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La deuxième édition du Forum social mondial de Porto Alegre

Date de diffusion : 01 févr. 2002

Le deuxième Forum social mondial s'ouvre à Porto Alegre le 31 janvier 2002 par une marche pour la paix : les manifestants altermondialistes défilent dans les rues de la ville brésilienne. Plusieurs dirigeants français, Christophe Aguiton, Noël Mamère et Alain Krivine, sont interrogés pendant la manifestation.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
31 mai 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001330

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

L'altermondialisme n'a cessé de croître à mesure que la mondialisation libérale prenait de l'ampleur dans les années 1990 et 2000. Les altermondialistes s'opposent en effet à cette mondialisation qu'ils jugent dominée par les firmes transnationales et les pays riches. Ils dénoncent également le rôle des institutions internationales, telles que l'Organisation mondiale du commerce (OMC), le Fonds monétaire international et la Banque mondiale : ils les accusent de ne pas contribuer à la réduction des inégalités entre les pays du Nord et ceux du Sud. L'altermondialisme propose au contraire de réguler étroitement la mondialisation.

C'est à Seattle, en novembre-décembre 1999, que le mouvement altermondialiste a véritablement vu le jour. Des manifestations de grande envergure ont alors pris pour cible la conférence ministérielle de l'OMC. S'il a joué un rôle non négligeable dans l'échec de ce sommet, l'altermondialisme a surtout profité de la présence des médias internationaux pour s'affirmer au grand jour. Dès lors, toutes les rencontres de l'OMC, du G8 et du G20 ont été l'occasion de démonstrations de rue altermondialistes. Ce fut notamment le cas lors du sommet du G8 à Gênes, en juillet 2001, lors duquel de violents affrontements ont opposé manifestants et forces de l'ordre.

Les altermondialistes ne se contentent cependant pas d'actions médiatiques pendant les sommets internationaux. Ils ont également institué à partir de 2001, à Porto Alegre, au sud du Brésil, un rassemblement annuel : le Forum social mondial (FSM). Se présentant comme un contrepoids au Forum économique mondial de Davos, qui réunit chaque année à la même période depuis 1971 les dirigeants économiques et politiques de la planète, le FSM est avant tout une tribune de l'altermondialisme. Son slogan, « un autre monde est possible », est d'ailleurs très emblématique. Selon l'article 4 de sa charte adoptée en 2002, les alternatives qu'il propose s'opposent à « un processus de mondialisation capitaliste commandé par les grandes entreprises multinationales, les gouvernements et les institutions internationales au service de leurs intérêts ».

Après sa première édition en 2001, le FSM est devenu le rendez-vous annuel des altermondialistes. Il réunit en effet chaque année des manifestants et des organisations du monde entier qui ont pour point commun de contester la mondialisation libérale. Espace de réflexions et de débats se voulant « non gouvernemental et non partisan », il se compose en grande partie de conférences et d'ateliers. Ceux-ci portent sur des thèmes variés : l'abolition de la dette des pays pauvres, la sécurité alimentaire, l'agriculture durable, l'accès à l'eau, le rôle des firmes transnationales, la préservation de l'environnement ou la paix.

Après avoir pris place dans la capitale du Rio Grande do Sul de 2001 à 2003, le FSM s'est délocalisé. Il a été organisé à Mumbai (Inde) en 2004, à Nairobi (Kenya) en 2007, à Belém (Brésil) en 2009, à Dakar (Sénégal) en 2011 et à Tunis (Tunisie) en 2013. En 2006, il s'est tenu simultanément sur trois continents : à Bamako (Mali), Karachi (Pakistan) et Caracas (Venezuela).

Le FSM a ainsi connu un très important succès. Quelque 20 000 personnes ont participé à la première édition en 2001, 55 000 en 2002, 100 000 en 2003 et 135 000 en 2009. Le Forum fait cependant l'objet de remises en cause et d'interrogations au sein même du mouvement altermondialiste. Les critiques portent surtout sur l'absence d'actions concrètes. Parallèlement, le Forum économique mondial de Davos a élargi ses domaines : des thèmes sociaux et environnementaux y sont désormais traités.

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Diffusé le 1er février 2002 dans le journal télévisé de la mi-journée de France 3, ce reportage est entièrement consacré à l'ouverture de la deuxième édition du Forum social mondial qui a eu lieu la veille à Porto Alegre. Réalisé par un envoyé spécial, Claude Gueneau, grand reporter au service économique et social de la rédaction nationale de France 3, il s'agit d'un sujet d'ambiance. Le téléspectateur est en effet plongé au cœur de cette marche pour la paix. Les interviews sont d'ailleurs effectuées pendant la manifestation : les dirigeants politiques et syndicaux s'expriment tout en continuant à défiler. Le journaliste lui-même conclut son sujet par un plateau en situation dans les rues de Porto Alegre. Le reportage donne ainsi un aperçu de l'univers sonore de la manifestation. Les slogans scandés par les participants et les discours des orateurs constituent le fond sonore de l'intégralité du sujet, y compris pendant les interviews et le plateau final de Claude Gueneau.

Le reportage donne également à voir le folklore de ce défilé bigarré, qui ne manque « pas d'ambiance ni de couleur » selon les mots du journaliste. Le cosmopolitisme des manifestants venus du monde entier apparaît ainsi frappant. Leur origine est de fait très diverse, comme le montrent notamment l'interview d'un membre de l'organisation agricole Via Campesina ou la présence de Lula, l'ancien président du Parti des travailleurs, alors candidat à l'élection présidentielle brésilienne d'octobre 2002. Le reportage montre aussi le caractère bon enfant de la manifestation. Le défilé est calme et joyeux, sans violence ni débordement. Des enfants participent même à la manifestation, scandant des slogans et portant des banderoles. Les forces de l'ordre n'apparaissent quant à elles pas à l'écran. Ce calme et cette absence de tensions contrastent avec les violences de Seattle en 1999 lors de la réunion de l'Organisation mondiale du commerce, ou de Gênes en 2001 pendant le sommet du G8.

Les participants se distinguent également par leurs banderoles sur lesquels des slogans emblématiques de leur combat contre la mondialisation libérale et la guerre sont inscrits. Nombreux sont aussi les porteurs de drapeaux de toutes sortes. L'un d'entre eux arbore par exemple l'effigie de Che Guevara. Mais, comme le signale le journaliste, les drapeaux rouges dominent, dans la manifestation comme aux fenêtres d'un immeuble situé le long du parcours. Cette présence massive de drapeaux rouges, emblèmes du mouvement ouvrier depuis le XIXe siècle, révèle la nette orientation à l'extrême gauche du mouvement altermondialiste. D'autres, à dominante verte, suggèrent la forte présence de militants écologistes au sein du cortège.

Si ce sujet donne donc largement à voir la dimension mondiale du rassemblement de Porto Alegre, il prend toutefois une orientation franco-française quelque peu étonnante dans sa deuxième partie. Plusieurs figures de la gauche hexagonale (Noël Mamère, Alain Krivine et Olivier Besancenot), venues participer au Forum social mondial, sont ainsi filmées pendant la manifestation. Les interviews de Noël Mamère, candidat des Verts à l'élection présidentielle d'avril 2002, et d'Alain Krivine, député européen de la Ligue communiste révolutionnaire et soutien actif de la candidature présidentielle d'Olivier Besancenot, greffent en effet des enjeux de politique française sur une manifestation qui vise précisément à dépasser les spécificités nationales.

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