vidéo

Léo Ferré

Proposé par Institut national de l’audiovisuel

Date de diffusion : 01 janv. 1969

Sur la scène de Bobino, Léo Ferré interprète Les Anarchistes.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Production :
INA
Page publiée le :
23 sept. 2008
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001231

Contexte historique

Par Stéphane Ollivier

Agitateur politique et poétique ; parolier d'exception au lyrisme précieux et flamboyant ; interprète d'une puissance expressive et émotionnelle exceptionnelle ; mélodiste et orchestrateur inspiré (sa façon d'aborder les grands poètes du répertoire demeure un modèle de musicalité et d'intelligence littéraire), Léo Ferré est une des personnalités artistiques les plus singulières de l'après-guerre. Un génie inclassable excédant largement les limites convenues de la chanson, fut-elle d'"auteur", dont l'œuvre protéiforme et abondante (pas moins de 40 albums en 46 ans de carrière !) aura marqué au fil du temps un nombre considérable d'artistes en tout genre.

Né à Monaco le 24 août 1916, Léo Ferré n'a que 7 ans lorsqu'il s'initie très sérieusement au solfège et à l'harmonie et découvre, fasciné, les grands compositeurs classiques (Beethoven, Ravel). Il monte une première fois à Paris en 1935 pour suivre des études de droit et dans l'immédiat après-guerre compose quelques œuvres orchestrales d'inspiration religieuse ainsi que ses premières chansons. Mais ce n'est qu'en 1946 que sa carrière débute véritablement, avec ses premières prestations publiques au Bœuf sur le toit. Il compose ses premiers chef-d'oeuvres : Monsieur William (avec Jean-Roger Caussimon) et La vie d'artiste, chanson autobiographique dépeignant les conditions de vie difficile qui sont les siennes à cette époque. Pour se faire connaître, Ferré écrit pour les autres (Edith Piaf, Renée Lebas et surtout Catherine Sauvage qui en enregistrant Paris Canaille lui assure son premier grand succès public). En 1947 il découvre l'Anarchisme politique par le biais de réfugiés espagnols fuyant le Franquisme : il restera toute sa vie un sympathisant actif du mouvement libertaire. En 1950 il enregistre son premier album pour Le Chant du monde et en 1952 signe avec Odéon. Les années de vache maigre sont désormais derrière lui. C'est une période très active de sa carrière : il écrit de nouvelles chansons à succès (Vise la réclame, Pauvre Rutebeuf ) ; commence de mettre en musique les grands poètes français (des textes d'Aragon extraits du Roman inachevé ; des poèmes des Fleurs du mal de Baudelaire ; la Chanson du mal aimé d'Apollinaire sous forme d'oratorio) ; et fait paraître son premier recueil de poésies, Poètes vos papiers. En 1960 Ferré rejoint l'écurie Barclay, y enregistre un premier disque Paname (avec le titre Jolie môme, aussitôt repris par Juliette Gréco) puis dans la foulée, Ferré chante Aragon. En 1964 c'est au tour de Verlaine et Rimbaud d'être adaptés en chanson.

Volontiers misanthrope, éternel révolté contre l'ordre social, Ferré demeure par ailleurs très attentif à l'air du temps. Il est un des seuls grands noms de la chanson française à prendre la mesure de la révolution autant esthétique que politique de 1968 et à en intégrer les conséquences dans son univers, en lui faisant prendre un virage résolument rock. Au tournant des années 70 il compose C'est extra qui se classe n 1 au hit parade, s'associe avec le groupe pop français Zoo (Le Chien ), publie un double album Amour, Anarchie qui demeure l'un des sommets de son œuvre et écrit l'une des plus belles chansons de l'histoire de la variété française, Avec le temps.

Il part alors s'installer en Toscane et débute la dernière grande période de sa carrière. Prenant en main les rênes de son destin artistique, Ferré va, jusqu'à sa disparition le 14 juillet 1993, créer en solitaire une œuvre démesurée, s'émancipant totalement du format chanson traditionnel, osant des textes fleuves et baroques et des orchestrations symphoniques au lyrisme débordant (Je te donne, La frime, Il est six heures ici et midi à New York, Ludwig - L'imaginaire - Le bateau ivre, etc.). Ne quittant son repère que pour régulièrement s'engager dans de longues tournées partout dans le monde, Ferré demeurera jusqu'au bout fidèle à ses idéaux, refusant par deux fois de soutenir la candidature de François Mitterrand à l'élection présidentielle (1981 et 1988) et signant en 1991 un appel pour la paix, s'élevant contre l'intervention militaire en Irak.

Éclairage média

Par Stéphane Ollivier

Dans une configuration orchestrale minimaliste, accompagné seulement d'un pianiste comme c'était de règle alors dans ses récitals, Léo Ferré interprète le 1er janvier 1969 sur la scène de Bobino et devant les caméras de la télévision, Les Anarchistes - chanson-phare du disque qu'il vient alors de publier suite aux événements de mai, L'Eté 68. Artiste rebelle plus que militant, enragé plutôt qu'engagé, Ferré qui n'a jamais caché sa sympathie pour le mouvement libertaire auquel il demeurera fidèle jusqu'à la mort, voit en ces années insurrectionnelles une partie de la jeunesse se reconnaître soudain dans le lyrisme flamboyant de ses chansons et les thèses anarchistes qu'elles véhiculent. Même s'il cherchera rapidement à se rapprocher de cette nouvelle génération en collaborant l'année suivante avec le groupe pop Zoo, non par opportunisme mais pour infuser dans sa musique les rythmes et sonorités porteurs de ces nouvelles formes de contestation, Ferré à cet instant demeure, tant dans la forme théâtrale de son interprétation que dans le style très littéraire de son écriture, foncièrement rattaché à la grande tradition française des chanteurs à texte.

Saisi dans toute sa force expressive par une caméra s'attachant principalement à traquer les expressions de son visage, Léo Ferré offre une version extraordinaire d'intensité de cette chanson emblématique de ses idéaux politiques, porté par une salle vibrante entièrement acquise à sa cause.

Lieux

Personnalités

Thèmes

Sur le même thème

Sur le même thème

Voir les documents suivants
Voir les documents précédents