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Le mouvement Yéyé

Date de diffusion : 30 mai 1961

Pour la première de l'émission "Age tendre et tête de bois", le présentateur Albert Raisner brosse un portrait de la jeunesse française des années "yéyé". Au Golf-Drouot, Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires interprètent Eddy sois bon.

Niveaux et disciplines

Ressources pédagogiques utilisant ce média

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
23 sept. 2008
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001228

Contexte historique

Par Stéphane Ollivier

Historiquement, le mot "yéyé" apparaît pour la première fois sous la plume du sociologue Edgar Morin, dans un article publié dans le journal Le Monde, suite à la grande manifestation qui réunit sur la place de la Nation à Paris le 12 juin 1963 près de 200 000 jeunes venus célébrer le premier anniversaire de la parution du magazine Salut les copains (déclinaison papier d'une célèbre émission radiophonique quotidienne d'Europe 1 créée en 1959 par Franck Ténot et Daniel Filipacchi).

Néologisme construit sur le redoublement de l'onomatopée anglo-saxonne "yeah" ponctuant nombre de chansons rock de l'époque, le mot "yéyé" - passablement péjoratif à l'origine (il s'agissait à travers lui de dénoncer l'inanité d'une "sous culture" jeune vide de sens) - fut très rapidement repris et récupéré par les acteurs du mouvement qu'il entendait dénoncer, et servit bientôt à regrouper et définir tout un groupe d'artistes n'ayant souvent en commun que d'être jeunes et de chanter en Français des adaptations plus ou moins inspirées de grands classiques du rock anglo-saxon. Soutenus (si ce n'est fabriqués de toute pièce) par des médias (radio, TV, presse magazine) découvrant par là même leur nouveau pouvoir, des artistes comme Johnny Hallyday, Sylvie Vartan, Claude François, France Gall, Richard Anthony, les Chaussettes Noires ou Françoise Hardy sont les icônes emblématiques de cet âge d'or de la variété française - le mouvement yéyé demeurant sans équivalent en terme d'engouement populaire dans toute l'histoire de la chanson hexagonale. Car finalement la qualité de ces chansons bubble-gum, aux textes insipides et aux mélodies sucrées, compte peu. Même si d'un strict point de vue musical le mouvement yéyé n'offre du rock anglo-saxon qu'un pâle décalque (toute la dimension potentiellement subversive de cet art adolescent est alors systématiquement gommée ou édulcorée dans des adaptations françaises consensuelles), c'est toute une classe d'âge jusqu'alors invisible qui à travers lui se révèle soudain à elle-même, en se projetant dans l'insouciance et la fausse insolence de ses nouvelles idoles. Cette déferlante du rock dans le champ de la culture populaire française est le premier signe de l'émergence d'une pop culture mondialisée dans laquelle toute la jeunesse occidentale va bientôt se reconnaître.

Le mouvement yéyé, phénomène essentiellement français et passablement artificiel, va très rapidement s'effilocher au fur et à mesure que les véritables amateurs de musique auront accès aux disques anglais et américains originaux et qu'une jeunesse nouvelle, plus engagée et politisée verra le jour. Les événements de mai 68 mettront un terme définitif à cette esthétique insouciante et béate, même si de nombreux artistes liés au mouvement yéyé continueront par la suite leur carrière.

Éclairage média

Par Stéphane Ollivier

Cet extrait permet de découvrir la séquence d'introduction du tout premier numéro de l'émission musicale d'Albert Raisner "Âge tendre et tête de bois", diffusée le 30 mai 1961. Sorte d'équivalent pour la télévision de l'émission radiophonique de Franck Ténot et Daniel Filipacchi "Salut les copains", "Âge tendre et tête de bois" va durant ses cinq années d'existence accueillir toutes les plus grandes vedettes du mouvement yéyé, participant pleinement à son succès auprès de la jeunesse ainsi qu'à sa diffusion dans toutes les couches de la société.

Présentant sur un mode documentaire une série d'images de filles et de garçons anonymes glanées dans les rues et les cafés de Paris, tandis qu'un commentaire en voix "off" égrène quelques lieux communs vaguement sociologiques, censés dresser à grand trait le portrait d'une jeunesse en pleine émancipation culturelle, cette séquence est assez caractéristique de l'attitude ambivalente de la société française d'alors face à ces nouvelles formes d'expressions, pour la plupart venues des États-Unis, hésitant entre condescendance paternaliste, inquiétude diffuse et désir de contrôle. En choisissant de s'installer au club du Golf-Drouot, haut lieu du rock "à la française", plutôt que dans les théâtres traditionnellement réservés aux émissions de variétés, Albert Raisner, producteur et présentateur de l'émission, fait indiscutablement un geste de reconnaissance envers cette culture jeune qu'il entend contribuer à mettre en lumière.

Mais en privilégiant au fil des émissions une série d'artistes consensuels renvoyant à la jeunesse française une image docile et futile de ses aspirations, "Âge tendre et tête de bois", comme toutes les émissions du même genre, participera grandement à ce qui dans le mouvement yéyé peut être perçu comme une sorte de captation et de manipulation par les médias et l'industrie du disque d'un vrai désir d'affirmation identitaire de la jeunesse, en des formes volontairement édulcorées et assagies. Le réveil de la jeunesse en mai 68 n'en sera que plus fort.

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