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Le marché de l'art et la FIAC

Date de diffusion : 28 oct. 1992

La FIAC 1992 est l'expression d'une crise. Grisé par les investissements des années 1980, le marché de l'art n'a pas vu venir le retournement économique. Les choix de son comité de sélection sont mis en doute par des galeristes et des artistes.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
26 nov. 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001501

Contexte historique

Par Alexandre Boza

La FIAC (Foire Internationale d'Art Contemporain) se tient au Grand Palais. Elle symbolise l'insertion de la France dans le marché mondial de l'art. En 1999, sur un volume mondial de ventes d'œuvres d'art de près de 8 milliards d'euros, près de 2 milliards d'euros sont faits par les États-Unis, 1,3 milliard par le Royaume-Uni et seulement 0,5 milliard d'euros pour la France. La part de marché des ventes publiques s'élevait à 50 % du total mondial pour les États-Unis, 30 % pour le Royaume-Uni et près de 6 % pour la France, car les principaux commissaires priseurs (Sotheby's, Christies) sont anglo-saxons.

Le marché de l'art est très internationalisé, ce dont rend compte la multiplication des foires d'art contemporain. La plus ancienne est celle de Cologne (Art Cologne, 1966) et la plus prestigieuse celle de Bâle (Art Basel, 1970). Créée en 1974, la FIAC a contribué à la reconnaissance de l'art contemporain en France, suivie par la Biennale de Lyon. D'autres pays développent des foires internationales dans les années 1980 (Chicago, Madrid, Bruxelles et Londres) et 1990 (New York, Miami).

La marché de l'art se segmente en deux grandes tendances : le marché des œuvres pour les œuvres patrimoniales et le marché pour la création contemporaine. Les deux marchés sont évalués selon le même étalon qu'est l'excellence et la rareté (une œuvre unique à caractère patrimonial). Or la rareté ne rend les œuvres exceptionnelles accessibles qu'à une infime quantité d'acheteurs internationaux qui en ont les moyens. Les Etats eux-mêmes sont des acheteurs importants via les institutions culturelles, mais en France par exemple, l'Etat n'est acheteur que de 10 % de la production artistique et apparaît moins important au niveau mondial qu'un collectionneur comme l'allemand Peter Ludwig.

Pour les œuvres contemporaines existent un grand nombre d'intermédiaires, les galeristes, dont chacun fait le pari d'un accroissement de la valeur des artistes qu'il expose. Face à l'incertitude des prix, les acteurs du marché de l'art ont tendance à parier sur les œuvres les plus originales ou « choquantes », porteuses de l'art du XXIe siècle comme les avant-gardes du XIXe siècle étaient porteuses du souffle de l'art moderne. Mais par définition, le consensus n'est pas possible a priori.

La FIAC est l'un des lieux où les nouvelles tendances sont déterminées. Dans cette ambiance où esthétique rime avec revenus, l'avant-garde devient une nouvelle forme de conformisme. Une querelle, pas toujours pertinente, oppose les anciens tenant de la belle manière aux modernes partisans de la provocation du public.

Éclairage média

Par Alexandre Boza

« Les temps sont durs pour le marché de l'art » : cette amorce donne le ton d'un reportage critique sur le marché de l'art qui a tendance à confondre le beau et le cher.

Le marché de l'art connaît en 1991 une crise importante : les prix chutent de 30 % et de nombreuses œuvres ne trouvent pas preneur, même parmi les plus célèbres comme Twelve Jackies d'Andy Warhol, estimé à quatorze millions de francs (plus de deux millions d'euros). Le marché de l'art a connu une forte vague spéculative dans la deuxième moitié des années 1980, mais les investisseurs sont déçus par la rentabilité de ce marché à court terme. Les collectionneurs reviennent sur le marché avec des exigences beaucoup plus fortes, et se méfient des œuvres dont les prix de réserve (le prix de base à partir duquel une œuvre se négocie) sont trop élevés. Dans ces conditions, les galeries qui sont les premiers intermédiaires et qui avaient profité de la spéculation sur l'art, ont du mal à « joindre les deux bouts ».

La FIAC 1992 devient une « foire d'empoigne pour les cent soixante-deux galeries » (il en existe 376 à Paris en 1999) et « un supermarché de l'art où l'on parle beaucoup d'argent ». Le galeriste (« galiériste » dans le reportage) Daniel Templon, fondateur de la revue Art Press, spécialisé dans les avant-garde pop américaine avec Warhol et Basquiat rappelle que le stand est la « vitrine de la galerie ». Une image qui la suit toute l'année. Cette vitrine a un coût élevé : cent mille francs (plus de 15 000 euros) en moyenne le ticket d'entrée à la FIAC. Templon est réputé en crise au moment de la FIAC, mais il bénéficie d'une forte visibilité sur le marché français de l'art.

L'autorisation de participer à la FIAC vient d'un comité de sélection composé de onze marchands. Pierre Nahon, de la galerie Beaubourg et membre du comité, justifie cette pratique par la volonté de garantir la diversité et de faire des choix audacieux. Mais ce choix est évidemment contesté par d'autres galeristes.

Une affiche de la galerie Alain Blondel, écartée « après quatorze ans de présence » proclame qu'elle est « réputée n'être pas dans la ligne » car Alain Blondel revendique de ne pas proposer des avant-gardistes, mais des peintres « de métier ». Dans le milieu de l'art la situation est tendue, comme pour le peintre Lazar. Il vit de sa peinture mais critique la tendance qui consiste à vendre de l'art contestataire, paradoxe d'un art qui refuse d'être dans les clous mais s'enseigne, se vend très bien et se retrouve dans les musées.

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