L'affirmation de l'autonomisme antillais

Date de diffusion : 01 mai 1968

Dans les années 1960, dans un contexte international de décolonisation, et fragilisées par la crise de l'industrie de la canne à sucre, les Antilles connaissent de profonds troubles sociaux ainsi qu'un essor des mouvements autonomistes.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Cinq Colonnes à la une
Page publiée le :
2007
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001058

Contexte historique

Par Julie Le Gac

Au cours des années 1960, les Antilles françaises connaissent de profonds troubles sociaux et politiques. Le contexte y est d'ailleurs très favorable. Les Antilles traversent une crise économique, liée à l'effondrement de la culture de la canne à sucre, et le chômage croît sensiblement. Parallèlement, la décolonisation de l'Afrique noire, puis l'indépendance de l'Algérie nourrissent les idées autonomistes. Enfin, la révolution castriste à Cuba en 1959, renforce les espoirs socialistes, voire révolutionnaires d'une partie de la population.

Ainsi, tout au long des années 1960, les incidents se multiplient. Du 20 au 22 décembre 1959, à Fort de France l'intervention violente des forces de l'ordre à l'occasion d'une dispute dans un café est à l'origine d'émeutes. Pendant trois jours, les émeutiers érigent des barricades et incendient des postes de police. La France, qui a dépêché un navire de guerre au large de l'île, réprime violemment ces exactions et l'on dénombre 4 morts dans la population martiniquaise lorsque le calme revient. En mars 1961, au Lamentin en Guadeloupe, lors d'une grève, trois ouvriers agricoles sont tués par les forces de l'ordre. Alors que ces deux événements sont nées d'un malaise social (le chômage) et sociétal (les rapports avec l'autorité policière), la crise prend rapidement une dimension politique. Ainsi, dans le Monde du 23 mars 1961, Aimé Césaire alerte l'opinion sur "la crise politique" sévissant aux Antilles et met en cause le système départemental. Un mois après, des intellectuels, Albert Béville, Edouard Glissant, Cosnay Marie-Joseph et l'avocat Marcel Mauville lancent à Paris le Front des Antilles - Guyane pour l'Autonomie (FAGA). Parallèlement, Béville signe un pamphlet intitulé "les Antilles et la Guyane à l'heure de la décolonisation". Toutefois, le 22 juillet 1961, le pamphlet est saisi et le FAGA dissous par décret.

Après cette première tentative parisienne, les velléités autonomistes s'affirment. En septembre 1962, l'Organisation de la Jeunesse Anticolonialiste Martiniquaise (OJAM) est fondée, et en 1963, le groupe pour l'Organisation Nationale de la Guadeloupe, créé à Paris, affirme sa volonté d' "édification de la Guadeloupe en Etat souverain", une indépendance qu'il entend arracher par une "révolution démocratique, nationale et populaire". Puis, en 1964 le front guadeloupéen pour l'autonomie est fondé. De nouveaux affrontement violents avec les forces de police ont lieu à Pointe à Pître en mars 1967. 15 morts et 70 blessés sont déplorés dans les rangs des manifestants.

Le gouvernement français s'efforce de circonscrire cet essor de l'indépendantisme, par la répression judiciaire. En novembre 1963, des militants de l'OJAM inculpés d' "atteinte à l'intégrité du territoire" sont traduits devant la Cour de sûreté de l'Etat, tout comme 18 indépendantistes Guadeloupéens en février - mars 1968. Les émeutiers de mars 1967 sont quant à eux jugés par le tribunal de Pointe à Pître en avril 1968. Parallèlement, l'Etat français entreprend de remédier à la crise économique antillaise en favorisant l'émigration vers la Métropole où l'économie des Trente Glorieuses est florissante. Le Bureau pour le développement des migrations intéressant l'outre mer, est créé en ce sens en 1963.

Le mouvement autonomiste et indépendantiste ne faiblit pas pour autant. La Convention du Morne Rouge réunit en août 1971 les partis et organisations autonomistes de la Réunion, de la Guyane, de la Guadeloupe et de la Martinique, qui réclament l'autonomie pour les 4 départements d'Outre Mer. Néanmoins, alors que l'Etat français intensifie sa politique d'assimilation, les manifestations indépendantistes se font moins violentes.

Éclairage média

Par Julie Le Gac

Ce document, diffusé le 1er mai 1968, à l'issue du procès des émeutiers de Pointe à Pître de 1967 se compose de trois parties distinctes.

Dans un premier temps, sur des images en noir et blanc de terres en flammes, le commentaire égraine lentement la liste des incidents ayant fait l'actualité des Antilles françaises dans les années 1960. Les émeutes succèdent aux créations de mouvements indépendantistes, et l'effet terrifiant est renforcé par le clair obscur des flammes dans la nuit.

Dans un second temps, le reportage propose une interview d'un intellectuel antillais, M. Martin, réalisée dans un cadre particulièrement agréable, en bord de mer, qui contraste fortement avec les premières images. Cet intellectuel martiniquais expose les idées principales guidant le mouvement autonomiste: une union des peuples des caraïbes, une révolution socialiste, et l'indépendance des Antilles. Son raisonnement souligne la double polarité des Antilles, qui sont à la fois dépendantes d'une métropole lointaine, et très proches géographiquement des autres îles des Caraïbes.

Enfin, sur fond d'images présentant la géographie des îles de Guadeloupe et de Martinique, le document intègre la question de l'indépendance des Antilles françaises dans le cadre plus large de la décolonisation. Le commentaire présente alors les mouvements de décolonisation comme révélateurs du "sens de l'histoire", ce qui correspond à un discours courant à l'époque.

L'extrait proposé constituant l'introduction d'un documentaire plus long consacré à la présence française aux Antilles, pose plus les problèmes qu'il n'y répond, et conserve une certaine neutralité vis-à-vis de la question brûlante à l'époque, de l'autonomie des Antilles françaises.

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