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Charles Trenet interprète La Mer

Date de diffusion : 21 janv. 1957

Au cours de l'émission 36 chandelles, Charles Trenet interprète son grand succès, La Mer.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
23 sept. 2008
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001212

Contexte historique

Par Stéphane Ollivier

Né à Narbonne le 18 mai 1913, Charles Trenet est le grand réformateur de la chanson française du XXe siècle. Rompant avec la gaudriole boulevardière, le méli-mélo sentimental et le pathos noir de la chanson réaliste, Trenet n'a pas 25 ans lorsque, à la fin des années 1930, il signe une série de chansons (Y'a d'la joie, Je chante ou encore Boum !) qui, par la fantaisie déroutante de leurs textes renvoyant directement à la poésie d'avant-garde la plus contemporaine (des surréalistes à Cocteau en passant par Max Jacob), mais surtout l'extrême vitalité de leurs rythmes syncopés empruntés au jazz américain, révolutionnent de fond en comble le music-hall à la française hérité du « caf'conc » du XIXe siècle.

S'affirmant pendant la guerre comme l'un des artistes les plus populaires de la scène hexagonale, à la fois fer de lance d'une modernité subversive à travers sa fidélité au swing (musique dégénérée pour les nazis) et, dans le même temps, garant d'une certaine permanence de l'esprit français (c'est l'époque où il met en musique Verlaine ou La Fontaine et surtout compose Douce France, véritable hymne de la résistance intérieure à l'occupation allemande), Trenet va, durant les années 1950, privilégier sa carrière internationale. Rompant en partie avec l'irrévérence joyeuse de ses débuts, il inaugure une seconde manière, plus mélancolique, qui lui permettra de devenir à l'étranger l'ambassadeur de charme d'une chanson française à la fois populaire et raffinée. Enregistrée en mars 1946, La Mer est à cet égard parfaitement emblématique de cette veine nostalgique et impressionniste. Composée sur le principe simple d'un crescendo orchestral, cette mélodie ample au lyrisme habilement répétitif est non seulement le plus grand succès de la carrière du chanteur, mais l'une des chansons francophones du siècle, adaptée et interprétée dans un grand nombre de langues.

Après une longue traversée du désert au cours des années 1960 et 1970, Charles Trenet verra, à partir du milieu des années 1980, son répertoire repris et adapté par une nouvelle génération d'interprètes (Jacques Higelin, Carte de séjour). Finalement reconnu de façon unanime comme le parrain de la chanson française moderne, son œuvre entre au panthéon de l'art populaire du XXe siècle. Il continuera jusqu'à sa mort, survenue le 19 février 2001, d'enregistrer régulièrement de nouveaux disques et de se produire sur scène.

Éclairage média

Par Stéphane Ollivier

Créée et présentée par Jean Nohain, à la fois homme de radio, auteur de chansons à succès et pionnier de l'audiovisuel, 36 chandelles a marqué l'histoire de l'ORTF en inventant littéralement le principe de l'émission de variétés à la télévision française. Enregistré en public dans les plus grandes salles de spectacle parisiennes de l'époque et diffusé en direct, ce programme de divertissement grand public et familial accueillera de 1953 à 1959 (soit l'équivalent de 135 émissions) tous les plus grands artistes populaires de l'époque, chanteurs, acteurs, humoristes...

Chaque émission étant conçue autour d'un thème précis décliné en diverses saynètes, chacun des invités prestigieux se voyait invité à adapter sa prestation à ce contexte particulier. C'est ainsi que Jean Nohain accueille ici Charles Trenet dans un invraisemblable décor de toiles peintes représentant des paysages marins, sur une scène peuplée de scaphandriers, de pêcheurs et d'homme grenouilles... En direct, accompagné d'un orchestre qui demeure invisible à l'image, Trenet, sans micro, fidèle à son personnage (élégance, distinction, fleur à la boutonnière et chapeau à la main) offre une magnifique interprétation, pleine de sensibilité et de musicalité, de La Mer, sa chanson fétiche plébiscitée par le public.

Il est à noter que l'orchestre qui accompagne Charles Trenet propose ici des arrangements originaux de la chanson, sensiblement différents de la version enregistrée sur disque, et probablement composés expressément pour l'émission. D'un point de vue stylistique, la prise de vue est traditionnelle et fonctionnelle (cadrage frontal en plan fixe, montage alternant deux axes de caméra), le réalisateur privilégiant une certaine lisibilité de l'image en cherchant principalement à capter l'émotion de l'interprétation.

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