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Coup de force contre Ben Bella

Date de diffusion : 25 juin 1965 | Date d'évènement : 19 juin 1965

Le 19 juin 1965, Houari Boumediene, ministre de la Défense, organise un coup de force militaire pour renverser un de ses compagnons dans la lutte pour l'indépendance algérienne, le président en exercice Ahmed Ben Bella.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Date de l'évènement :
19 juin 1965
Production :
INA
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000771

Contexte historique

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

Le 19 juin 1965, un coup d'Etat écarte du pouvoir le président algérien en exercice, Ahmed Ben Bella. Après l'indépendance du pays en septembre 1962, celui-ci, membre fondateur du FLN, avait réussi à triompher de ses adversaires politiques grâce à l'appui de Houari Boumediene, alors chef d'Etat-major de l'armée de libération nationale. Mais peu à peu, la politique d'auto-gestion de Ben Bella (nationalisation et gestion collective des terres appartenant aux anciens colons), l'éclatement du FLN et des difficultés économiques croissantes fragilisent son autorité.

Le putsch a lieu après le limogeage du ministre des Affaires Etrangères, Abdelaziz Bouteflika. Les insurgés dénoncent alors la mauvaise gestion du pays et la personnalisation du pouvoir. Houari Boumediene, ministre de la Défense sous Ben Bella, met alors en place un pouvoir à base militaire, dont il préside l'organe exécutif, le Conseil de la Révolution. Il élimine toute forme d'opposition. Il jouit très vite d'un fort prestige à l'étranger, grâce à son action au sein du mouvement des non-alignés. Mais à l'intérieur, son bilan est plus mitigé. Ses réformes économiques (gestion nationalisée du pétrole) échouent et politiquement, la mise en place d'un parti unique et d'une religion (l'Islam) au service de l'Etat contribuent à nourrir une révolte sourde. Elle éclatera après la libéralisation du régime à la fin des années 80.

Quant à Bouteflika, ministre des Affaires étrangères jusqu'à la mort de Boumediene en 1978, il est ensuite écarté de la succession par l'Armée qui tient les rênes du pouvoir dans le pays. Il entame alors une longue traversée du désert qui prend fin avec son élection à la présidence de la République algérienne en 1999.

Éclairage média

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

Une semaine après le renversement de Ben Bella, le Conseil de la Révolution tente de légitimer sa prise de pouvoir. Ainsi lors de sa conférence de presse, le Commandant Slimane critique par des termes très violents le bilan de Ben Bella, parlant de la "forfaiture" de l'ancien chef de l'Etat. Il accuse ainsi Ben Bella d'avoir voulu monopoliser le pouvoir à son profit, sans respecter les institutions en place. Ces paroles sont paradoxales, venant d'un des organisateurs du coup d'Etat militaire qui vient de destituer un président élu. Dans l'entretien accordé au journaliste de l'ORTF, Bouteflika décrit Ben Bella comme un président isolé. Or la présence des chars dans la capitale montre que les hommes au pouvoir craignent le mécontentement de la population. Des manifestations de soutien ont d'ailleurs déjà eu lieu à Alger et dans d'autres villes du pays, toutes violemment réprimées.

Christian Bernadac, un des journalistes vedettes de l'ORTF, ne se montre pas dupe des tentatives de légitimation de cette prise de pouvoir militaire par Bouteflika. Il adopte un ton très incisif et ironique vis à vis de son interlocuteur : il parle de putsch, pose la question d'éventuelles élections... Il étouffe même un rire en demandant au Ministre des Affaires Etrangères si il compte désormais étendre son domaine d'action. L'entretien avec Abdelaziz Bouteflika permet également de comprendre l'instrumentalisation faite par le pouvoir de la mémoire de la guerre d'indépendance algérienne. Au lieu de répondre aux questions du journaliste, Bouteflika revient sans cesse sur la légitimité que les hommes au pouvoir retirent de la lutte menée pour l'indépendance. Boumediene, chef de l'Armée de Libération Nationale, est ainsi présenté comme un héros de ce combat, et donc naturellement légitimé à exercer le pouvoir. Il évoque plus largement le sacrifice consenti durant la guerre par l'ensemble du peuple algérien en donnant une estimation très large du nombre de morts au combat (il double l'estimation faite par les historiens).

La rhétorique utilisée par Bouteflika ne se place pas seulement en continuité avec la lutte pour l'indépendance menée entre 1954 et 1962. Elle s'inscrit également dans la lutte contre "l'impérialisme, le colonialisme et le néo-colonialisme" initiée par le mouvement des non-alignés, mouvement mis en place à Bandung et dont l'Algérie va devenir un des pivots. Bouteflika ne fait par ailleurs jamais mention de la France en tant qu'ancienne puissance coloniale. On comprend en fin d'entretien que sa position est délicate : d'une part, il utilise la lutte contre l'impérialisme pour asseoir son pouvoir, d'autre part, il tente d'établir une coopération équitable entre l'Algérie et la France, cette dernière n'étant plus perçue comme ancienne métropole mais comme partenaire économique d'un pays en voie de développement.

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