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Michel Foucault

Michel Foucault

Date de diffusion : 17 déc. 1976

Dix ans après Les Mots et les choses, Michel Foucault revient sur l’invention de l’homme comme objet de connaissance.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Apostrophes
Production :
INA
Page publiée le :
2006
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000595

Contexte historique

Par Vincent Casanova

Au cours des années 1960, les sciences sociales connaissent un essor considérable avec le structuralisme, mouvement de pensée qui envisage de dégager et de mettre à nu les structures profondes organisant les sociétés et les discours. Le philosophe Michel Foucault (1926-1984), dans la continuité en particulier des travaux de Georges Canguilhem, entreprend dès 1961 avec L’Histoire de la folie à l’âge classique de suivre le destin d’un objet défini médicalement, en montrant combien la figure de la folie est plurielle et ne peut se comprendre que dans le couple indissociable qu’elle forme avec la raison telle qu’elle est définie au XVIIe siècle. Foucault remet en cause ainsi le fait qu’il puisse y avoir une essence absolue des idées et concepts. Par la suite, avec Les Mots et les choses (1966), dressant ce qu’il appelle "une archéologie des sciences humaines", il analyse la construction de la notion d’ "homme". Que ce soit la biologie ou la psychologie, toutes les sciences qui prennent l’homme pour objet sont tributaires de l’organisation générale du savoir de l’époque, celle-ci définissant, pour tous domaines, les conditions de pensée de tout objet. Il met en valeur la façon dont, depuis le XIXe siècle, l’idée de "temps historique" a soumis les connaissances aux lois de leur évolution : ainsi l’homme, dorénavant perçu comme une réalité autonome, est devenu un objet du savoir scientifique.

Il infléchit son propos dès 1969 avec L’archéologie du savoir et ne déclare plus avec certitude la "fin prochaine" de l’homme. Il rejette aussi l’appellation de structuraliste dans la mesure où son approche reste fondamentalement historique ("généalogique" selon ses termes). Foucault s’engage, dans l’héritage immédiat de mai 68, dans les combats politiques de l’extrême gauche, contestant les structures du pouvoir mises en place par l’État. Bien que bénéficiant d’une position institutionnelle depuis sa nomination au Collège de France en 1971, il participe en particulier à la fondation du GIP (Groupe d’information sur les prisons). Il s’intéresse dans la continuité de son militantisme aux dispositifs d’encadrement, comme la prison et l’école, qui produisent les normes sociales (Surveiller et punir ). C’est cette même logique qui le conduit à se lancer dans une vaste histoire de la sexualité.

Son projet, resté inachevé (Foucault meurt du SIDA en 1984) et inauguré dès 1976 avec La Volonté de savoir, lui fait prendre en compte l’élaboration, depuis l’Antiquité, d’une "science de la sexualité", véritable outil pour l’administration sociale de la vie sexuelle. Il renoue dans le même mouvement avec une réflexion sur la subjectivité, s’attachant à la question du "souci de soi", à une époque où le sujet fait un retour triomphal dans la vie intellectuelle ; la perspective de refonder un nouvel humanisme, dans le sillage du combat anti-totalitaire, impose la notion de "droits de l’homme" comme horizon de tout engagement et de toute pensée. Foucault a incarné la figure de l’intellectuel "spécifique", c’est-à-dire concevant son engagement dans la continuité de ses objets de recherche, loin de la figure sartrienne du prophète universel, mais à l’unisson de luttes qu’il voulait concrètes et immédiates.

Éclairage média

Par Vincent Casanova

Ce numéro spécial d’"Apostrophes" se déroule, sans public, en direct du Musée du Louvre. Ce lieu inhabituel veut illustrer le thème de l’émission, consacrée à un sujet unique : "l’avenir de l’homme". Le choix de la salle des Antiquités sumériennes, dont on aperçoit quelques statues à l’arrière-plan, est significatif : il s’agit de l’une des civilisations connues les plus anciennes, où s’est inventée en particulier l’écriture. Animée par Bernard Pivot, cette émission prend pour modèle le salon littéraire. Faisant le pari de la transdisciplinarité, alors très à la mode dans les années 1970 et que l’oeuvre de Foucault incarne justement, Pivot distribue la parole et organise le débat en maître de cérémonie. Les tables basses permettent de poser les livres qui sont montrés à l’écran pour en faire la promotion. En cette fin d’émission, Pivot choisit habilement de revenir sur la prophétie de la disparition de l’homme qu’énonçait Michel Foucault dans Les Mots et les choses. Il évacue ainsi les évolutions de la pensée du philosophe depuis pour revenir sur ce qui avait déclenché une polémique ; il s’agit ainsi de faire monter l’audience à une heure où le spectateur peut préférer aller se coucher.

"Apostrophes", notamment à ses débuts, a marqué une évolution dans l’histoire des émissions "littéraires" à la télévision. Cherchant à ouvrir le plus possible le monde du livre à un large public, elle a rompu avec l’austérité de "Lectures pour tous", mais a conservé malgré tout une certaine qualité dans la teneur des échanges. C’est ce souci d’équilibre que l’on retrouve dans la variété des statuts scientifiques des invités (que des hommes) : Michel Foucault et le chirurgien Jean Hamburger sont des spécialistes dans leur domaine quand André Fontaine et Albert Ducrocq sont des journalistes, respectivement dans le domaine politique et scientifique, soucieux de vulgarisation.

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