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L'enquête sur les disparus de Srebrenica

Date de diffusion : 24 août 1995

Le reportage montre des images de la ville de Srebrenica, enclave musulmane tombée aux mains des Serbes, où la guerre aurait fait 3000 morts en une semaine, et peut-être un massacre (charnier).

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000742

Contexte historique

Par Carole Robert

Les années 1980 sont difficiles pour la Yougoslavie : difficultés économiques, nouveaux intérêts nationaux qui émergent, crise du Kosovo. Les premiers à réclamer leur indépendance sont les Kosovars, dès 1981. Les autorités répriment le mouvement. En 1987, Slobodan Milosevic retire au Kosovo toute autonomie politique. En 1990, les première élections pluralistes de l'ex-Yougoslavie voient la victoire des opposants au communisme en Slovénie, en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. En revanche, les communistes triomphent en Serbie avec Milosevic.

En juin 1991, après que la Slovénie et la Croatie ont proclamé leur indépendance, le gouvernement serbe intervient, sous prétexte de défendre les Serbes habitants dans ces Etats. Les forces serbes entreprennent la "purification ethnique" des régions qu'ils occupent : c'est le début de la guerre. En février 1992, l'ONU envoie un premier contingent à vocation humanitaire. En mars 1992, c'est au tour de la Bosnie-Herzéguovine de proclamer son indépendance. Les Serbes de Bosnie proclament une République serbe. L'armée serbe intervient pour les soutenir : le nettoyage ethnique mené par les Serbes fait entre 150 000 et 300 000 victimes, et au moins 3 millions de personnes déplacées. En 1993, les Croates et les Bosniaques (musulmans) s'affrontent à leur tour : l'ONU en vient à créer des zones de sécurité pour les musulmans. En février 1994, la première intervention de l'OTAN dans le conflit est suivie de la réconciliation croato-bosniaque.

En décembre 1995, c'est par l'OTAN que les Serbes sont amenés à accepter un accord : les accords de Dayton (Ohio) mettent fin à la guerre. En 1999, la guerre reprend au Kosovo mais des bombardements de l'OTAN y mettent fin rapidement. En 2000, la chute du gouvernement de Milosevic est une grande avancée, qui se termine en 2003 par la création de la communauté d'Etats de Serbie et Montenegro.

Éclairage média

Par Carole Robert

Le présentateur, Bruno Masure, fait un bilan sérieux, qui se veut neutre, de la situation. Le reportage insiste sur l'état de guerre et sur le danger pour les envoyés spéciaux de circuler au milieu des balles. Le travelling filmé de la voiture montre un paysage de maisons dévastées et les plans sur la ville sont effectivement révélateurs de combats destructeurs. "Aurait fait 3000 Morts" : le commentaire reste prudent sur les chiffres. "Chassé par les Serbes" : le commentaire insiste plus sur l'action des Serbes.

Le commentaire guide le téléspectateur lors des interviews sur le terrain : les femmes serbes accusent les Musulmans, mais le commentaire tient à préciser que les Serbes sont accusés de crimes de masse par l'ONU. Sans vraiment prendre parti pour ou contre les Serbes, le commentaire en off constate "la haine sans limite entre communautés". Interviewant le maire serbe à propos du charnier, le journaliste explique que les photos satellites ne suffisent pas à prouver quoi que ce soit sur le charnier (que le maire dément). Nous touchons là les limites des moyens techniques de l'audiovisuel : force est de constater sur le terrain que "les preuves ne sont pas évidentes", "au fond de la tranchée, un cable sur le téléphone", "rien de particulier à l'image". Pessimiste, l'envoyé spécial conclut en in sur "la cruauté et la folie qui se sont emparée des hommes", sans prendre parti.

Mais la folie s'est aussi emparée des médias occidentaux, qui se ruent sur les informations sans esprit critique, dans le but d'avoir des images exclusives d'horreurs de guerre, sans vérifier leur authenticité. Si l'éclatement de l'ORTF (1974) a retiré le poids de la censure politique aux journalistes audiovisuels, les journalistes sont de plus en plus mis en cause au cours années 1990, en terme de morale professionnelle (depuis notamment Timisoara et Srebrenica). La concurrence et la privatisation font resurgir des problèmes de déontologie : Timisoara, guerre du golfe, fausse interview de Fidel Castro sur TF1. A la fin des années 1990, les journalistes télé ont acquis une indépendance qui n'est plus remise en cause mais leur réputation morale se dégrade.

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