Parler de la liberté d'expression en classe

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Parler de la liberté d'expression en classe

Parler de la liberté d'expression en classe

Par Lara Mercier, Journaliste, cheffe de projet éditorial à l’InaPublication : 22 oct. 2020

# Présentation

L’assassinat de l’enseignant d’histoire-géographie-EMC Samuel Paty, le 16 octobre 2020, a provoqué un immense choc dans tout le pays et une émotion particulièrement intense dans la communauté enseignante. Voici quelques pistes pour parler de la liberté d'expression en classe.

     

La liberté d'expression

La liberté d’expression, inscrite dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789, est un bien commun précieux. Cet attentat prouve que ce droit fondamental n’est jamais acquis, et sa remise en cause est aussi celle de nos fondements républicains.

L’évocation de la liberté d’expression en classe n’est jamais un exercice facile. Dans ce contexte particulièrement bouleversant, nous vous proposons des pistes abordant le sujet. Vous trouverez ci-dessous des contenus pédagogiques adaptés à différents niveaux scolaires.

En préambule, notre piste pédagogique (vidéos accompagnées d’exercices pour vos élèves). Elle avait été rédigée en 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo. Consacrée à la liberté d’expression en France et destinée à des élèves de collège et de lycée, elle explique le statut de ce droit fondamental garanti par la loi. À travers plusieurs exemples, elle évoque aussi les dangers et les limites de cette liberté sur les réseaux sociaux.

# Une liberté encadrée par la justice

Dans les classes de collège et de lycée, le débat sur la liberté d’expression revient constamment. Le sujet des caricatures est sans aucun doute le plus sensible, et celui de Charlie Hebdo le plus complexe.

Des dispositifs légaux existent en France pour encadrer la liberté d’expression. S’il est possible de tourner en dérision tous les sujets, dont les figures religieuses, la loi ne permet pas pour autant d’insulter les individus ou d’inciter à la haine. Une frontière difficile à délimiter pour la justice, qui s’appuie généralement sur le contexte de publication et l’intention des auteurs satiriques pour rendre son verdict.

En 2006, Charlie Hebdo publie ainsi plusieurs caricatures de Mahomet, dans un numéro dont le dessinateur Cabu illustre la couverture par un dessin du prophète, « débordé par les intégristes », qui soupire : « C’est dur d’être aimé par des cons ». Plusieurs organisations islamiques assignent alors le journal en procès pour « injure envers un groupe de personnes en raison de sa religion ».

Mais la justice donne raison à la liberté d’expression invoquée par le journal, considérant que les dessins ne visent pas la communauté musulmane dans son ensemble, mais « certains de ses membres qui, au nom de l’islam, pratiquent des actes terroristes à répétition ». Pour le tribunal, « aucun risque de confusion n’est créé entre les musulmans et les terroristes qui se réclament de l’islam pour perpétrer leurs crimes ».

Entre 1992 et 2014, Charlie Hebdo a néanmoins été condamné neuf fois (en 48 procès). Personnalités politiques, communautés catholiques, journalistes, harkis... certains dessins ont été jugés « injurieux », et les plaignants ont été dédommagés. Le discernement entre liberté d’expression et attaque caractérisée est extrêmement délicat. Seule une enquête approfondie permet de décider de quel côté penche la balance, au nom du droit français.

Plus récemment, en 2020, l’affaire Mila - du nom d’une l’adolescente qui avait critiqué l’islam avec virulence avant d’être menacée de mort - a fait ressurgir le débat dans la sphère publique. Le gouvernement a alors réaffirmé qu’il n’existait pas de déni de blasphème, et que l’on pouvait, en France, critiquer librement les religions.

# Comment en parler aux élèves ?

Très souvent, l’encadrement juridique de la liberté d’expression n’est pas un argument suffisant face au sentiment de provocation ressenti par certains élèves. Certains estiment que les caricatures vont trop loin, qu’il s’agit d’une attaque contre leurs croyances, que les caricaturistes provoquent le public et cherchent même les problèmes... Comment les enseignants d’histoire-géographie peuvent-ils répondre à ces arguments ? Entretien avec Iannis Roder, professeur d’histoire-géographie-EMC en Seine-Saint-Denis.

Une autre proposition consiste à faire un pas de côté par rapport à l’actualité. Changer de contexte, ne plus évoquer la satire religieuse, "désensibiliser" le débat pour en faire une question purement civique. Cette vidéo de la série Les Clés des médias propose ainsi un scénario fictif sur un spectacle d’humour. Elle permet de se demander pourquoi certaines attaques sont permises, et d’autres non.

À droite de la vidéo, un livret pédagogique propose une exploitation pour la séquence en classe.

Enfin, pour aborder le sujet de façon plus ludique, ce quiz en 11 questions s’adresse aux élèves de cycle 3. Il permet de faire le point sur les valeurs et les principes de la République : la liberté, l'égalité, la fraternité, la laïcité, et le refus de toutes les formes de discrimination. C'est l’occasion d’introduire en classe la notion de liberté d’expression.

Quiz : les valeurs de la République

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