L'exploitation du bois d'okoumé en AEF

L'exploitation du bois d'okoumé en AEF

Date de diffusion : 1947

En AEF, la main d'œuvre indigène travaille dans la forêt gabonaise à la découpe du bois d'okoumé, puis à son transport jusque dans les scieries de Port-Gentil, où il sera découpé en fines lames de contreplaqués, avant d'être envoyé en métropole.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Les Actualités françaises
Production :
INA
Page publiée le :
23 juil. 2008
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001207

Contexte historique

Par Fabrice Grenard

Derrière les arguments "humanistes" parfois avancés pour justifier la colonisation (nécessité d'apporter le progrès et la civilisation aux populations sous développées), la principale motivation de la conquête coloniale est économique : la "colonisation est fille de la politique industrielle" lançait ainsi Jules Ferry en 1885. Sans nier l'existence de réalisations européennes en matière de scolarisation, d'équipements et d'action sanitaire, il est évident que les métropoles ont surtout orienté la mise en valeur des colonies au mieux de leurs intérêts, exploitant à moindre coût les richesses naturelles, minières et énergétiques nécessaires à l'industrie européenne et profitant de l'utilisation d'une main-d'œuvre bon marché ou gratuite, travaillant dans des conditions souvent inhumaines.

Si l'exploitation économique des métropoles s'est mise en place avant 1914, elle s'est surtout développée au cours de l'entre-deux-guerres : les années 1920, période de reconstruction et de croissance, entraînent un besoin important de matières premières pour satisfaire les besoins de l'industrie française, tandis que la crise des années 1930 conduit à un repli de la France sur son empire colonial. La date de ce reportage sur l'exploitation en AEF du bois d'okoumé (essentiellement utilisé à la fabrication du contreplaqué) est importante puisqu'elle se place au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, alors que la France doit faire face à l'important défi de la reconstruction. Or, après avoir en partie servi à libérer la France, l'Empire doit à nouveau jouer un rôle essentiel pour la reconstruction grâce à son réservoir de matières premières. Après l'humiliante défaite de 1940 et quatre années d'occupation allemande, les Français apparaissent ainsi en majorité attaché à l'Empire parce qu'ils ont le sentiment qu'il permettra à la France de redresser la pente et de redevenir une grande puissance.

Dans les faits pourtant, des historiens ont montré que l'Empire n'est pas une "si bonne affaire" que cela : les matières premières sont achetées à un cours parfois supérieur aux cours mondiaux, tandis que les investissements nécessaires à réaliser sur place sont très coûteux. L'Empire devient même une "très mauvaise affaire" à partir du moment où la France s'enlise dans de véritables guerres coloniales (Indochine, Algérie) qui accélèrent considérablement l'inflation sous la IVe République.

Éclairage média

Par Fabrice Grenard

L'objectif premier du reportage est de montrer toute l'importance sur le plan économique pour la France d'avoir un Empire, alors que le pays continue en 1947 de souffrir de nombreuses pénuries (restrictions et rationnement sont maintenus après la Libération) et doit faire face à une reconstruction lente et difficile.

Le commentaire insiste ainsi sur les nombreux usages qui peuvent être faits du contreplaqué obtenu à partir du bois d'okoumé, notamment dans certains secteurs particulièrement stratégiques en cette période de reconstruction : construction d'avions, de meubles, de maisons. Mais si le reportage cherche surtout à convaincre les spectateurs de l'utilité de l'Empire, les images permettent aussi de voir les conditions extrêmement difficiles dans lesquelles travaille la main-d'œuvre indigène. Le milieu naturel (forêt équatoriale) est plutôt hostile, propice aux maladies, tandis que le travail de découpe et de transport du bois se fait de manière artisanale, sans machine, ce qui le rend très épuisant et très difficile physiquement. Cette main-d'œuvre apparaît largement exploitée, très mal payée, utilisée dans des conditions proches du servage et souvent réquisitionnée de force.

Si le reportage montre la transformation du bois en fines lames de contreplaqué dans une scierie située à Port-Gentil, les matières premières exploitées dans les colonies sont importées directement en France pour y être transformées dans des usines situées en métropole et servir à différents usages industriels. Ce système d'exploitation contribue à maintenir les colonies dans une situation de sous-développement industriel. L'absence de toute structure industrielle importante sur place constitue un handicap considérable pour le développement économique des colonies après leur indépendance.

Thèmes

Sur le même thème

Sur le même thème