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La grève du Joint français

Date de diffusion : 08 mai 1972

Le conflit du Joint français qui oppose les ouvriers de l'usine de Saint Brieuc à la direction parisienne suscite une gigantesque vague de solidarité en Bretagne. Médias, agriculteurs et lycéens se mobilisent pour soutenir cette grève de 8 semaines.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000859

Contexte historique

Par Julie Le Gac

La grève du Joint français constitue l'un des conflits sociaux majeurs des années 1970. En 1962, dans le cadre de la décentralisation et de la politique d'industrialisation de l'Ouest de la France, la société du Joint français implante une usine à Saint Brieuc. La commune encourage d'ailleurs cette implantation : elle cède le terrain à un prix dérisoire et instaure une prime à la création d'emplois. L'usine, qui emploie une grande majorité de femmes, ouvrières spécialisées, est peu syndiquée. Le syndicalisme fait en effet son apparition dans l'usine en mai 1968, et les rapports avec la direction se détériorent progressivement. Alors que la situation financière est présentée par la direction comme désastreuse, les sections CGT et CFDT réclament une réduction du temps de travail sans perte de salaire, un alignement de ce salaire sur les autres usines du Joint français et l'octroi d'un treizième mois.

Devant l'absence de réaction de la direction, la grève illimitée est votée le 10 mars et l'usine est occupée le 13. Cette grève reçoit très vite un soutien médiatique, puis un soutien populaire. Le 14 mars, Ouest France et le Télégramme publient un appel à la solidarité financière avec les grévistes. Un comité de soutien se constitue dès le 17 mars, lorsque la direction fait appel aux forces de l'ordre pour mettre un terme à l'occupation de l'usine, et les agriculteurs livrent, à partir du 20 à prix de gros ou à prix coûtant des produits alimentaires. Les lycéens manifestent également leur solidarité avec les grévistes du Joint français. L'église enfin, dont l'importance est sensible en Bretagne, prend parti et organise des collectes en faveur des grévistes. Parallèlement, la mairie de Saint-Brieuc accorde des subventions aux familles des grévistes. Des artistes tels Claude Nougaro ou Tri Yann manifestent leur soutien par des concerts. L'ampleur du soutien témoigne de la solidarité bretonne, même si les manifestations sont exemptes de toute revendication indépendantiste. Dans le reste de la France, la solidarité est avant tout professionnelle, et concerne surtout le secteur de la chimie.

Après 8 semaines de grève, la direction s'engage à harmoniser progressivement les salaires des ouvriers de Saint Brieuc sur ceux du reste de la France, mais n'accorde pas le 13ème mois demandé. Le 8 mai 1972, les ouvriers votent la reprise du travail. Ce conflit, d'une exceptionnelle longévité, et révélateur des dissensions croissantes entre la CGT et la CFDT, se singularise par l'ampleur du soutien de la population, et souligne à ce titre l'importance du sentiment d'identité bretonne.

Éclairage média

Par Julie Le Gac

Ce document, diffusé au terme du conflit social opposant les ouvriers de l'usine de Saint Brieuc du Joint Français à la direction parisienne, s'attache à mettre en valeur le vaste élan de solidarité suscité par la grève. Il énumère à cet égard les multiples soutiens : les agriculteurs, l'église, les autorités communales, et la population dans son ensemble. Les images de vieilles femmes saluant avec leur canne le passage de la manifestation illustrent l'implication de la totalité de la population dans ce conflit. Les gros plans sur les drapeaux bretons tendent quant à eux à identifier le ferment de cette solidarité : l'identité bretonne. Le recours à l'anaphore "pendant deux mois" dans le commentaire du journaliste met en valeur l'extraordinaire longévité du conflit.

Ce reportage, par ailleurs, néglige totalement les organisations syndicales : la spécificité du conflit du Joint Français réside précisément dans le rôle joué par la population bretonne, mais les syndicats, bien que divisés, ont participé au mouvement, et surtout, en sont à l'origine. Enfin, la réflexion finale du journaliste, qui condamne la décentralisation, demeure énigmatique: il ne différencie pas les rôles et les responsabilités respectifs des institutions publiques (Etat, municipalités) et de l'Entreprise, et sa remise en cause générale de la décentralisation industrielle apparaît dès lors peu fondée.

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