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Pourquoi Pascal est-il souvent opposé à Descartes ?

Copyright de l'image décorative: © Château de Versailles, Dist. RMN-Grand Palais / image château de Versailles - Public domain, Wikimedia Commons

Par Fabien Trécourtjournaliste idées, culture et société
Publication : 15 juin 2023 | Mis à jour : 10 juin 2024

Niveaux et disciplines

Ils ont beaucoup en commun. Ces deux philosophes ont vécu à peu près à la même époque, Descartes (1596-1650) étant l’aîné de Pascal (1623-1662). Ils nourrissent un même intérêt pour tous les sujets touchant à la science et à la religion, et adoptent un point de vue révolutionnaire sur le christianisme – préférant l’exercice de la pensée et de la raison à l’assimilation de dogmes. Pour le reste, Descartes est une figure tutélaire de l’académie de Mersenne quand Pascal fait figure de jeune prodige. L'Académie de Mersenne ? Sans être une institution officielle, ce réseau de savants et de correspondants, fondé par le scientifique et abbé Marin Mersenne, préfigure la future Académie des sciences (créée par Colbert en 1666). À 16 ans, le jeune Blaise Pascal soumet un essai de géométrie sur les formes coniques à cette institution. La jeune et bouillonnante organisation scientifique compte parmi ses nombreux correspondants le philosophe René Descartes. Dans un premier temps, ce dernier refuse de croire que L’Essai pour les coniques est celui d’un jeune homme et imagine que l’auteur a été confondu avec son père, Étienne Pascal… Le texte de Blaise témoigne de fait d’une faculté d’analyse exceptionnelle. Il jette aussi les bases de ce qui deviendra le théorème de Pascal en géométrie.

Philosophe révéré, dont le Discours de la méthode (1637) domine les discussions scientifiques, René Descartes doute du génie précoce de Pascal ou le relativise. Ce dernier le lui rendra bien dans ses Pensées : « Descartes inutile et incertain », résume-t-il, lapidaire, préférant se référer à Montaigne ou à Épictète. Dans un Mémoire sur la vie de M. Pascal, sa nièce Marguerite Périer lui prête également cette citation : « Je ne puis pardonner à Descartes ; il voudrait bien, dans toute sa philosophie, se pouvoir passer de Dieu, mais il n’a pu s’empêcher de lui faire donner une chiquenaude pour mettre le monde en mouvement ; après cela il n’a plus que faire de Dieu. » Pour Pascal en effet, fonder la connaissance de Dieu sur l’idée de cogito – « Je pense, donc je suis » – est une forme de présomption et de vanité. C’est donner trop d’importance à la raison et à une imagination que Pascal juge trompeuse. Pour lui, l’intuition et la foi continuent de jouer un rôle essentiel, même dans l’exercice de la pensée.

 

Date de la vidéo: 2017 Collection:  - Brèves histoires de la culture

1619 : Descartes et le Discours de la méthode

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