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Discours de Mendès France à Nevers (2)

Date de diffusion : 20 sept. 1954 | Date d'évènement : 19 sept. 1954

À l'occasion de l'inauguration du monument à la gloire de la résistance nivernaise, Pierre Mendès France prononce un discours en faveur de la réconciliation franco-allemande et d'une construction européenne à laquelle la Grande-Bretagne s'associerait.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Date de l'évènement :
19 sept. 1954
Production :
INA
Page publiée le :
2003
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000034

Contexte historique

Par Philippe Tétart

Le 2 septembre 1954, l'Assemblée nationale rejette le projet de Communauté Européenne de Défense. Ce rejet est lié au refus du réarmement allemand (l'idée de la reconstruction d'une Wehrmacht est un cauchemar pour l'opinion) et de la supranationalité d'un commandement militaire européen enlevant à la France l'autonomie de sa défense.

La défiance vis-à-vis de la Grande Bretagne a joué aussi un rôle clef : les Britanniques souhaitent profiter de la création de la CED pour se désengager militairement du continent, prétextant, selon le mot d'Anthony Eden, qu'ils sont opposés à l'intégration européenne "jusque dans [leurs] entrailles". Craignant que se développe un axe militaire Washington-Londres-Bonn excluant la France de la question de la défense "occidentale" (vis-à-vis de l'Est soviétique), Pierre Mendès France lance alors de vibrants appels, à Nevers le 19 septembre, puis dès le 20 au Conseil de l'Europe, pour que soient rediscutés la question militaire (dans une perspective moins supranationale que la CED) et l'engagement anglais en Europe.

De nouvelles négociations aboutissent le 25 octobre : les Accords de Paris font entrer la RFA dans le Pacte Atlantique par le truchement de l'Union de l'Europe Occidentale, à laquelle appartient la Grande Bretagne. Le processus de la construction européenne n'est plus enrayé.

Éclairage média

Par Philippe Tétart

Pierre Mendès France est un des premiers hommes politiques français à avoir pleinement mesuré l'intérêt stratégique, en matière de communication politique, des médias modernes : radio, puis télévision. Il en fait la preuve dès 1944-1945 : en tant que ministre de l'Économie Nationale du gouvernement provisoire, il s'adresse aux Français à vingt reprises, par le biais de la radio. Il réitère en 1954 avec ses célèbres "Causeries" radiophoniques: lors de son mandat de président du Conseil, il parle aux Français chaque semaine. Ici, à l'occasion d'un déplacement en province couvert par la télévision, il profite d'un événement à forte charge symbolique (l'inauguration du monument rendant hommage à la Résistance) pour s'adresser au peuple français et prononcer un discours clef sur sa conception de la construction européenne.

Ce sujet témoigne combien, à partir du milieu des années 1950, la montée en puissance de la télévision commence à bouleverser la conception de la communication politique chez les hommes de gouvernement. C'est le cas en particulier chez Pierre Mendès France, qui se plaît à souligner l'importance du "contact nécessaire entre le peuple, le Parlement et le gouvernement" ; et qui, dans le souci d'entretenir ce contact, n'est pas avare de sa présence radiophonique et télévisuelle. Cette présence sera jugée excessive et politiquement déloyale par certains, comme le député d'opposition MRP François de Menthon qui remet publiquement en cause, en 1954, l'usage régulier, par le président du Conseil, des médias, ceci au nom d'une supposée inconstitutionnalité de la pratique [Marie-Françoise Lévy,[in Jeanneney Jean-Nöel (dir.), L'Écho du siècle. Dictionnaire historique de la radio et de la télévision en France, 1999]. Cette anecdote n'en est pas une. Elle montre en effet l'enjeu déjà croissant de la communication télévisuelle pour les hommes politiques.

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