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Catherine Ribeiro + Alpes

Date de diffusion : 03 avr. 1972

Dans le cadre de l'émission "Pop deux", Patrice Blanc-Francart interviewe Catherine Ribeiro qui revient sur les débuts du groupe Alpes.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
23 sept. 2008
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001219

Contexte historique

Par Stéphane Ollivier

Née à Lyon en 1941, Catherine Ribeiro, d'abord comédienne (elle est notamment l'actrice principale du film de Jean-Luc Godard Les Carabiniers (1963)), se lance dans la chanson suite aux événements de mai 1968 en intégrant le groupe 2bis du compositeur et multi-instrumentiste Patrice Moullet. Mais c'est en 1970, avec la création du groupe Alpes, que Catherine Ribeiro, toujours accompagnée de Moullet, leader et directeur musical de la formation, va réellement s'imposer comme une personnalité hors norme dans le champ de la chanson française. Interprétant d'une voix chaude et vibrante des textes lyriques et romantiques, violemment engagés dans le sens d'une critique radicale des valeurs mercantiles et impérialistes de la société occidentale, Ribeiro va très vite s'affirmer non seulement comme une chanteuse d'exception, physique, sensuelle et théâtrale, mais comme l'égérie d'une nouvelle scène pop expérimentale influencée par la scène prog rock et psychédélique anglo-saxonne (King Crimson, Pink Floyd) et le free rock de groupes comme Triangle ou Magma.

Cherchant à rompre avec les schémas traditionnels d'une chanson hexagonale privilégiant systématiquement la qualité littéraire des textes au détriment de la musique et du rythme, Catherine Ribeiro et le groupe Alpes, en 16 années d'existences et 10 albums inclassables (Ame debout (1971), Paix (1973), Le rat débile et l'homme des champs (1974), Libertés (1975)) , vont parvenir à réinstaurer de nouveaux équilibres entre parole et musique et, faisant voler en éclats les formats habituels, inventer un univers poétique tourmenté, sombre et violemment émotionnel, qui demeure sans équivalent dans le paysage musical français.

Pour autant, Catherine Ribeiro n'est pas qu'une artiste de la rupture. Dès 1977, délaissant momentanément sa veine psychédélique, elle consacre deux albums intimistes aux répertoires d'authentiques légendes de la chanson francophone, Edith Piaf (Le Blues de Piaf ) et Jacques Prévert (Jacqueries ), préfigurant ainsi la tonalité que prendra sa carrière à partir du tournant des années 80, essentiellement consacrée à la relecture inspirée de l'univers des grandes figures de la chanson française (Brel, Ferré, Piaf) dans des climats orchestraux beaucoup plus minimalistes et traditionnels. Néanmoins Catherine Ribeiro ne semble pas avoir abandonné tout désir d'expérimentation : portant un regard poétique et politique toujours aussi critique sur l'état de notre monde, elle a entrepris depuis 2002, toujours en compagnie de son vieux complice Patrice Moullet, de relancer l'aventure d'Alpes, revisitant le répertoire du groupe, mais s'engageant aussi dans l'écriture de nouvelles chansons.

Éclairage média

Par Stéphane Ollivier

Créée le 30 avril 1970, l'émission bimensuelle "Pop Deux" (la première à la télévision française à intégrer dans son titre le mot "pop") a véritablement révolutionné le traitement de la musique à la télévision, tant au niveau de sa programmation résolument tournée vers la culture jeune et le rock anglo-saxon le plus contemporain et expérimental (Soft Machine, Pink Floyd), que dans sa forme rompant avec les schémas traditionnels des émissions de variétés.

Cette séquence, extraite d'un reportage sur Catherine Ribeiro et le groupe Alpes daté du 3 avril 1972, offre un parfait exemple des choix esthétiques de l'émission, prenant le parti de sortir des ambiances calfeutrées des studios pour aller au-devant des musiciens, sur les lieux même où les nouvelles formes musicales s'inventent (salles de concert ou de répétition), dans un rapport direct au réel s'autorisant néanmoins quelques effets de mise en scène et de scénarisation. Producteur et présentateur de l'émission Patrice Blanc-Francart est en effet omniprésent à l'image comme au commentaire, servant très clairement d'initiateur et de substitut identificatoire au téléspectateur dans cette exploration de mondes qui lui sont a priori étrangers : on le voit, blouson de cuir noir et cheveux longs (à l'image de son public), sillonner sur sa moto les chemins de campagne menant jusqu'à la ferme servant de lieu de vie et de travail aux musiciens - tandis qu'en bande sonore passe un extrait de la musique du groupe ; on le retrouve toujours dans le champ de la caméra lors de l'interview au cours de laquelle Catherine Ribeiro et Patrice Moullet reviennent sur la genèse du groupe. Saisis dans leur intimité, c'est tout l'esprit d'une époque entremêlant étroitement nouveaux modes de vie communautaires et libertaires et formes artistiques expérimentales qu'incarnent ici magistralement Ribeiro et ses compagnons - le reportage parvenant à la fois à nous donner à voir et à entendre la radicale singularité de leurs propositions alternatives.

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