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L'affaire Clearstream au tribunal

Date de diffusion : 17 sept. 2009

Après avoir défrayé la chronique politique à partir de 2004, l'Affaire Clearstream arrive finalement dans les prétoires en septembre 2009. Le procès qui s'ouvre a pour singularité d'opposer le président de la République, Nicolas Sarkozy, et un ancien Premier ministre, Dominique de Villepin.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
18 oct. 2011
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001297

Contexte historique

Par Victor Pereira

Il n'y a pas une Affaire Clearstream mais au moins deux Affaires Clearstream. La première engendre indirectement la seconde. Au début des années 2000, le journaliste et romancier Denis Robert enquête sur Cedel, qui se nomme Clearstream à partir de 2000, chambre de compensation financière basée au Luxembourg. Détenue par plusieurs dizaines de banques, cette chambre de compensation permet des transactions financières entre banques et institutions financières. Dans son livre « Révélation$ » (2001) puis dans le reportage « Les dissimulateurs » (2001), Denis Robert accuse Clearstream de dresser des comptes occultes qui dissimuleraient des transferts financiers illégaux. Clearstream permettrait le blanchiment de capitaux provenant d'activités criminelles (trafic de drogue par exemple). L'enquête de Denis Robert ébranle Clearstream et vaut aux journalistes des dizaines de plaintes déposées par l'institution financière.

Ce premier volet de l'affaire Clearstream débouche sur la deuxième affaire Clearstream en 2003. Un jeune stagiaire d'un cabinet d'audit, en mission chez Clearstream pour contrecarrer les attaques de Denis Robert, découvre lui aussi des anomalies. Fin 2002, le stagiaire transmet un CD-Rom contenant les références de milliers de transactions opérées par Clearstream à Denis Robert. Ce dernier a néanmoins besoin d'un informaticien pour décrypter les documents. En 2003, Robert entre en contact avec Imad Lahoud qui prétend pouvoir accéder aux informations protégées de Clearstream. Lahoud obtient une copie des documents récupérés par le jeune stagiaire. C'est à partir de ce moment que naît la deuxième affaire Clearstream.

Lahoud ajoute des noms d'hommes politiques, d'artistes, d'industriels, d'hommes d'affaire sur les listings recensant les détenteurs de compte au sein de Clearstream. Parmi les noms ajoutés, deux ressortent : Stéphane Bocsa et Paul de Nagy. Il s'agit en effet des patronymes de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur. Cette liste confectionnée par Lahoud arrive aux mains de Jean-Louis Gergorin, vice-président d'EADS, groupe européen du secteur de l'industrie de l'aéronautique civile et militaire. Gergorin informe le ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin, de l'existence de ce listing au début de l'année 2004. Ce dernier demande confidentiellement qu'une enquête soit établie afin de savoir si le listing est un faux. Il n'informe pas Nicolas Sarkozy de la présence de son nom dans les listings. Au printemps 2004, Jean-Louis Gergorin envoie anonymement les listings au juge Renaud Van Ruymbeke qui enquête sur des transactions illégales concernant la vente de frégates à Taïwan en 1991. Le juge commence alors à enquêter sur les listings mais se rend rapidement compte que ce sont des faux.

Cependant, à la fin de l'année 2004, l'affaire devient publique. Une enquête est menée afin de savoir qui a forgé les faux listings et pourquoi ils ont été transmis au juge Van Ruymbeke. Cette affaire devient éminemment politique. Il apparaît que Dominique de Villepin et le président de la République Jacques Chirac auraient essayé d'instrumentaliser ces listings afin de fragiliser Nicolas Sarkozy, candidat potentiel aux élections présidentielles de 2007. Un long contentieux divise en effet Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy. Ce dernier a été le porte-parole d'Edouard Balladur lors de la campagne électorale de 1995. Or Edouard Balladur s'est présenté contre Jacques Chirac qui considère son ancien collaborateur comme un traître. Chirac et son fidèle conseiller, Dominique de Villepin, vouent ainsi une rancœur tenace vis-à-vis de Nicolas Sarkozy depuis 1995. Une guerre sourde oppose dès lors le camp chiraquien et le camp sarkozyste, guerre qui ne s'éteint pas avec l'entrée au gouvernement de Nicolas Sarkozy en 2002.

Bien que la justice se soit aperçue que le listing était un faux, Nicolas Sarkozy, comme de nombreuses personnes mentionnées dans les listings, dépose une plainte pour dénonciation calomnieuse et faux en 2006. Gergorin et Lahoud sont mis en examen en 2006 et Villepin en juillet 2007, alors que Nicolas Sarkozy est depuis peu président de la République. Dominique de Villepin clame son innocence et évoque une persécution politique.

Le procès débouche, en janvier 2010, sur la condamnation d'Imad Lahoud et de Jean-Louis Gergorin. Dominique de Villepin est quant à lui relaxé. Cependant, le parquet fait appel de la relaxe de l'ancien Premier ministre et un nouveau procès doit avoir lieu.

Éclairage média

Par Victor Pereira

A l'approche du procès qualifié de procès Clearstream, ce reportage récapitule la longue affaire Clearstream dont les médias se sont fait abondamment l'écho depuis 2004. L'Affaire est largement centrée sur le combat opposant Nicolas Sarkozy, président de la république depuis 2007, et Dominique de Villepin, ancien secrétaire général de la présidence de la République entre 1997 et 2002, ministre des Affaires étrangères entre 2002 et 2004, ministre de l'intérieur entre 2004 et 2005 et Premier ministre entre 2005 et 2007. La lutte fratricide entre ces deux principales personnalités de la Droite remonte aux élections présidentielles de 1995. D'un côté, Nicolas Sarkozy appuyait Edouard Balladur. De l'autre, Dominique de Villepin soutenait Jacques Chirac, le leader de la droite depuis 1981 qui voyait la candidature de Balladur comme une trahison. Cette animosité ne cessa pas et l'affaire Clearstream fut l'une de ses principales illustrations.

Le reportage, grâce à de nombreuses images d'archives, retrace la relation conflictuelle entre Sarkozy et Villepin. Si le conflit est souvent dissimulé derrière des faux-semblants courtois – comme cette rencontre entre Villepin et Sarkozy à la Baule en 2005 où tous deux exagèrent dans les marques de politesse -, les propos violents retranscrits par la presse ( « sur un croc de boucher », « on le tient ») ou les discours aux insinuations à peine voilées (discours de Nicolas Sarkozy en mai 2006) trahissent une haine profonde entre deux personnalités mais aussi entre deux camps de la droite qui aspirent toutes deux à remporter les élections présidentielles de 2007.

Le reportage cherche également à traduire la complexité et l'opacité de l'Affaire. De nombreux plans de la façade et des fenêtres du pôle financier du tribunal de Paris suggèrent le long travail que doivent opérer les juges pour démêler le vrai du faux. Ces plans de murs indiquent également le secret qui entoure l'affaire dès ses débuts. Les manipulateurs ont agi subrepticement, à l'abri des regards. L'affaire s'est constamment déroulée dans les bureaux feutrés des ministres et des juges. Ce sont tous ces secrets calfeutrés jusqu'alors qui vont être enfin exposés dans la salle du tribunal qui est montrée à la fin du reportage.

Par la voix de l'avocat de Dominique de Villepin, la limite de ce reportage est évoquée. Il concentre en effet toute son attention sur le conflit Villepin-Sarkozy, écartant ainsi les autres accusés et plaignants de l'affaire. Les autres principaux acteurs de cette affaire - Imad Lahoud, Jean-Louis Gergorin, Denis Robert, le général Rondot – ne sont jamais évoqués.

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