Piste Pédagogique

La sortie de l’apartheid en Afrique du Sud

Par Nicolas LepoutreProfesseur agrégé d'Histoire au lycée Guy de Maupassant de Colombes
Publication : 08 nov. 2022 | Mis à jour : 17 nov. 2022

Niveaux et disciplines

Lien avec le programme scolaire

  • Terminale générale > Histoire > Thème 4 : Le monde, l’Europe et la France depuis les années 1990, entre coopérations et conflits > Chapitre 1 : Nouveaux rapports de puissance et enjeux mondiaux > Point de passage et d’ouverture : La fin de l’Apartheid en Afrique du Sud.
  • Terminale générale > EMC : la démocratie, les démocraties. Axe 1 : Fondements et expériences de la démocratie.

Notions abordées

  • Apartheid
  • Sanctions
  • Commission Vérité et Réconciliation

 

Durée de la séquence

1 h 30.

Repères historiques

En 1948, les Afrikaners (Sud-Africains blancs non-anglophones) radicaux arrivent au pouvoir en Afrique du Sud et mettent progressivement en place l’apartheid (mot afrikaans signifiant littéralement « ce que l’on met à part » et généralement traduit par « développement séparé »). Si de nombreuses réglementations raciales existaient déjà dans l’ancienne colonie britannique, la ségrégation politique, économique et sociale du pays est désormais renforcée et systématisée. Ainsi, les mariages mixtes (entre une personne blanche et quelqu’un d’un autre groupe ethnique) sont interdits dès 1949. Le Population Registration Act de 1950 oblige tous les citoyens à être définis dans une classe ethnique spécifique (Blancs, métis, indigènes – eux-mêmes divisés en sous-catégories) tandis que le Group Areas Act de la même année impose un lieu de vie ségrégué. En tout, ce sont près de 150 lois liées à la ségrégation qui sont votées entre 1948 et 1984.

De nombreux acteurs s’opposent à ce système en Afrique du Sud : des organisations politiques (comme le Congrès national africain ou ANC dans lequel s’investit Nelson Mandela, le Congrès indien sud-africain, le Parti communiste, etc.), mais aussi des mouvements étudiants ou encore des journalistes (notamment de médias anglophones). La situation se durcit en 1960 : à la suite du massacre de Sharpeville (environ 70 manifestants noirs tués par la police), l’état d’urgence est proclamé et l’ANC interdite (poussant cette dernière à la clandestinité et à l’abandon de sa doctrine de non-violence).

     

Un régime raciste de plus en plus isolé

Sur la scène internationale, deux phénomènes contradictoires influent sur la position de l’Afrique du Sud. D’un côté, l’Organisation des Nations unies soutient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et l’Asie et l’Afrique sont progressivement décolonisées. Le régime raciste de l’Afrique du Sud apparaît donc de plus en plus comme une anomalie ; la radicalisation de Pretoria accentue son isolement. Aux condamnations morales (comme la convention sur « la suppression et la punition du crime d’apartheid » organisée par l’ONU en 1973) se joint un boycott sportif (exclusion de l’Afrique du Sud des jeux Olympiques de 1968), puis succèdent de véritables sanctions (embargo complet sur les armes décrété par le Conseil de Sécurité de l’ONU en 1977). D’un autre côté toutefois, le monde est également plongé en pleine guerre froide. Or le régime sud-africain présente les mouvements anti-apartheid comme des suppôts du communisme et s’implique dans différents conflits régionaux (par exemple dans la guerre civile en Angola pour s’opposer à un mouvement marxiste-léniniste appuyé par l’URSS et Cuba). Il parvient dès lors à obtenir un soutien plus ou moins officiel du bloc de l’Ouest ; ce dernier l’aide à moderniser son armée (y compris parfois après l’adoption par l’ONU de l’embargo sur les armes) et maintient d’importants liens économiques avec le pays.

Vers les premières élections multiraciales

La situation évolue à la fin des années 1980 : la fin de la guerre froide s’annonçant, les alliés traditionnels du pays (dont les États-Unis) se distancient désormais du régime sud-africain. Élu à la présidence de la République en septembre 1989, Frederik de Klerk rompt avec la politique de concessions symboliques et d’aménagements de façade de l’apartheid de son prédécesseur. Il engage véritablement la fin de ce système politique : il libère Nelson Mandela, met fin à l’interdiction des partis opposés à l’apartheid (dont l’ANC et le Parti communiste), restaure les libertés fondamentales, supprime les lois foncières qui conditionnaient la possession de la terre à un critère ethnique, etc. La population blanche, seule consultée lors du référendum de 1992, exprime de manière nette son soutien aux réformes (86 % de participation, 69 % de soutien). L’organisation des premières élections multiraciales du pays en 1994, largement remportées par l’ANC avec plus de 60 % des suffrages, clôt cette période de transition.

Il ne faut pas sous-estimer pour autant les difficultés de cette sortie de l’apartheid : non seulement les négociations de 1990-1994 entre Frederik de Klerk et Nelson Mandela (tous deux prix Nobel de la paix en 1993) sont souvent conflictuelles, mais les tensions s’accroissent nettement dans le pays à cette époque et menacent de faire dérailler le processus. En premier lieu, Pretoria doit évidemment faire face aux réticences d’une partie de la population blanche qui refuse le démantèlement d’un système supposé leur assurer sécurité et supériorité vis-à-vis d’une population noire présentée pendant des décennies comme dangereuse (le « péril noir » selon l’expression de l’époque). Concrètement, des groupes violents comme le Mouvement de la résistance afrikaner (AWB) lancent une campagne d’assassinats de leaders noirs (par exemple par des attentats à la voiture piégée). De plus, plusieurs factions s’affrontent au sein de la population noire : l’Inkatha Freedom Party (IFP), spécifiquement zoulou, entend ainsi concurrencer l’ANC, entraînant une spirale de massacres et d’assassinats réciproques. Au total, plus de 15 000 personnes sont tuées pour des motifs politiques entre 1990 et 1994 (contre 20 000 personnes sur toute la période de l’apartheid).

La nation arc-en-ciel

Élu à la présidence de la République en 1994, Nelson Mandela s’attache à restaurer l’image internationale de l’Afrique du Sud, à améliorer les conditions de vie de la population noire et surtout à réconcilier les différentes communautés de son pays (présentée comme une « nation arc-en-ciel »). Certains toponymes de villes ou de lieux, trop associés à l’apartheid, sont par exemple modifiés (comme l’aéroport Verwoerd, du nom du principal architecte de l’apartheid, à Port Elizabeth). Son grand œuvre demeure toutefois la mise en place de la Commission Vérité et Réconciliation en 1995. Présidée par l’archevêque anglican et prix Nobel de la paix Desmond Tutu, cette instance a pour but de solder les crimes de l’apartheid. En incitant les coupables de crimes politiques à témoigner (avec l’espoir d’obtenir en échange une amnistie partielle ou complète), la commission doit permettre de faire émerger la vérité. Dès lors, les victimes pourront faire leur deuil et tourner la page, voire se réconcilier avec leurs anciens bourreaux. Les audiences, couvertes par les médias du monde entier, durent de 1996 à 1998 et aboutissent à l’acceptation d’environ 850 demandes d’amnistie sur un peu plus de 7 000.

Les dates-clés

Frise chronologique détaillant les dates-clés de l'apartheid.

Problématique

À quels défis l’Afrique du Sud est-elle confrontée pour sortir de l’apartheid ?

Questionnements sur les documents

1. Des pressions internationales à l’efficacité limitée

Vidéo 1

Cette vidéo montre comment, à la fin des années 1970, l’ONU adopte pour la première fois des sanctions contre l’Afrique du Sud de l’apartheid.

Insert de la ressource Document - ID: 00000004603 en mode complementaire

question 1

Quelle décision l’ONU prend-elle en novembre 1977 pour sanctionner le régime de l’apartheid ? Pourquoi est-elle présentée comme « historique » ?

Vidéo 2

Dans ce reportage, vous verrez qu'en dépit de pressions internationales, la France conserve d’importantes relations économiques avec l’Afrique du Sud au début des années 1980.

Insert de la ressource Document - ID: 00000004604 en mode complementaire

question 2

À l’aide des deux vidéos précédentes, montrez que l’isolement de l’Afrique du Sud sur la scène internationale et l’impact des sanctions s’avèrent toutefois limités.

2. La sortie de l’apartheid, entre espoirs et difficultés

Vidéo 3

Les réformes entreprises par le régime au début des années 1990 permettent d’engager une sortie de l’apartheid, laquelle soulève de nombreux espoirs.

Insert de la ressource Document - ID: 00000004245 en mode complementaire

question 1

Expliquez le rôle de Frederik de Klerk dans la sortie de l’apartheid.

question 2

Quelles sont les réactions de la population (blanche et noire) face aux réformes entreprises par le pouvoir ?

Vidéo 4

Bien qu’elle soit engagée depuis près de deux ans, la sortie de l’apartheid ne semble pas se traduire pour tous les habitants par des modifications radicales de leurs conditions de vie. C'est ce que permet de comprendre cette vidéo.

Insert de la ressource Document - ID: 00000004605 en mode complementaire

question 3

Montrez que les réformes politiques entreprises sont loin de répondre à toutes les difficultés rencontrées par la population noire.

Vidéo 5

En 1994, Nelson Mandela est élu président de l’Afrique du Sud.

Insert de la ressource Document - ID: 00000004243 en mode complementaire

question 4

Pourquoi les élections de 1994 marquent-elles une rupture fondamentale dans l’histoire de l’Afrique du Sud contemporaine ? Comment ce reportage le montre-t-il ?

Vidéo 6

Pour solder l’apartheid, l’Afrique du Sud met en place une juridiction spéciale : la Commission Vérité et Réconciliation.

Insert de la ressource Document - ID: 00000004606 en mode complementaire

question 5

À quelle limite la Commission Vérité et Réconciliation doit-elle faire face ?

Pour aller plus loin

Documents complémentaires

  • La collection de vidéos La Grande Explication consacre un épisode à la libération de Nelson Mandela le 11 février 1990, après 27 années de captivité.
Insert de la ressource Document - ID: 00000004376 en mode complementaire
  • En 2010, ce reportage du journal télévisé de France 2 rappelle que, pendant l'apartheid, le rugby était le sport des Blancs et le football celui des Noirs. Est-ce que tout cela a changé ?
Insert de la ressource Document - ID: 00000001318 en mode complementaire

Éléments bibliographiques

  • Philippe Gervais-Lambony, Afrique du Sud. Entre héritages et émergence, La Documentation photographique, n°8088, juillet-août 2012.
  • Gilles Teulié, Histoire de l’Afrique du Sud. Des origines à nos jours, éditions Tallandier, 2019.

Thèmes

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