Radioactivité et énergie nucléaire, un traitement médiatique particulier

Par Fatima Rahmoun et Sophie Edouard, Professeures de physique-chimie de l'académie de Paris, Publication : 03 déc. 2018, Mis à jour : 09 mars 2020

# Présentation

Ce parcours consacré au traitement médiatique de la radioactivité présente la formidable histoire de ce phénomène physique. En à peine un siècle, de sa découverte à son utilisation généralisée pour produire de l’électricité, l'histoire de la radioacticité est emblématique d’une découverte scientifique. Elle permet aussi de prendre conscience des implications de la recherche scientifique et de son traitement médiatique.

Il est possible de faire ce parcours dès que les notions de physique atomique sont précisées, soit dès la fin du cycle 4, ou d’axer ce parcours sur les différentes manières de produire de l’électricité et donc ceci au cycle 4 comme en première, où la radioactivité est une partie intégrante du programme.

     

Place dans le programme

  • Terminale > Histoire-géographie, géopolitique et sciences politiques : L’enjeu de la connaissance
  • Troisième > Physique-Chimie > L’énergie et ses conversions
  • Première > Enseignement scientifique > Une longue histoire de la matière

Cette piste pédagogique peut également être adaptée pour les programmes suivants :

  • Terminale > Histoire : La multiplication des acteurs internationaux dans un monde bipolaire
  • Terminale technologique > Histoire : Du monde bipolaire au monde multipolaire
  • Troisième > Histoire > Le monde depuis 1945 > Un monde bipolaire au temps de la guerre froide
  • Seconde générale et technologique > Géographie : Sociétés et environnements : des équilibres fragiles

Objectifs pédagogiques

  • Lire et utiliser le langage de l'image animée.
  • Exploiter un document audiovisuel : prélever, hiérarchiser et confronter des informations dans ce document.
  • Mettre en lien des documents audiovisuels et des textes de référence.

Durée de l'activité

1h30 d’activité en classe.

# 1. Les accidents de Tchernobyl et de Fukushima à 25 ans d’écart

Les quatre documents suivants montrent que les deux accidents nucléaires, de Tchernobyl et Fukushima, ont eu des traitements médiatiques assez semblables.

Ces deux accidents sont les seuls classés niveau 7 sur l’échelle INES (International Nuclear Event Scale) qui comporte 8 niveaux, de 0 à 7. Les niveaux 1 à 3 correspondent à des « incidents », les niveaux 4 à 7 à des « accidents ».

Texte de référence

Lorsque les doses de rayonnements sont inférieures à 100 millisieverts, on parle de faibles doses. Les études épidémiologiques menées pendant plus de soixante ans sur près de 90 000 survivants des bombardements d’Hiroshima et Nagasaki ont montré avec certitude que le risque de cancers augmente chez les personnes ayant reçu une dose de rayonnements ionisants supérieure à 100 mSv de manière significative. On a aussi évalué l’effet déterministe (brûlures…) qui s’observe lors d’une irradiation massive et de courte durée.

En revanche, en deçà de 100 mSv, les études n’ont pas établi de façon indiscutable l’existence d’une relation entre dose de rayonnements et risque de cancers ou maladies non cancéreuses, notamment en raison des incertitudes qu’accompagne ce type d’étude. C’est pourquoi cette valeur de 100 mSv a été choisie pour définir schématiquement le domaine des « faibles doses ».

Pour information, rem est le symbole de l'unité Röntgen Equivalent Man remplacée depuis 1979 dans le système international par l'unité Sievert, de symbole Sv, et 1 rem = 10 mSv.

Source : Article "Mieux comprendre les faibles doses" sur le site de l'Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire.

question 1

Quel est le niveau de radioactivité mesurée aux abords de la centrale 4 ans après les faits ? Le comparer au niveau moyen de la radioactivité de l’air en France où les moyennes régionales varient de 40 à 150 nanosievert par heure.

question 2

Quel est le nom de la personne interrogée au début du reportage ? Quelle était sa fonction au moment de l’accident ?

question 3

En s’intéressant uniquement au texte de l’interview, relever les mots ou expressions qui montrent qu’il rejette toute responsabilité dans l’accident de la centrale.

question 4

En s’intéressant maintenant à l’image et au positionnement de la personne interrogée face caméra, la personne interrogée vous semble-t-elle ressentir de la culpabilité ou assumer sereinement sa responsabilité ?

question 5

Quelles sont les autres personnes interrogées dans ce reportage ? Quelles sont leur fonction ? Quelles informations apportent-elles ?

question 6

Quels sentiments se dégagent de ces interviews ? Quelles conclusions tirez-vous sur ce reportage ?

question 7

Quatorze ans après l'accident, quel est l’enchaînement des faits, maintenant clairement établi, qui ont abouti à la catastrophe de Tchernobyl ? Quelle est la cause identifiée ? La remettre en perspective avec la déclaration du directeur de la centraledans le document précédent.

question 8

Quels sont les deux principales inquiétudes pour l’avenir qui sont mises en avant dans ce reportage ?

question 9

Dans le reportage de 1990, le scientifique interrogé craignait l’écroulement d’une partie du sarcophage sur les restes de matière toujours en fusion. Cette inquiétude est-elle aussi présente dans ce reportage datant de 2000 ? Quelles sont les indications de l’image qui vont dans ce sens ?

question 10

A partir de la reconstitution qui a été réalisée dans ce reportage, résumer en quelques phrases le déroulement de l’accident de Tchernobyl en 1986.

question 11

Ce reportage tourné quatorze ans après l’accident contient-il des images réelles prises de l’intérieur du sarcophage ? A votre avis pourquoi, et quel est l’intérêt des images de simulation ?

Ce reportage se déroule au lendemain du séisme qui a secoué le Japon le 11 mars 2011 et a conduit à l’accident nucléaire de Fukushima. Il est en deux parties qui se complètent l’une et l’autre : des interviews d’expert et l’explication de « l’expert maison » sur le plateau du 19-20.

question 12

A quelle entité appartiennent les ingénieurs présentés au début du reportage ? Quel est son rôle ?

question 13

Quel est le nom de la personne interrogée à une minute du début du reportage ? Quelle était sa fonction au moment de l’accident ? Apporte-t-elle des informations précises sur le classement de l’accident ?

question 14

Quel est le nom et la fonction de la personne qui intervient à 1 min 30 seconde du début ? Se veut-elle rassurante ou inquiète ?

question 15

Que dit « l’expert maison », Patrick Hesters, au début de la seconde partie du reportage, phrase qu’il répètera à 3 min 22 ? Cela vous semble-t-il justifié ?

question 16

Quel est le classement de cet accident en ce 12 mars 2011 ? Le classement sera remonté au niveau 5 le 18 mars et au niveau 7 le 12 avril. Quelle est l’expression du journaliste qui nous incline à envisager ce reclassement ?

question 17

Quelle est la valeur de la radioactivité mesurée par le compteur Geiger du journaliste à 40 km de la centrale ? Quelle est la valeur mesurée à 30 km ? Ces valeurs sont-elles inquiétantes ?

question 18

Que se passe-t-il dans la zone des vingt kilomètres entourant la centrale ? Le journaliste pourra-t-il y pénétrer ?

question 19

Qu’est-ce qu’un réfugié nucléaire ? Que les voit-on faire dans ce reportage ? Pourquoi portent-ils tous une blouse blanche ainsi qu’une charlotte sur les cheveux ?

A l’analyse de ces quatre reportages, il apparaît que les informations sur ce qui s’est réellement passé dans les centrales lors de ces deux accidents ne sont accessibles pour les médias que très longtemps après la catastrophe. Le problème pour Tchernobyl aussi bien que pour Fukushima est donc l’accès à une information scientifique de qualité au moment des faits.

# 2. L’évolution du traitement médiatique de la production d’électricité par l’atome

Prolongement d'activité

Après plus d’un siècle depuis les fondements théoriques, l’image de la radioactivité dans les médias et son utilisation notamment pour produire de l’électricité a beaucoup évolué, en particulier depuis les accidents de Tchernobyl et Fukushima.

question

Faire un rapide panorama de l'évolution de l’image de la radioactivité dans les médias à partir des documents proposés.

# 3. Histoire des sciences sur la découverte de la radioactivité

Prolongement d'activité

L’histoire des sciences a une place à part dans les programmes de physique-chimie du cycle 4 comme du lycée, elle peut être un levier pédagogique important, voir notamment la thèse de Cécile de Hosson en 2006 sur la contribution à l’analyse des interactions entre histoire et didactique des sciences.

La mise en perspective historique

La science a été élaborée par des hommes et des femmes vivant dans un contexte temporel, géographique et sociétal donné. En remettant en cause les conceptions du monde et la place de l'Homme, son progrès s'est souvent heurté aux conservatismes, aux traditions, aux arguments d'autorité, aux obscurantismes de toutes sortes. En ce sens, faire connaître à l'élève l'histoire de la construction de la connaissance scientifique est source d'inspiration pour la liberté intellectuelle, l'esprit critique et la volonté de persévérer. Elle est également une école d'humilité et de patience dans la mesure où cette histoire s'est accompagnée d'un impressionnant cortège d'hypothèses fausses, de notions erronées autant que de controverses passionnées. L'approche historique montre que la science moderne, qui transcende les différences culturelles, est universelle et qu'elle est désormais le bien de l'humanité tout entière.

Extrait du programme d’enseignement spécifique de physique-chimie en classe de première scientifique

Cette activité peut être faite en introduction du parcours ou au contraire en prolongement du parcours proposé.

La radioactivité fait partie de notre monde. Tous les objets qui nous entourent contiennent des noyaux radioactifs qui se désintègrent spontanément. Mais cette histoire, que l’on peut commencer avec Röntgen et sa découverte des rayons X pour laquelle il obtiendra le 1er prix Nobel de physique en 1901, se déroule tout au long du XXe siècle pour aujourd’hui prendre une large place dans notre vie quotidienne. En France la production électrique actuelle provient pour une large part de son parc nucléaire (72% en 2016) basée sur le principe de la fission nucléaire.

# Quelles furent les découvertes des principaux scientifiques ?

Si on peut considérer Wilhelm Conrad Röntgen, Henri Becquerel, Pierre et Marie Curie comme les pionniers de la radioactivité naturelle, en parallèle nous pouvons considérer Enrico Fermi, Frédéric et Irène Joliot-Curie, Otto Hahn et Lise Meitner comme ceux de la radioactivité artificielle et en particulier du phénomène de fission nucléaire.

question 1

Faire un document reprenant les dates importantes de la radioactivité associées notamment au nom des scientifiques cités dans le texte d’introduction, en précisant les scientifiques récompensés par un prix Nobel de physique ou de chimie. Plusieurs pistes peuvent être envisagées pour la réponse, carte dynamique sur support numérique, frise chronologique, document vidéo.

# Quelle place pour les femmes dans la recherche scientifique ?

  • Présentation du Prix Irène Joliot-Curie sur le site du Ministère de lʼEnseignement supérieur, de la Recherche et de lʼInnovation.

  • Une citation de la directrice générale de l'UNESCO :

« Seulement 17 femmes ont obtenu un prix Nobel de physique, chimie ou médecine depuis Marie Curie en 1903 contre 572 hommes. Aujourd’hui, 28% seulement de tous les chercheurs dans le monde sont des femmes. Des disparités aussi énormes, une telle inégalité, ne sont pas dues au hasard ».

Citation d’Irina Bokova en tant que directrice générale de l’UNESCO, dans le rapport de 2017 "Déchiffrer le code : l’éducation des filles et des femmes aux sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (STEM)".

  • Un schéma montrant le nombre de femmes ayant reçu le Prix Nobel sur le site Coumpound interest:

question 2

En analysant un peu plus en avant le document vidéo sur la pile Zoé, en parallèle avec celui sur l’hommage à Irène Joliot Curie, et la liste des prix Nobel de Chimie, proposer un document numérique, vidéo ou diaporama présentant le prix Irène Joliot-Curie.

# Prolongements

Ressources bibliographiques

  • Cécile de Hosson, Contribution à l’analyse des interactions entre histoire et didactique des sciences. Elaboration d’un support d’enseignement du mécanisme optique de la vision pour l’école primaire et le collège et premiers éléments d’évaluation. Consultable en ligne sur le site HAL archives ouvertes.

  • René Bimbot, Histoire de la radioactivité : l’évolution d’un concept et ses applications, Vuibert/Adapt, août 2006.

Ressources numériques

Pour compléter le travail d’analyse des documents issus de Lumni Enseignement sur les accidents de Tchernobyl et Fukushima :