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Dali : l'ADN et l'acide désoxyribonucléique

Date de diffusion : 19 févr. 1978

Salvador Dali évoque son rapport à la science, notamment à l'ADN, comme source d'inspiration de son oeuvre. Il donne à la science une dimension poétique et la détourne à des fins plastiques. Il la met en scène et l'utilise au service de ses fantasmes et de la méthode « paranoïaque-critique ».

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
26 nov. 2013
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001537

Contexte historique

Par Alexandre Boza

Les artistes ne sont pas étrangers aux découvertes scientifiques de leur époque. Les avancées en matière d'optique influencent les travaux des impressionnistes, des post-impressionnistes comme des surréalistes. Mais Salvador Dali (1904-1989) fait de la science un élément essentiel de sa biographie, et son œuvre est largement autobiographique.

Surréaliste, Dali se passionne pour la psychanalyse. Il lit des manuels de psychologie, échange avec Sigmund Freud sur le sublime en juillet 1938, après avoir rencontré le psychanalyste français Jacques Lacan. L'art de Dalí oscille entre représentation clinique de la folie et manifestation de ses troubles intimes. Il développe dans les années 1930 sa méthode « paranoïaque-critique ». Il s'oppose à la passivité des hallucinations utilisées par les surréalistes et développe une « méthode spontanée de connaissance irrationnelle basée sur l'association interprétative-critique des phénomènes délirants » [Salvador Dali, La conquête de l'irrationnel, 1935], méthode qu'il présente à la Sorbonne en 1955. Il trouve ainsi le moyen plastique d'exploiter ses fantasmes paranoïaques en les mettant en scène.

Salvador Dali renouvelle son art en s'inspirant des découvertes scientifiques contemporaines sur la matière, les recherches en optique, en géométrie ou en biologie. Les montres molles des années 1930 incarnent ainsi pour lui la persistance de la mémoire, en relation avec l'idée d'Einstein de montres qui rendent compte de l'existence de l'espace-temps. Dans les années 1950, Il utilise le terme « méson pi » dans l'Ange pimésonique en référence aux particules élémentaires de l'atome théorisées en 1934 par le physicien japonais Hideki Yukawa. Il se passionne pour les promesses de la cryogénisation comme réponse à sa paranoïa, sa crainte de la mort et son désir d'éternité.

En 1965, Dali désigne la gare de Perpignan comme le centre de l'Univers au nom de la théorie de la relativité d'Einstein. Les câbles d'alimentation du tramway y forment une boucle qui sous la lumière du soleil couchant expriment le secret de l'Univers. Il le confie à l'écrivain Louis Pauwels : « Je vis dans sa réalité la géométrie riemannienne d'espace courbe. Je saisis avec tous mes organes qu'en relativité généralisée, tout ce qui vient de l'infini peut faire une boucle et arriver en gare de Perpignan. Je collaborai avec Einstein. Et j'eus une autre révélation. J'acquis la certitude que l'univers est limité, mais d'un seul côté » [1].

Il trouve ses sources dans des publications de vulgarisation scientifique dont il est fervent lecteur. Dès 1957, il commence à poétiser l'ADN en boules bleues et jaunes sous des nuages de Trinité de boules. Il fait sienne l'illustration de l'article « La structure moléculaire de l'acide nucléique » publié le 25 avril 1953 dans la revue Nature par James Watson et Francis Crick. Ils ont fait appel à Odile Crick pour représenter l'ADN sous la forme d'une double hélice. Cette représentation de l'invisible est un aspect de la relation entre science et art qu'explore Salvador Dali. Son œuvre est teintée d'un profond mysticisme car il cherche des ponts entre raison et imaginaire. Il recompose ainsi sa biographie au prisme de la « molécule de l'hérédité » comme dans les Acide désoxyribonucléique Arabes où les arabes sont autant de molécules dans une double hélice.

[1] Jean-Louis Ferrier (dit.), L'aventure de l'art au XXe siècle, Paris, Editions du Chêne, 1999, p. 620.

Éclairage média

Par Alexandre Boza

Salvador Dali bâtit de son vivant sa légende à coups d'interventions dans les médias. Il se définit à Alain Bosquet comme un « agent simulateur » qui ne sait pas lui-même quand il ment et quand il dit la vérité. Il reçoit dans son appartement parisien de l'Hôtel Meurice pour des entretiens télévisés, publie Comment on devient Salvador Dalí (1973), tourne dans des publicités, pose dans des tenues extravagantes et dans un décor surchargé pour la presse.

Il commence l'entretien par une « petite parenthèse à propos de la pensée humaine » et se lance avec vigueur dans une discussion sur la relativité et la thermodynamique, la distinction entre ADN et ARN. Il est assez peu question d'art et d'esthétique, et lors de l'entretien Dali aime utiliser des mots savants comme « acide désoxyribonucléique ». Il commet des erreurs en prononçant les termes et n'en fait pas toujours un usage très précis. Il leur donne ainsi une dimension poétique insoupçonnée. Il roule les "r" avec exagération, met les termes scientifique à équivalence avec des éléments biographique comme les comptines de sa grand-mère devenues discours poétique.

Dali n'est pas le seul à opérer ces rapprochements mais il le fait de manière très précoce. En 1963, Dali réalise Galacidalacidesoxyribonucleicacid, mélangeant le lait, le nom de sa femme et muse Gala ; le tableau pour la mention d'un hommage à « Watson et Cric » [sic]. Il rencontre Watson en 1965 et lui affirme que sa découverte de l'ADN prouve l'existence de Dieu : « l'acide désoxyribonucléique est la mémoire de Dieu, au service de chaque élément du monde ». C'est exactement le contraire de ce que pense le savant, mais cela ramène le monde aux dimensions et au sens que lui donne Dali.

Les images conjuguent créations daliniennes et représentations scientifiques sur fond de commentaire précis et docte exposant l'ADN. Elles insistent toutes sur les aspects graphiques des objets scientifiques, et la division des chromosomes devient un objet d'art cinétique. Les scientifiques sont tous extrêmement spécialisés et Dali a « la grande chance de ne connaître rien à la science », mais il préfère parler avec des savants plutôt qu'avec des artistes. Ce n'est pas tant le dialogue plastique qui l'intéresse que la réflexion sur ses obsessions.

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