Le structuralisme de Roland Barthes

Institut national de l’audiovisuel

Proposé par Institut national de l’audiovisuel

Date de diffusion : 29 mai 1957

Roland Barthes dans ses Mythologies analyse quelques signes emblématiques de la vie quotidienne des années 50, tel le catch.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Lectures pour tous
Production :
INA
Page publiée le :
2006
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000509

Contexte historique

Par Vincent Casanova

Né en 1915, Roland Barthes s'est imposé à partir des années 50 comme l'une des figures centrales du structuralisme, mouvement intellectuel qui affirme que tout phénomène se "structure" de manière signifiante. Ainsi Barthes montre-t-il dans Le Degré zéro de l'écriture (1953), dans la continuité de la linguistique élaborée par Ferdinand de Saussure pour qui la langue est un système cohérent à étudier de façon autonome, comment "l'écriture (est) condamnée à se signifier elle-même", considérant ainsi que l'étude des structures du langage littéraire (le style en particulier) permet de déterminer les significations du texte.

Dans Mythologies (1957), Barthes entreprend de lire quelques "mythes de la vie quotidienne moderne". Il y décrypte le "tissu de nos évidences" c'est-à-dire les "signes" qui incarnent le "Français moyen" des années 50. En analysant par exemple l'image de l'Abbé Pierre, le bifteck et les frites ou les combats de catch, Barthes déchiffre les significations cachées de ces "matériaux" comme autant de symboles ; banals en apparence, ceux-ci sont selon lui des productions historiques véhiculant des idées socialement conservatrices. Il formalise son approche au cours des années 60 en promouvant la sémiologie, "science qui étudierait la vie des signes au sein de la vie sociale". Si son ouverture d'esprit lui a fait aborder des objets aussi variés que le cinéma, la photographie, la mode ou la musique, il a accordé un intérêt constant à la littérature, renouvelant les approches de la critique littéraire.

Dans Sur Racine (1963), il ose une lecture psychanalytique qui suscite de vives réactions chez les professeurs de La Sorbonne, manifestant une révolte anti-académique commune à l'ensemble des "structuralistes" (Michel Foucault notamment) et parallèle aux nouvelles vagues contestataires de la vie artistique des années 60. Barthes effectue un tournant dans sa pensée à partir des années 70 où ses recherches l'amènent à remettre sur le devant la part subjective dans l'écriture (Roland Barthes par lui-même ).

Il récuse progressivement la tentation scientifique pour exalter le jouissance que le texte fait éprouver au lecteur, la "saveur" humaine devenant plus précieuse que le "savoir" même (Fragments d'un discours amoureux ). Il meurt prématurément en 1980 alors qu'il était depuis 4 ans professeur au Collège de France, marque de la consécration institutionnelle que connaît le structuralisme au cours des années 70.

Éclairage média

Par Vincent Casanova

Créée en 1953 par Pierre Desgraupes et Pierre Dumayet, l'émission "Lectures pour tous" veut donner le goût des livres. La télévision est alors envisagée comme une invitation à la culture ; le spectateur est considéré comme un lecteur. Le petit écran a pour mission d'éduquer tout autant que de divertir. Souvent dirigée par des hommes issus de la Résistance qui font de l'art un instrument d'émancipation, la télévision donne la parole aux grands écrivains et intellectuels du temps.

Ainsi Pierre Desgraupes présente-t-il les Mythologies avec le souci de rendre accessible l'oeuvre et de clarifier les intentions de l'auteur : une question d'ordre très général ("Comment pourrait-on définir votre travail ?") ouvre l'entretien et ce qui suit apparaît dès lors comme l'explicitation de la réponse concise de Barthes. A la manière d'un professeur (le regard-caméra accentue l'adresse au spectateur), Desgraupes effectue une description de la première partie des Mythologies mettant de côté la 2e partie plus théorique et susceptible d'être plus difficile à comprendre. Il choisit aussi un exemple très évocateur (le catch) pour le public. Barthes peut y déployer sa méthode non sans une certaine volonté d'ancrer l'analyse abstraite dans le vécu du téléspectateur : il met sur le même plan son "actualité" et celle des Français.

La télévision en est alors encore à ses débuts comme le montrent les gestes assez peu télégéniques du présentateur (il se frotte l'oeil et passe devant la caméra pour prendre un livre). Toutefois, en filmant en gros plan le visage de l'invité, il y a l'idée qu'en mettant à nu l'individu, on parviendra à comprendre l'oeuvre, à percer le mystère de la création. Le dispositif et le style de l'émission ont posé les bases du "talk-show"; celle-ci a accompagné les bouleversements qu'a connus le monde du livre, ces années correspondant en effet au succès des livres de poche et à l'apparition des listes de best-sellers. Peu à peu, pour les auteurs et leurs éditeurs, un passage à "Lecture pour tous" s'impose comme un rendez-vous essentiel dans la vie des lettres.

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