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Guerre civile et famine en Somalie

Date de diffusion : 06 août 1992

La médiatisation de la famine qui frappe la population somalienne engendre une mobilisation internationale de grande envergure. Mais sur place, les difficultés d'acheminement des colis montrent les limites de l'action humanitaire non gouvernementale.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000785

Contexte historique

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

Le 30 décembre 1990, les habitants de Mogadiscio se soulèvent et participent au renversement du Général Siyad Barreau au pouvoir depuis son coup d'état de 1969. Mais la lutte entre ses partisans et les différentes factions qui cherchent à conquérir le pouvoir entraîne ensuite le pays dans une violente guerre civile. La communauté internationale intervient mais les tentatives de médiation échouent et les combats reprennent à partir du mois de novembre 1991. En mars 1992, un cessez-le-feu doit permettre à l'aide humanitaire d'être acheminée par l'ONUSOM ( Organisation des Nations Unies en Somalie).

La médiatisation de l'événement suscite l'émotion de l'opinion internationale face à la famine qui frappe les civils. Mais sur place, la nourriture ne parvient que rarement juqu'aux populations concernées car elle est très souvent monnayée ou détournée par les rebelles militaires qui demeurent des intermédiaires incontournables. Devant l'impuissance des organisations humanitaires, les Etats-Unis prennent la direction d'une opération militaire d'envergure sous l'égide de l'ONU, baptisée "Restore Hope" (rendre l'espoir) en décembre 1992. Après un débarquement très médiatisé, les forces internationales échouent à réinstaller la paix dans la capitale somalienne et sont pris pour cible des violences. En juin 1993, 23 casques bleus de l'ONU sont assassinés. Mais c'est le choc provoqué par les images diffusées sur les télévisions du monde le 3 octobre 1993 qui précipite le départ des Américains : on peut ,en effet, observer les sévices subis par les soldats dont une vingtaine ont été tués. La multiplication des signes d'hostilité de la population à l'égard de l'intervention américaine décide finalement le Pentagone à ne pas risquer un nouvel enlisement. Le traumatisme de la guerre du Vietnam est toujours présent dans la mémoire collective américaine.

Le 31 mars 1994, la totalité des troupes a quitté le sol somalien. Cette opération constitue un échec pour les Etats-Unis et son nouveau président Bill Clinton qui espérait renforcer l'image acquise après la guerre du Golfe : celle d'une superpuissance capable d'améliorer le sort de populations menacées. Elle marque également les limites de l'action de l'ONU qui, malgré le maintien de 10 000 casques bleus et ses tentatives de médiation, quitte en décembre 1994 un pays dangereux et instable politiquement. Les multiples conférences de réconciliation nationale (plus d'une quinzaine à ce jour) n'ont pas encore permis la constitution d'un gouvernement reconnu par toutes les factions et le pouvoir en place reste fragile.

Éclairage média

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

Ce reportage est emblématique de la médiatisation du conflit somalien et de la famine qui en découle. Ces images contribuent à la mobilisation de l'opinion publique internationale en direction des civils somaliens. Les appels aux dons sont relayés notamment en France par des opérations de grande envergure : ainsi, les écoliers sont invités à récolter de grandes quantités de riz acheminé ensuite sur place. Mais à cette première phase de mobilisation succède une période de doute.

En effet, derrière l'hypermédiatisation qui entoure l'arrivée de la nourriture en Somalie, les critiques visent la réelle efficacité des opérations. L'image de Bernard Kouchner, fondateur de Médecins du Monde, portant lui-même des sacs de riz devient le symbole des excès de la stratégie de communication employée par les organisations humanitaires créées dans les années 70. Le médecin humanitaire Olivier Brochu reconnaît lui-même ici les insuffisances de telles méthodes. Ainsi, une bonne partie des fonds récoltés est reversée aux hommes en armes qui participent au maintien de la guerre civile afin qu'ils sécurisent l'acheminement des denrées alimentaires. Mais celles-ci sont souvent pillées avant d'arriver à destination des victimes.

La guerre civile somalienne a donc montré les limites d'une aide internationale non gouvernementale mais aussi du "droit d'ingérence" affirmée dans une résolution de l'ONU de 1991. Dans le reportage, des Somaliens manifestent ainsi contre une éventuelle intervention extérieure sur leur territoire. Le journaliste ironise sur cette revendication qui reviendrait à regarder avec impuissance une population s'entretuer. Mais l'application de ce droit d'ingérence pose le problème de la volonté réelle d'une population à recevoir l'aide des forces internationales, surtout lorsqu'aucun gouvernement reconnu ne peut affirmer sa souveraineté (comme en Somalie ou plus tard au Rwanda). Ce débat autour des moyens internationaux d'intervention à mettre en oeuvre dans le règlement de crises internes aux Etats reste ouvert car ses adversaires lui opposent le principe de non-ingérence reconnu en droit international.

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