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La question du gaz de schiste en Europe

La question du gaz de schiste en Europe

Date de diffusion : 27 févr. 2013

L'Allemagne comme la Pologne vient de donner l'autorisation de rechercher et d'exploiter les gisements de gaz de schiste alors qu'elle a engagé une transition énergétique avec abandon du nucléaire. Les pays de l'UE sont divisés sur la question du gaz de schiste entre favorables, hostiles et sceptiques.

Niveaux et disciplines

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
25 nov. 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001483

Contexte historique

Par Claude Robinot

Aux Etats-Unis, la découverte puis la mise en exploitation du gaz de schiste et des « hydrocarbures non conventionnels » est présentée comme une révolution. En sept ans (2005-2012), la production de gaz a augmenté d'un tiers et le prix du gaz a baissé. Le gaz de schiste représente 56 % de la consommation américaine et 16 % de la production mondiale. On prévoit 30 % vers 2035. Les perspectives sont très optimistes : les Etats-Unis envisagent le retour de l'indépendance énergétique, la relocalisation des industries à forte consommation énergétique et la création de 2 millions d'emplois directs et indirects.

Quel gouvernement peut résister à de telles promesses ? En Europe, la zone géologique qui peut contenir du gaz non conventionnel s'étend au nord de l'Europe, du bassin parisien à la Russie. Des potentialités existent aussi en Espagne et de la Hongrie à la Bulgarie. Les estimations parlent de 25 ans de consommation de gaz à l'échelle du continent. D'autres, plus optimistes, parlent pour la France de 80 ans de consommation de gaz. Des chiffres contestés quand ils viennent des lobbies industriels et pétroliers. L'absence de recherche généralisée et le manque de transparence empêchent d'avoir une vision claire des ressources. Les conditions européennes d'exploitation sont différentes de celles de l'Amérique où le forage de 200 000 puits a été possible sur de grandes étendues peu peuplées, avec les techniques éprouvées des grandes compagnies pétrolières. En Europe, les coûts seraient plus élevés, compte tenu des densités de population et des restrictions. En Allemagne, 14 % du territoire est interdit d'exploitation pour protéger les ressources hydriques. Partout, la technique du fracking provoque un rejet massif dans l'opinion.

En mai 2013, un conseil européen s'est tenu à Bruxelles sur la question de l'indépendance énergétique alors que le prix de l'énergie dans l'UE est le double de celui des Etats-Unis. Ce qui impose : « un recours plus systématique aux sources d'énergies autochtones sur terre et en mer, en vue de leur exploitation sûre, durable et efficace au regard des coûts, tout en respectant les choix des États membres en matière de bouquet énergétique ». Cette orientation résume parfaitement le dilemme européen : en l'absence de ressources suffisantes, aucun pays ne peut échapper à un mix énergétique associant les énergies renouvelables avec les importations. Selon les pays, les ressources propres peuvent être, le nucléaire, le charbon ou le gaz de schiste. Les différences seront ensuite lissées par des échanges énergétiques intereuropéens via un réseau interconnecté. Sur le gaz de schiste, les points de vue sont contradictoires. La France et la Bulgarie fermement opposées ont interdit la fracturation hydraulique. A l'inverse, la Pologne exploite une quarantaine de puits. L'Allemagne hésite et s'interroge. L'électricité y est la plus chère d'Europe. Elle dépend pour son énergie des importations de gaz russe. Après l'accident de Fukushima (mars 2011), la chancelière Merkel a lancé « der Energiewende », la transition énergétique, qui fixe la sortie du nucléaire à 2022. Les énergies renouvelables qui comptent déjà pour 23 % de la consommation devront être portées à 35 % en 2020. Cette politique de verdissement de l'énergie est financée par les consommateurs qui payent un coût élevé de l'électricité. L'objectif de réduction des émissions de CO2 paraît improbable avec une part du charbon et du lignite à 44 % pour faire tourner les centrales électriques contre 13 % pour le gaz. On comprend donc mieux la décision de la chancelière de regarder vers le gaz de schiste en février 2013. L'Allemagne en posséderait 2300 milliards de m3, alors que la consommation annuelle est de 86 milliards de m3. Les conditions et les précautions prises pour son exploitation limitent l'intérêt de cette ressource qui au mieux soulagerait le coût de la facture gazière sans apporter de solution à la transition énergétique annoncée.

Éclairage média

Par Claude Robinot

David Pujadas, annonce comme une nouvelle sensationnelle l'autorisation allemande d'exploiter le gaz de schiste, pour ensuite nuancer ce « revirement » en annonçant que c'est sous condition. La position allemande est en fait beaucoup plus tactique et conjoncturelle que théorique. En février 2013, la chancelière allemande qui prépare le futur sommet européen de l'énergie, prévu en mai, s'adresse aussi à son opinion publique. Elle rompt avec la position antérieure de refus de gaz de schiste. L'intervention du ministre fédéral de l'économie donne le ton et la principale raison : l'Allemagne a un coût de l'énergie trop cher qui met en cause sa compétitivité et la désavantage vis-à-vis des Etats-Unis. Entre cette prise de position et la réalisation effective de forages productifs, les délais sont assez longs et conditionnés par l'ampleur des découvertes. Il s'agit plutôt d'un message envoyé à l'opinion et aux partenaires économiques. Les réactions montrées dans la vidéo, qui ne sont que des radios trottoirs, montrent une acceptation sous condition.

La conscience écologique assez élevée en Allemagne a déjà obtenu la protection des eaux thermales, des zones touristiques et provoqué l'hostilité des ... brasseurs de bière. Le petit schéma infographique à l'intérieur du reportage montre le fracking, la seule technique connue pour extraire les gaz et l'huile de schiste. Elle a l'inconvénient d'endommager la roche par fracturation et est très coûteuse. La richesse allemande en gaz non conventionnel est assez limitée. Le chiffre annoncé dans le commentaire (2300 milliards de m3) est moitié moindre que l'estimation faite pour la France.

Le passage qui suit montre tout le dilemme de la transition énergétique allemande après la sortie du nucléaire : elle est réduite au charbon, au gaz et aux renouvelables. Ces dernières sources sont insuffisantes et coûteuses. La vidéo est suivie d'une intervention de François Beaudonnet, correspondant à Bruxelles, sur fond de quartier de l'Europe. Une cartographie montre le rapport de force entre les « anti », les « pro » et les sceptiques. Faire basculer l'Allemagne dans le camp des « pro » est formellement exact mais, dans la mesure où la production n'a pas vraiment commencé, cela reste théorique.

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