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La bataille de l'ours

Date de diffusion : 08 oct. 2005

Depuis le milieu des années 90, une bataille s'est engagée entre les défenseurs de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées et les éleveurs qui craignent pour la sécurité de leurs troupeaux.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000000986

Contexte historique

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

La bataille de l'ours dans les Pyrénées montre les contradictions pouvant exister entre les enjeux écologiques (préservation des espèces) et économiques locaux (maintien de l'activité agricole ). Depuis le début du siècle, le nombre d'ours vivant dans les Pyrénées a considérablement diminué: le prédateur est chassé car il constitue une menace pour les troupeaux. Alors qu'ils étaient plus d'une centaine en 1900, il ne restait au début des années 90 que quelques plantigrades recensés.

Face aux menaces d'extinction d'une espèce protégée, le gouvernement a envisagé la réintroduction d'ours slovènes. Dès les premières tentatives en 1996, les oppositions locales sont fortes: éleveurs et chasseurs s'élèvent contre une mesure qui entraverait leurs activités. La tension est montée après la mort de Melba, une des femelles réintroduites, tuée par un chasseur en 1997. Le 1er novembre 2004, Cannelle, la seule ourse femelle de souche pyrénéenne connue fut abattue par un chasseur dans la vallée d'Aspe (Pyrénées-Atlantiques). Cette mort a été vécue comme une tragédie par les écologistes et le président Chirac parla de "grande perte pour la biodiversité". La réintroduction de cinq ours slovènes a été à nouveau mise à l'ordre de jour par le ministre de l'écologie, Serge Lepeltier. Cette mesure a été plusieurs fois différées en raison de l'opposition locale menée par les élus et éleveurs pyrénéens.

Les premiers lâchers ont finalement eu lieu en avril 2006. La multiplication des manifestations "anti-ours" obligea la nouvelle ministre, Nelly Olin, à revoir sa stratégie de communication. Le 25 avril, l'introduction à Arbas de la première ourse slovène Palouma, fut perturbée par des dizaines d'opposants. Elle s'effectua finalement quasi clandestinement dans un village voisin, tout comme les lâchers suivants qui s'achevèrent le 22 août. Un nouveau rebondissement eut lieu 3 jours plus tard, lorsque le corps de Palouma fut retrouvé sans vie sur les hauteurs de Loudenvielle.

Alors que certains militants écologistes réclament aujourd'hui la réintroduction d'un nouvel animal au nom de la pérennité de l'espèce, d'autres comptent sur les succès de la reproduction en milieu naturel pour assurer à terme le sauvetage des ours pyrénéens. Certains scientifiques pointent cependant du doigt les incertitudes qui entourent le projet. Selon leurs calculs, pour écarter toute menace d'extinction de l'espèce, les réintroductions devraient être plus massives. Le projet se heurte cependant à deux obstacles majeurs: la peur de certains éleveurs face à la présence d'un prédateur et son coût financier. Le budget consacré aux réintroductions s'élève déjà à 3 millions d'euros dont la moitié est consacrée à l'indemnisation des éleveurs de brebis victimes des attaques d'ours.

Éclairage média

Par Emeline VanthuyneProfesseure agrégée d'histoire )

Le reportage présente une vision assez orientée du débat autour de la réintroduction de l'ours dans les Pyrénées. Dans une première partie, la parole est donnée aux éleveurs. Ils expliquent les difficultés pratiques liées à la réintroduction: modifications des conditions de travail, environnement inadapté à une surveillance permanente des troupeaux. Les arguments mis en avant sont donc d'ordre pratique.

Dans un second temps, le reportage montre les différentes formes de mobilisation utilisées par les défenseurs de l'ours pour diffuser leur message. Celles-ci se révèlent parfois très originales et inattendues: peluches à l'effigie de Cannelle, chanson en son hommage. On comprend que les écologistes jouent sur l'aspect émotionnel du drame (rappel de la présence d'un ourson orphelin). L'éleveur interrogé en fin de reportage met en évidence le décalage existant entre ce type de revendications et les préoccupations de la population locale.

Le reportage donne une vision du débat plutôt favorable aux éleveurs. Les défenseurs de l'ours sont présentés comme des idéalistes, éloignés des réalités du terrain face à des éleveurs beaucoup plus pragmatiques.

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