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Le conflit social en Guadeloupe

Date de diffusion : 01 févr. 2009

Lors du premier trimestre 2009, la Guadeloupe connaît un long conflit social. Les principales revendications de ce mouvement concernent le pouvoir d'achat. Le mouvement s'achève sur la signature d'un protocole d'accord prévoyant une augmentation de 200 euros des plus bas salaires.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
18 oct. 2011
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001287

Contexte historique

Par Victor Pereira

Le 20 janvier 2009, alors que Barack Obama prête serment sur la Bible à Washington et devient officiellement président des Etats-Unis d'Amérique, un mouvement de grève amplement suivi s'initie en Guadeloupe. Protestant contre la vie chère, 48 syndicats et associations forment en décembre 2008 la plate-forme « Lyannaj Kont Pwofitasyon » (LKP) dont les traductions varient : « front contre les profiteurs » ou « ensemble contre la surexploitation ». La principale figure de cette coalition, et plus largement du mouvement social qui dure 44 jours, est Elie Domota, secrétaire général de l'UGTG (Union Générale des Travailleurs de Guadeloupe), principal syndicat guadeloupéen. Le mouvement est largement suivi par la population. Certaines manifestations rassemblent entre 20 000 et 65 000 personnes (selon les chiffres de la police ou ceux du LKP) pour une population qui dépasse de peu les 400 000 habitants.

Les premières revendications du mouvement se portent sur le prix de l'essence puis s'étendent au pouvoir d'achat et aux importantes inégalités sociales qui frappent une grande partie des habitants de l'archipel. Plus de 20 % de la population active est au chômage. En 2006, 19,8 % des ménages guadeloupéens vivaient sous le seuil de bas revenus alors que ce taux est de 13,2 % en métropole. Les prix de l'alimentation et des biens courants sont souvent plus élevés qu'en métropole. Les porte-parole du LKP insèrent ces inégalités sociales dans le temps long de l'archipel, peuplée en grande partie par des descendants d'esclaves africains qui ont été forcés à travailler dans des plantations. Si l'esclavage a définitivement été aboli en 1848, de nombreux habitants de l'île continuent de se sentir exploités, notamment par une partie des commerçants.

Le mouvement social et le soutien populaire dont il bénéficie amènent le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, Yves Jégo, à se rendre en Guadeloupe le 1er février 2009, soit dix jours après le début de la grève. Jégo discute avec les partenaires sociaux mais le 10 février 2009 alors qu'un accord est en voie d'être trouvé, le Premier ministre François Fillon rappelle le secrétaire d'Etat à Paris. Le Premier ministre estime que « l'Etat ne peut se substituer aux partenaires sociaux ». La situation s'aggrave. Les négociations entre le LKP et le patronat guadeloupéen s'enlisent. Des violences ont lieu entre le 16 et le 19 février. Un syndicaliste, militant du LKP, meurt par balle. Un accord est finalement signé le 4 mars par le LKP, le préfet, le conseil régional et le conseil général. Il prévoit l'augmentation de 200 euros des plus bas salaires et le blocage de 1 500 prix de produits jugés essentiels.

En conséquence de ce long conflit social, des Etats Généraux de l'Outre-Mer sont réunis en avril 2009 mais le LKP refuse d'y participer. Un ensemble de mesures visant à améliorer le pouvoir d'achat de la population vivant en Outre-Mer est lancé en novembre 2009.

Éclairage média

Par Victor Pereira

Comprendre le conflit social que connaît la Guadeloupe depuis plus de dix jours à travers le quotidien d'une famille, tel est l'objectif de ce reportage. En filmant des actes ordinaires – faire ses courses, préparer son repas, régler ses factures, établir son budget, dresser la table – les journalistes invitent le téléspectateur à comparer la situation de cette famille à la sienne. Le coût des denrées alimentaires basiques et la facture d'eau apparaissent comme trop élevés. Les prix sont supérieurs à ceux pratiqués en métropole alors que les salaires sont plus faibles en Guadeloupe.

Cette identification est d'autant plus puissante que la famille suivie avoue ne pas compter parmi les plus à plaindre. Les adultes possèdent un emploi ce qui n'est pas le cas de plus du quart de la population active guadeloupéenne. Cette famille peut donc s'offrir des plats qu'une importante partie de la population ne peut obtenir. En quelque sorte, le reportage légitime la grève et le soutien qu'accorde une grande partie de la population guadeloupéenne au LKP et à son leader, qualifié d'héros, Elie Domota. Prétendant restituer le vécu de Guadeloupéens « ordinaires », ce reportage n'évoque cependant à aucun moment les mécanismes pouvant expliquer le si important coût de la vie ni les solutions possibles pour juguler ce phénomène. La conclusion du reportage suggère que cette solution devra être trouvée par le secrétaire d'Etat à l'Outre-Mer, tout juste arrivé sur l'île pour étudier la situation.

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