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Christian Boltanski expose dans le cadre de Monumenta

Date de diffusion : 18 janv. 2010

Christian Boltanski réalise dans le cadre de l'événement Monumenta une installation au Grand Palais. Fruit de son histoire personnelle et de son rapport à l'histoire et à la Shoah, l'oeuvre met le public mal à l'aise et confirme l'importance du plasticien sur la scène artistique.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
26 nov. 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001520

Contexte historique

Par Alexandre Boza

Né en 1944, Christian Boltanski est l'un des plus importants artistes français contemporains. Il n'a pas suivi de formation artistique, mais depuis les années 1970 creuse un sillon très personnel dans l'art.

Son œuvre s'appuie sur une fascination pour ce qui constitue la mémoire et l'identité. Elle le place dans le groupe des inventeurs de « mythologies individuelles ». Ses premières œuvres sont ainsi des recompositions de sa propre enfance par la mise en scène d'éléments réels ou inventés. Fonctionnant par séries qui présentent des traces de vies, il dresse dans les Inventaires le portrait d'hommes et de femmes anonymes à partir d'objets qui leur auraient ou leur ont appartenu. Il propose des photos (Images modèles) et systématise sa démarche dans Reliquaires et Réserves.

Son obsession du temps, de la mort et de la mémoire s'exprime dans de grandes installations. Christian Boltanski s'y s'empare de drames historiques comme la Shoah, dont il retravaille les photos des victimes (Entre-temps, 2003), ou de la vie ordinaire et de ses traces (Personnes et Après, 2010). Le futur occupe une place croissante dans son œuvre, comme ses « archives du cœur » qu'accueille depuis juillet 2010 l'île de Teshima, dans la mer du Japon.

Cette dimension internationale conduit le ministère de la Culture et de la Communication, le Centre National des Arts Plastiques et la Réunion des Musées Nationaux-Grand Palais à inviter le plasticien à investir le Grand Palais avec une œuvre réalisée in situ dans le cadre de Monumenta. Cette exposition annuelle propose à un artiste français ou étranger de réaliser une œuvre monumentale pour occuper les 13 500 mètres carrés de la Nef du Grand Palais, haute de quarante-cinq mètres. Par son dispositif unique, Monumenta donne à la capitale française une grande visibilité internationale en matière de création contemporaine. Le Grand Palais en devient le centre car il accueille également la Foire Internationale d'Art Contemporain (FIAC) et la Triennale d'art contemporain (ex-Force de l'art) en 2006 et 2009.

Monumenta est confiée au peintre allemand Anselm Kiefer en 2007 (Chute d'étoiles), au sculpteur américain Richard Serra en 2008 (Promenade), à l'artiste britannique Anish Kapoor en 2011 (Leviathan), à l'artiste Daniel Buren en 2012 (Excentrique(s)). La manifestation, étalée sur cinq semaines, reçoit à chaque fois autour de 140 000 visiteurs, mais Anish Kapoor en attire près du double. Elle connaît une interruption en 2009 pour laisser la place à la triennale La force de l'art.

Éclairage média

Par Alexandre Boza

Christian Boltanski se déplace dans son immense installation visuelle et sonore. Soixante-neuf espaces carrés sont alignés sur trois rangées dans la nef du Grand Palais, révélés par un intéressant zoom arrière rapide qui en révèle l'ampleur. Chacun des espaces est recouvert de vêtements récupérés, de couleurs vives, posés au sol. Des haut-parleurs, un par carré, diffusent en même temps dans toute la nef l'enregistrement de cœur qui battent. L'ensemble donne un sentiment d'étrangeté. Au centre de la nef, une montagne de vêtements et un grappin monté sur une grue, « le doigt de Dieu », qui en soulève quelques-uns dans les airs avant de les rejeter. Sur un côté de la nef, des boîtes rouillées empilées semblent contenir des archives, des traces, mais on ne sait pas de quoi.

Le dispositif de Monumenta est mis en relation avec des images d'archives, d'autres œuvres qui révèlent un processus récurrent chez Christian Boltanski. Des objets de mémoire, affectifs (les photos) ou plus neutres (des boîtes, identifiées par des photos) sont disposés sur un mur ou dans un espace. Un bruit, comme un chuchotement dans le reportage, y ajoute une dimension humaine mais inquiétante.

Depuis des années, l'artiste enregistre dans le monde des battements de cœur tels ceux qui sont conservés sur l'île de Teshima. « Du côté des carrés et des battements de coeur, on est encore du côté de l'existence. La pyramide, c'est la mise à mort de masse » dit Boltanski. « Les vêtements, c'est un fripier qui les a fournis. Il les reprend après la fin de l'exposition. Beaucoup seront mis en pièces pour fabriquer du feutre d'isolation. Bien sûr, ça m'a fait penser au feutre fait avec les cheveux des morts dans les camps. J'ai vu chez lui une machine terrible qui déchiquette les vêtements. J'ai pensé un moment la mettre ici. Ce serait trop dur pour le visiteur. Mais l'idée demeure ».

L'oeuvre est autobiographique en apparence, comme toute l'oeuvre de Christian Boltanski qui signale que « quand on arrive à [son] âge, on est un peu comme sur un chemin avec des mines. Il y a ces amis qui sautent et puis soit on continue et on va peut-être sauter demain ». L'installation invite à partager une expérience commune et prend le visiteur à témoin. Mais si l'oeuvre évoque la famille de Boltanski et son « monde de survivants », Christiane Grenier qui est en une spécialiste rappelle qu'il dépasse cette dimension intime en faisant « très attention à l'ambiance, aussi bien sonore qu'au niveau de l'intensité de la lumière qu'au froid ou au chaud, donc à tout ce qui va pouvoir toucher le corps et l'émotion du spectateur ». Le public semble répondre à ce dispositif, comme cette femme qui trouve « impressionnants » les battements du cœur et qui résume son sentiment par « c'est pesant ».

L'artiste décide d'installer son œuvre Personnes au cœur de l'hiver, du 13 janvier au 21 février. Le choix de la période hivernale et de sa lumière plus mélancolique est un moyen de s'approprier le lieu car « être invité à exposer ici, c'est comme l'être à créer un opéra dont la musique serait déjà composée et dont il faut écrire le livret. Bien sûr, j'ai pris dans mon garde-manger d'idées, dans mon vocabulaire d'artiste. Mais il fallait trouver comment faire alliance avec le lieu » [entretien accordé au Monde, 10 janvier 2010].

Personnes n'est pas sans rappeler une autre oeuvre, Réserve Canada, réalisée en 1988, faite également de vêtements récupérés en référence au nom donné dans les camps aux baraques où étaient triés et stockés les effets des victimes des chambres à gaz. C'est la mise en scène d'une machine à tuer : la chute des vêtements évoque la chute des cadavres, « les vêtements c'est comme des humains », et l'installation est une métaphore de la Shoah, le stade industriel de la mise à mort dont les boîtes rouillées sont aussi la marque.

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