, le chef du gouvernement peut aussi demander de respecter une minute de silence.