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Athènes et Londres se disputent les frises du Parthénon

Athènes et Londres se disputent les frises du Parthénon

Date de diffusion : 05 juil. 2008

L'ouverture du nouveau musée de l'Acropole rappelle le contentieux historique entre Grecs et Britanniques pour la détention des frises du Parthénon. La Grèce réclame le retour de ce trésor national quand l'Angleterre dit protéger un vestige du berceau de la civilisation. Ce conflit illustre et dénonce surtout une tradition d'appropriation des oeuvres du patrimoine mondial par les grands musées.

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Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
26 nov. 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001518

Contexte historique

Par Alexandre Boza

A qui les Frises du Parthénon appartiennent-elles ? En 1806, l'Empire Ottoman offre au diplomate britannique Lord Elgin un ensemble comprenant 12 statues, 156 dalles de la frise du Parthénon, 15 métopes (la frise du temple d'Athéna Niké qui jouxte le Parthénon), et une cariatide servant de pilier en remerciement de son soutien contre les Français en Egypte ; au total la moitié des ornements du Panthéon. Lord Elgin les emporte en Angleterre avant de les céder au British Museum.

Ministre de la Culture grecque de 1981 à 1989 (puis en 1993-1994), Melina Mercouri essaie d'obtenir la restitution de cette œuvre du patrimoine mondial mais également du patrimoine grec. Elle met sa notoriété personnelle et celle de son mari le réalisateur Jules Dassin au service de cette cause, organisant une campagne de sensibilisation internationale. A sa mort en 1994, Jules Dassin met en place une fondation réunissant diverses personnalités, notamment du cinéma, pour prolonger son combat.

Les Britanniques se sont toujours défendus d'être des spoliateurs en avançant plusieurs arguments. Le premier fait valoir que la Grèce n'aurait pas la capacité de mettre en valeur ces œuvres. Or la fortune de Mélina Mercouri a contribué à l'édification d'un musée moderne du Parthénon, tout à fait en mesure depuis juin 2009 d'accueillir les œuvres et de les exposer dans le respect de l'aménagement initial des frises, que les Britanniques eux-mêmes ne respectaient pas. Les Britanniques reprochent également aux Grecs de ne pas être en mesure d'assurer durablement la visibilité internationale des frises.

Après une première tentative avortée en 1989, le nouveau musée de l'Acropole, construit entre 2003 et 2009 par les architectes Bernard Tschumi (suisse) et Michalis Fotiadis (grec) en contrebas du site, acquiert cette dimension internationale. L'architecture intègre l'objectif de monstration des œuvres dans leur « contexte » – la lumière grecque notamment – plus que leur cadre originel. Ainsi s'expliquent le choix du verre et de la transparence pour les lumières naturelles, de pilotis pour préserver les vestiges archéologiques qui entourent le musée et les fondations sur lesquelles il repose.

Les musées de Munich ou Vienne ont déjà rendus des pièces et le British Museum lui-même a renvoyé des œuvres qu'ils conservaient de la colonisation en Asie et en Afrique. Ces gestes soulignent le problème des œuvres d'art pillées par les grandes puissances depuis le XIXe siècle à travers le monde. De nombreux grands musées craignent une décision de l'Unesco attendue pour 2014 car si elle est prise en faveur des pays d'origine des œuvres, leur détention par les grands musées sera plus difficile à défendre, par exemple pour le musée Getty de Los Angeles qui détient indûment des pièces antiques. La France a cherché à devancer cette préconisation au nom d'une politique « équilibrée » de restitution des œuvres. Elle a rendu en 2010 des manuscrits royaux à la Corée mais refuse de rendre à l'Egypte le zodiaque de Denderah détenu par le Louvre.

Les Britanniques ont de leur côté proposé une alternative aux Grecs : leur prêter les marbres ponctuellement, sans politique de restitution, estimant qu'ils font partie intégrante du fond du British Museum. Les Grecs ont refusé car il en va en la matière de fierté nationale autant que de patrimoine artistique et culturel.

Éclairage média

Par Alexandre Boza

Le reportage adopte dans son premier tiers toute une stratégie de dévoilement. Il joue en effet sur le contraste assez saisissant qui marque le passage de l'Acropole « éternelle » éclairée de nuit aux travaux du Parthénon présentés dans un large panoramique, posant d'entrée le débat sur la tension entre la majesté du lieu - vieux de 2500 ans - et le chantier contemporain qui en assure la restauration et l'entretien. Le parti pris est prolongé par l'opposition entre les grues qui s'agitent sur l'Acropole et les artisans qui travaillent consciencieusement sur les œuvres d'art dans le Parthénon, signalant la variété des métiers qui y concourent ainsi que la continuité à travers le temps du geste créatif tout en précision. Dévoilement également de la beauté des pierres par quelques plans dont un qui joue sur la profondeur de champ et la découverte d'un fragment de frise en second plan entre deux colonnes. Tout cela pour tendre vers la chute : ce sont des faux – en fait des moulages des originaux. Cette révélation nous projette à Londres pour la deuxième partie du reportage.

Le reportage navigue entre Athènes et Londres, ponctué d'entretiens qui soulignent côté grec la brutalité et l'intransigeance britannique dans la gestion de cette affaire depuis le XIXe siècle. Ainsi l'archéologue grecque Fani Mallouchou-Tufano déplore « plus que l'enlèvement de la sculpture est la manière avec laquelle il a fait ça » et les dégradations occasionnées. C'est également un moyen de délégitimer le projet britannique en critiquant l'argument d'une meilleure conservation et d'un plus grand respect des œuvres au British Museum.

La deuxième partie du reportage s'emploie à montrer que les Grecs sont désormais prêts à accueillir les œuvres. Le musée du Parthénon révélé par le panoramique d'ensemble frappe par sa massivité dans le paysage athénien. Ensuite le reportage insiste par de nombreux plans et un luxe de détails sur la conception et la muséographie d'un lieu respectueux du site et du « contexte culturel et historique » signalé par son directeur Dimitrios Pandermalis. En face, la porte-parole du British Museum Hannah Boulton semble sur la défensive avec des arguments inverses de ceux des Grecs, revendiquant pour le musée britannique l'universalité des œuvres et leur « point de vue sur l'histoire de l'humanité » que cette institution saurait mieux mettre en valeur. Cette opposition est développée en plateau extérieur par le journaliste Franck Genauzeau qui rappelle qu'une jurisprudence en matière de possession d'oeuvres d'art inquiète tous les grands musées.

Selon Fani Mallouchou-Tufano, « tous les Grecs » rêvent de voir les frises revenir à Athènes. Le reportage se met de son côté et expose longuement leurs efforts pour recouvrer leur patrimoine. Le public du British Museum interrogé adopte le point de vue grec, à l'image de ce visiteur anglophone choisi sans doute parce qu'il dessine dans le musée, donc sait de quoi il parle quand il évoque la lumière qui est au cœur de la muséographie grecque. Il n'y a par contre pas de visiteur pour défendre la présence des frises dans le musée anglais.

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