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Les nationalisations de 1982 et leurs antécédents

Date de diffusion : 23 sept. 1981 | Date d'évènement : 13 févr. 1982

La loi du 13 février 1982, permettant la nationalisation de grands groupes industriels et de 39 banques, réalise un des aspects primordiaux du programme commun de 1972. François Mitterrand s’inscrit ainsi dans la tradition socialiste.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Date de l'évènement :
13 févr. 1982
Production :
INA
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000825

Contexte historique

Par Julie Le Gac

La nationalisation, acte par lequel l’Etat se rend propriétaire de cent pour cent du capital d’une entreprise privée, marque la volonté de l’Etat de diriger ce pan de l’économie. Les premières nationalisations sont le fait de Colbert, ministre de Louis XIV. Au XX siècle, la nationalisation des industries d’armement est rendue indispensable par la Première Guerre mondiale et l’intensité des investissements consentis.

Au lendemain de la guerre, la CGT reprend à son compte cette thématique au cours des années 1918-1921. La notion devient un thème central des conceptions politiques de Léon Blum. A ce titre, le Front populaire accroît la participation gouvernementale dans l’économie par la création de sociétés d’économie mixtes comme la SNCF en 1937.

Dans la clandestinité, en 1943, le Parti socialiste relance l’idée des nationalisations et le programme du Conseil national de la Résistance adopté le 15 mars 1944 prévoit "le retour à la nation des grands moyens de production".

A la Libération sont ainsi nationalisées les houillères (ordonnance de décembre 1944 et loi de mai 1946), les compagnies d’électricité (loi d’avril 1946), Renault (ordonnance de janvier 1945), Gnome et Rhône (ordonnance de mai 1945 créant la SNECMA), les transports parisiens (loi créant la RATP, mars 1948, la branche accidents du travail des compagnies d’assurances (loi d’avril 1946), neuf grandes compagnies d’assurances, la Banque de France et les quatre grandes banques de dépôts. A ces véritables nationalisations, il convient d’ajouter la semi nationalisation de l’Ecole libre des sciences politiques (ordonnance d’octobre 1945), la nationalisation provisoire des biens des entreprises collaboratrices (loi de mai 1946), et le renforcement du régime d’économie mixte pour la Compagnie générale transatlantique et pour la société Air France en 1948. Les mesures de nationalisation touchent donc soit des entreprises accusées de collaboration, comme c’est le cas pour Renault, soit des secteurs jugés majeurs pour la reconstruction économique et financière du pays. Le caractère durable des nationalisations de la Libération tient d’abord à leur enracinement politique, et dans leur insertion dans une logique keynésienne. Les nationalisations sont perçues comme un élément de l’Etat-Providence.

Cependant, la critique des nationalisations émerge à partir de 1947 mais ne devient officielle qu’en 1949, sous l’égide de la droite traditionnelle, puis du Parti radical. En janvier 1949, le gouvernement de Troisième Force annonce un projet de réforme des entreprises nationalisées qui semble préparer une révision des nationalisations.

Ce n’est qu’en 1973 qu’une politique de dénationalisation indirecte est entreprise. La loi de janvier 1973 souhaitée par Valéry Giscard d’Estaing permet d’ouvrir le capital des banques et des assurances nationalisées aux salariés de l’entreprise. Cependant, la crise économique donne un nouvel essor au mouvement nationalisateur. Le programme commun de 1972 s’en fait d’ailleurs l’écho.

Adoptée dans un climat passionnel qui contraste avec l’unanimisme de la Libération, la loi de nationalisation du 13 février 1982 transfère à l’Etat 5 grands groupes industriels : la CGE, Saint Gobain, Péchiney Ugine-Kuhlmann, Rhône-Poulenc et Thomson-Brandt, 39 banques et 2 compagnies financières (Paribas et Suez). Ces nationalisations sont perçues comme le véritable "moteur du changement" et doivent insuffler la reprise économique et permettre de lutter contre le chômage. Les résultats ne sont cependant pas ceux escomptés.

L’alternance permet aux gouvernements de droite de revenir sur ces nationalisations. Saint-Gobain est ainsi reprivatisé en 1986, comme la CGE en 1987. EN 1993, c’est le tour de la BNP et Rhône-Poulenc. En 1988, la Lettre ouverte à tous les Français de François Mitterrand se garde de revenir sur les privatisations de 1986, et on parle alors de politique de "ni-ni", ni privatisations, ni nationalisations.

Éclairage média

Par Julie Le Gac

Ce reportage entend inscrire la loi de nationalisation du 13 février 1982 dans une perspective historique longue. A cet égard, il montre que la doctrine des nationalisations puise ses racines dans la politique de Colbert, qui accroît l’emprise de l’Etat sur l’économie par l’intermédiaire de la création des manufactures royales. Les grandes étapes des principales nationalisations sont alors illustrées par des images d’archives ou des plans fixes sur des bons de souscription ou des articles de journaux. Le montage souligne une double influence à l’origine de ces nationalisations. Les nationalisations apparaissent d’une part comme une mesure rendue nécessaire par des crises nationales telles les deux guerres mondiales. C’est d’autre part l’expression d’une politique de gauche, comme c’est le cas en 1982.

Par ailleurs, ce document met en lumière l’implication personnelle du président de la République, François Mitterrand, son portrait constituant par exemple l’arrière plan du lancement plateau de Patrick Poire d’Arvor.

Il explique enfin de manière pédagogique, et neutre quelles sont les implications de ces nationalisations.

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