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La démission d'Edith Cresson

Date de diffusion : 02 avr. 1992

Rétrospective sur le passage au pouvoir d'Edith Cresson du 15 mai 1991 au 2 avril 1992, la première femme en France à devenir Premier ministre.

Niveaux et disciplines

Ressources pédagogiques utilisant ce média

  • Niveaux: Cycle 4 - Lycée général et technologique - Lycée professionnel

    Les femmes dans la société française depuis 1945

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2003
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000158

Contexte historique

Par Eve Bonnivard

Le choix de nommer Edith Cresson au poste de Premier ministre ne manque pas de panache. C'est la première fois que la France reconnaît, au sommet de l'Etat, l'égalité des sexes. Mais c'est loin d'être une "première" en Europe et dans le monde : Margaret Thatcher, Golda Meir, Indira Ghandi et Benazir Bhutto l'ont précédée.

Dans l'opinion française, l'effet femme joue à plein. Selon un sondage IFOP réalisé au lendemain de la nomination d'Edith Cresson, 77% des Français sont contents. Les responsables socialistes s'interrogent, eux, sur ses capacités à diriger le pays. Pierre Favier et Michel Martin-Roland rapportent des "propos grossiers à l'égard d'Edith Cresson et des critiques féroces". Les "barons" socialistes se sentent d'autant plus humiliés qu'un certain nombre d'entre eux, Jean-Louis Bianco, Michel Delebarre et surtout Pierre Bérégovoy semblent prêts pour Matignon.

Très vite, le Premier ministre commet des faux pas. Sa politique de communication, qui confond fermeté et crudité du langage, s'avère vite peu adaptée. De la Bourse, "elle n'avait rien à cirer", les anglo-saxons étaient des "homosexuels" et les Japonais des "fourmis". L'impression défavorable ressentie dès le début est confirmée lors de la présentation de son programme à l'Assemblée nationale le 22 mai 1991. Discours médiocre et qui, en dehors de son volontarisme industriel, n'apporte rien de nouveau par rapport à son prédécesseur, mais qui lui vaut la sympathie des chefs d'entreprise. Symbolique des méthodes du gouvernement Cresson, la décision de transfert de l'ENA à Strasbourg, mesure sans doute intéressante mais annoncée de façon brutale sans avoir été sérieusement étudiée, provoque un tollé d'indignation. Son explication embrouillée sur les "charters", en réponse à un journaliste lui demandant si elle envisageait de "faire des charters, comme l'avaient fait Charles Pasqua et Robert Pandraud", passe très mal.

Conséquence, la côte de popularité du Premier ministre s'effondre rapidement. Les très mauvais résultats des élections régionales conduisent François Mitterrand à lui demander sa démission le 2 avril. Pierre Bérégovoy est nommé à sa place. Edith Cresson a été le Premier ministre dont le passage à Matignon a été le plus court de la Ve République, un peu moins de onze mois.

Éclairage média

Par Eve Bonnivard

De cette rétrospective en forme d'hommage se dessine le portrait d'une femme courageuse, victime d'un monde politique misogyne. La journaliste Véronique de Saint-Olive éprouve manifestement de la sympathie pour cette femme battante, énergique, volontaire, et c'est moins sa compétence et son bilan politique que son caractère qu'elle salue ici : "Edith Cresson se moque de ses détracteurs. Elle, elle sait où elle va", "Edith Cresson se sera battue jusqu'au bout".

Sans doute la solidarité féminine joue-t-elle un rôle, mais aussi le sentiment qu'Edith Cresson est la victime expiatoire de toute une série de dysfonctionnements touchant aussi bien le Parti socialiste, qui vient de subir un cuisant revers, que la société française dans son ensemble, qui accumule les difficultés sociales. La journaliste semble regretter que ce soit précisément la première femme française accédant à une haute fonction qui soit sacrifiée, au bout de onze mois seulement, par les nécessités politiques du moment.

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