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L'exposition 60-72, douze ans d'art contemporain en France chahutée

Date de diffusion : 17 mai 1972

Le 16 mai 1972, le vernissage de l'exposition 60-72. Douze ans d'art contemporain en France au Grand Palais est perturbée par la manifestation d'un groupe d'artistes hostiles à l'intervention de l'Etat dans l'art.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2005
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000492

Contexte historique

Par Carole Robert

L'exposition 60-72. Douze ans d'art contemporain en France est un événement clef de la vie des arts plastiques français des années 1960-1970. Les polémiques qu'elle soulève témoignent de la fracture entre l'Etat et toute une partie des plasticiens. Le conflit révèle l'importance des répercussions de Mai 68 sur les artistes.

Voulue par Georges Pompidou, cette exposition officielle tente de faire la synthèse des différentes tendances novatrices artistiques françaises à travers l'oeuvre de 72 plasticiens. Or la fin des années 1960 a vu le développement de l'engagement d'artistes dans les luttes politiques (contre la guerre du Vietnam notamment) et le maintien d'un état d'esprit d'extrême gauche né en Mai 68. La coopérative des Malassis, qui crée des oeuvres collectives et engagées, en est un exemple ; le Front des Artistes Plasticiens proteste également contre "un art d'Etat" qui serait sous tutelle ; enfin, le Groupe Support/Surface affiche des positions maoïstes. Leur revue Peinture - cahiers théoriques se partage entre l'analyse marxiste et psychanalytique de l'histoire de l'art et l'expression de luttes plus circonstancielles, notamment les querelles suscitées par l'exposition. En effet, selon nombre d'artistes, l'exposition est une hypocrite entreprise de séduction de l'Etat qui ne fait concrètement rien pour aider les artistes. Un certain nombre d'artistes invités refusent ainsi de participer à l'exposition : Aillaud, Arroyo, Buren, Dubuffet, le groupe Support/Surface, Raysse, Sarkis...

Les banderoles déroulées par les 250 manifestants portent les noms des artistes qui ont refusé d'exposer. Une autre banderole affirme :" Non à l'Exposition Pompidou". La police ayant chargé, la coopérative des Malassis décroche et emporte les 50 panneaux composant "Le Grand méchoui ou 12 ans d'histoire en France", fresque de 65 mètres de long et y substitue un reportage photographique sur la charge policière. Villeglé, Dufrêne, Etienne-Martin et Alechinsky retirent leurs oeuvres, Kermarrec retourne ses toiles, Spoerri entrepose des fromages dans sa salle pour suggérer les différenes "puanteurs" de l'exposition... Quant à Georges Pompidou, il s'abstient de visiter l'exposition qu'il a voulue.

Éclairage média

Par Carole Robert

Le début du reportage est filmé à l'épaule, très proche de la foule. Le panorama très serré sur la banderole met le téléspectateur à la place d'un manifestant qui tenterait d'en déchiffrer le contenu. Tout est filmé afin que le spectateur ait l'impression d'être au milieu des manifestants. D'ailleurs, au début du reportage le caméraman est du côté des manifestants, face à la police. Il s'éloigne au moment de la charge policière, préférant filmer en plongée, mais toujours en cadre relativement serré, les "forces de l'ordre". Cette séquence en plongée augmente la dramatisation de la scène, tout en donnant l'impression qu'il y a un très grand nombre de policiers.

Pour passer d'un plan à l'autre, le reportage passe par un plan de coupe sur un policier (plan poitrine) qui se ronge un doigt en regardant autour de lui : étonnant temps de pause en pleine action. Le cadreur zoome ensuite légèrement vers une scène où un policier en civil n'hésite pas à matraquer un des manifestants refoulés vers l'entrée. La question posée au conservateur témoigne également de l'engagement du journaliste en faveur des artistes : "Est-ce que vous trouvez normal tout de même qu'il n'y ait que 72 artistes représentés ici (...) ?". Le conservateur reste dans le domaine strictement artistique, se plaçant dans le cadre de la qualité esthétique des oeuvres. Le journaliste tente de le faire sortir du discours officiel mais il est interrompu par la seconde charge policière. Le journaliste apparaît en amorce à la fin du reportage, on le voit même suivre le conservateur vers le perron.

Le reportage est tourné et monté comme une véritable scène d'action, presque fictionnée, au cours de laquelle le commentaire en off vient répondre aux questions remplies d'inquiétude en voix in du conservateur. Le commentaire est loin d'être hostile aux artistes qui manifestent, semblant même donner raison à leurs arguments. Le commentaire est empreint d'une grande liberté de ton et d'esprit, signe de l'aspiration des journalistes à une information indépendante. Après Mai 1968, une certaine liberté leur est laissée mais elle est remise en cause en septembre 1972 par le célèbre discours télévisé de Pompidou sur la 1ère chaîne qui affirme :"La télévision est la voix de la France".

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