La crise ministérielle de février 1955

La crise ministérielle de février 1955

Date de diffusion : 08 févr. 1955 | Date d'évènement : 06 févr. 1955

Confronté à la difficile résolution de la crise algérienne, le gouvernement de Pierre Mendès France se voit refuser la confiance. Des consultations à l'Elysée préludent à la désignation du nouveau président du Conseil.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Les Actualités françaises
Date de l'évènement :
06 févr. 1955
Production :
INA
Page publiée le :
2003
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000042

Contexte historique

Par Philippe Tétart

Pour le gouvernement du radical Pierre Mendès France, la crise algérienne sonne le glas. Et que son gouvernement y ait répondu, au moins dans un premier temps, par la manière forte, ne change rien. En effet, pour l'Assemblée, dont l'hostilité ne cesse de croître depuis l'automne (y compris parmi les rangs des radicaux eux-mêmes), l'incapacité à avoir prévu l'embrasement algérien et l'émergence d'une politique d'apaisement cristallise toutes les rancœurs et sert de prétexte. Rancœurs nées des décisions audacieuses du gouvernement en matière de politique coloniale, de politique européenne et d'options économiques. Après la grâce d'un été, arrive la tempête. Le 5 février au soir, à l'occasion du débat sur l'Afrique du Nord, le gouvernement est renversé par une coalition hétéroclite de 319 voix contre 273 (et 22 abstentions).

Pour Pierre Mendès France, porté au pouvoir neuf mois plus tôt par une très confortable majorité de 419 voix transgressant les clivages politiques et par un courant de popularité attendant de lui qu'il jugule la crise d'une "République embourbée", c'est un rude revers. D'autant plus rude qu'il incarne alors un courant politique à gauche, le mendésisme, qui jouit d'une réelle popularité. Cette situation n'est pas sans donner une coloration paradoxale à cette éviction.

Éclairage média

Par Philippe Tétart

Cet extrait ne laisse pas de place à une analyse des causes de la chute du gouvernement. Avec un sens marqué de la dramatisation que renforce le traitement musical, on insiste d'abord sur la "solitude" du président du Conseil face à la Chambre hostile, puis sur "l'impitoyable réquisitoire" de René Mayer, qui sonne l'hallali contre le gouvernement, et dont on omet de dire qu'il appartient au même parti que Pierre Mendès France.

Si l'on s'interroge ici pour la forme sur l'éventuel pressentiment de la défaite chez Pierre Mendès France, c'est pour mieux passer sous silence la crise ministérielle du mois de février 1955 et le détail des mesures déjà prises ou envisagées pour l'Algérie ; mesures de détente qui favorisent le rejet de la question de confiance (nomination critiquée de Jacques Soustelle comme gouverneur, projet de modification de l'élection des présidents de conseils municipaux qui sont l'un des principaux ressorts de l'autorité française en Algérie). En définitive, dans un montage valorisant les images stéréotypées censées incarner l'alternance de la vie politique (façade de l'Assemblée, puis hémicycle, voitures et descentes de voitures à l'Élysée, journalistes au travail, crépitement des flashes sur les leaders politiques), l'éviction de Pierre Mendès France est traitée de façon anecdotique.

De même, le commentaire ne souligne pas que la désignation de son éventuel successeur, Antoine Pinay, est peu probable. Ce dernier, en effet, semble d'emblée incapable de trouver une majorité à cause de l'hostilité du MRP, des socialistes SFIO et des radicaux mendésistes. Et de fait, il se retirera de la course à Matignon par crainte de l'échec. L'information manque donc ici singulièrement de recul, ce que souligne encore l'absence d'un nom, Edgar Faure, pourtant évoqué depuis plusieurs semaines et qui sera en effet investi le 25 février.

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