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Le GAP et la gestion de l'eau en Anatolie

Le GAP et la gestion de l'eau en Anatolie

Date de diffusion : 27 juin 1999

Le GAP est un projet qui a pour ambition de fournir de l'eau et de l'électricité en Anatolie en construisant des barrages sur le Tigre et l'Euphrate. Cette réalisation poursuit des buts de politique interne pour lutter contre la rébellion kurde ; elle complique les relations géopolitiques avec les voisins en aval, la Syrie et l'Irak.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
25 nov. 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001476

Contexte historique

Par Claude Robinot

G.A.P est un acronyme turc qui signifie projet pour l'Anatolie du sud-est. Il concerne 9 provinces administratives, soit environ 10 % de la superficie du pays et correspond au bassin inférieur de l'Euphrate et à celui du Tigre, les deux fleuves de l'ancienne Mésopotamie qui se jettent dans le golfe arabo-persique après avoir traversé la Syrie et l'Irak. Le GAP, officiellement lancé en 1989, prend la forme d'une agence planifiée de développement basée sur l'aménagement d'une série de barrages sur les deux fleuves afin de contrôler 28 % des ressources en eau de la Turquie. Les deux objectifs premiers sont d'irriguer 1,7 millions d'hectares et de produire de l'électricité à hauteur de 27 milliards de kwh. Le projet ne s'arrête pas là. A partir de ce socle, on envisage le développement régional par des investissements coordonnés et planifiés dans tous les secteurs : transport, industrie, urbanisme, tourisme, éducation. Un plan maître est élaboré, il sert de cadre et doit guider les actions et les investissements des autres acteurs. L'investissement nécessaire était estimé à 32 milliards de dollars. En 2003, la moitié de la somme avait déjà été engagée. Le projet envisageait la construction de 22 barrages et 19 centrales hydroélectriques sur le cours des deux fleuves. L'Euphrate, le Tigre et leurs affluents prennent leur source dans les montagnes turques et iraniennes qui forment un château d'eau naturel. Le barrage Atatürk, construit en 1992, est la pièce maîtresse de cet ensemble qui complète celui de Kaban (1974) en amont. Ils retiennent d'énormes lacs réservoirs (298 et 817 km2) qui permettent de réguler l'écoulement des eaux de l'Euphrate. Le barrage Atatürk stocke derrière sa voûte l'équivalent de deux années de débit de l'Euphrate. Les périmètres irrigués autour de ces ouvrages doivent permettre de diversifier l'agriculture traditionnelle et d'augmenter les revenus des régions orientales, plus pauvres que celles de l'ouest de la Turquie. Pour les régions proches de la Syrie (Urfa) qui sont arides, l'irrigation est un apport indispensable. Des zones industrielles ont été créées autour ces aménagements. Le sud-est anatolien est désormais mieux relié au reste du pays par des autoroutes et des aérodromes. Le GAP a aussi des objectifs démographiques et sociaux. Le but était de sédentariser une partie des populations nomades, renforcer l'armature urbaine pour éviter l'émigration massive de populations pauvres dans les villes de l'ouest. Tous les objectifs n'ont pas été atteints mais les changements sont perceptibles pour l'agriculture et l'industrie. Surtout, la région est bien reliée au reste du pays.

Il subsiste pourtant des problèmes internes et externes que le gouvernement turc évoque avec réticence. L'Anatolie du Sud-Est est en majorité kurdophone avec une minorité arabe près de la Syrie. Cette région était soumise à un couvre-feu par l'armée turque qui luttait contre les rebelles du PKK. Ce conflit qui a fait 30 000 victimes a poussé une partie de la population à se réfugier dans les grandes villes. L'opposition des Kurdes au pouvoir central n'a pas permis de modifier en profondeur les structures sociales et familiales très traditionnelles de la région (40 % des paysans n'ont pas de terres). Ces résistances mettent en échec les tentatives de réforme agraire projetées. Les terres irriguées connaissent les inconvénients de tous les grands barrages qui retiennent les sédiments, d'où un appauvrissement et une salinisation des sols. Sur le plan culturel, les effets sont aussi négatifs en ce qui concerne les centaines de villages qui ont été ennoyés après les déplacements autoritaires de population. De nombreux sites archéologiques sont aussi engloutis.

Le projet GAP a aussi contribué à dégrader les relations de la Turquie avec ses deux voisins arabes, au point que l'on a pu parler d'une « guerre de l'eau ». Le gouvernement turc a d'abord agi de manière unilatérale en déclarant que la ressource en eau était turque et non internationale ; l'aménagement a été décidé sans participation des voisins d'aval. Entre 1987 et 1990, des accords bilatéraux ont été signés. La Turquie s'engage à maintenir le débit de l'Euphrate à 500 m3/s à la frontière syrienne. Cette eau doit être partagée à 42 % ou 6,6 km3 pour la Syrie et 58 % ou 9 km3 pour l'Irak. Cet accord est minimal car il ne concerne pas les eaux du Tigre ni des autres cours d'eau comme l'Oronte. Toutefois, des progrès ont été enregistrés car les trois pays coopèrent sous les auspices des agences de l'ONU pour le développement. En 2005, le forum mondial de l'eau s'est tenu à Istanbul.

Éclairage média

Par Claude Robinot

Ces images sont extraites d'un reportage de l'émission Géopolis, magazine consacré aux enjeux internationaux. Le but de cette émission était de présenter la réalisation du GAP et les implications de ce projet avec la situation politique intérieure et les relations avec les voisins arabes. Les images du barrage Atatürk et l'interview de son directeur traduisent bien la fierté turque. Le discours national l'emporte souvent sur le discours économique ou technique, ce qu'on peut vérifier avec les deux autres intervenants qui réaffirment le droit des Turcs à utiliser l'eau de l'Euphrate et leur bonne foi sur la livraison d'eau aux pays d'aval. La présentation du barrage de Birecik faite par un ingénieur français qui participe au projet évoque les problèmes techniques, turbines et électricité. En revanche, les aspects géopolitiques sont passés sous silence. Birecik est construit à proximité de la région arabophone d'Urfa, non loin de la frontière syrienne. Il y a là une volonté d'établir une frontière prospère face au voisin. Le projet a aussi été critiqué parce qu'il a englouti des villages entiers et des sites archéologiques comme l'antique Zeugma. Les effets bénéfiques du GAP sont par ailleurs clairement montrés, comme l'accès à l'eau pour l'irrigation et le développement agricole et industriel. On n'évoque qu'indirectement les programme sociaux et éducatifs, les actions en direction des femmes, dans une région très traditionaliste dominée par les grands propriétaires kurdes et l'opposition du PKK. Le développement est aussi utilisé comme arme par le gouvernement d'Ankara contre la guérilla et pour enrayer l'émigration des kurdes vers les provinces de l'ouest.

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