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On purge bébé, de Feydeau [extrait]

Date de diffusion : 04 mars 1961

Adaptation de la pièce On purge bébé, de Feydeau, par Marcel Bluwal en 1961 : extrait des scènes 1 et 2, Les Hébrides.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Production :
INA
Page publiée le :
18 févr. 2014
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001565

Contexte historique

Par Alexandra Von Bomhard

Né en 1862, Georges Feydeau écrit dès son enfance des saynètes et des monologues. Monsieur chasse, Champignol malgré lui et Le Système Ribadier sont ses premières pièces. Il remet le vaudeville au goût du jour, maniant avec adresse les recettes qui avaient, avant lui, assuré le triomphe d'Eugène Labiche : rebondissements, confusions et péripéties font le succès d'Un fil à la patte (1894), du Dindon (1896) et de La Puce à l'oreille (1907). Si la vraisemblance n'est pas le souci de l'auteur, sa dramaturgie, elle, est d'une logique implacable. Feydeau abandonne par la suite ce genre, pour se concentrer sur la peinture au vitriol des caractères. Il réunit alors toute une série de pièces en un acte sous le titre, symptomatique de sa vision pessimiste des rapports conjugaux : Du mariage au divorce. Il s'agit de Feu la mère de Madame (1908), On purge bébé (1910), Mais n'te promène donc pas toute nue (1911), et Léonie est en avance (1911). Le comique de mots se double d'une satire de la vie domestique et de la médiocrité bourgeoise, particulièrement virulente. Mais la Première Guerre mondiale marque la fin de la carrière du dramaturge. Il est interné en 1919 pour troubles psychiques graves et meurt en 1921.

Quelques années après le vote de la loi sur le divorce, Feydeau écrit On purge bébé. Il est alors lui-même en pleine crise conjugale et quitte sa femme après 20 ans de vie commune. Ses dernières pièces portent la trace de ce vécu douloureux : le couple petit-bourgeois y est profondément malmené. On purge bébé plonge le spectateur dans l'intimité du ménage Follavoine, avec leur servante Rose et leur fils de sept ans, Toto. Follavoine, fabricant de porcelaines, attend avec anxiété la visite d'un invité important : Chouilloux, qui pourrait lui ouvrir le marché des pots de chambre de l'armée française. C'est sans compter l'inquiétude de Julie Follavoine devant le refus obstiné de son fils de se purger...

Éclairage média

Par Alexandra Von Bomhard

Marcel Bluwal a adapté à la télévision bon nombre de textes majeurs de notre patrimoine littéraire. Si Dom Juan, La Double Inconstance ou Les Misérables ont frappé les esprits par la lecture personnelle et innovante que le réalisateur proposait de ces oeuvres, force est de constater que certaines dramatiques ont été moins marquantes. On purge bébé, réalisé en 1961, est symptomatique de la fabrique de l'école des Buttes-Chaumont. Tournée en studio, l'adaptation de Bluwal est ici extrêmement fidèle au texte de Feydeau. Elle se déploie dans un décor bourgeois (le cabinet de travail de Follavoine), richement orné, saturé de meubles et de bibelots. Ce que l'espace gagne en réalisme, les corps des comédiens le perdent en lisibilité de mouvement. Par ailleurs, les contraintes techniques de la réalisation (la dramatique est tournée en direct) limitent l'expressivité de la caméra. C'est davantage le jeu des comédiens qui dynamise la scène que les choix de lumière ou de cadrage.

On assiste ici à une confrontation comique entre Follavoine (interprété par Jean Poiret) et sa femme, Julie (Jacqueline Maillan). Alors que le premier recherche désespérément les Iles Hébrides dans le dictionnaire, la seconde fait une entrée intempestive, posant son seau de toilette au milieu du cabinet de travail de son époux. L'irruption de la corporalité dans le cadre lisse et policé du salon bourgeois provoque une altercation entre la femme et le mari, rendue par un champ/contre-champ un peu mécanique. Les conditions de tournage ne permettent pas au réalisateur une grande fluidité dans le maniement de la caméra. Aussi les plans, généralement fixes, oscillent entre plans moyens, gros plans et plans d'ensemble ; mais les acteurs passent avec une grande maîtrise de l'exaspération à l'excitation. Par une interprétation juste et subtile, ils donnent vie à la scène de ménage et en garantissent la force comique.

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