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« Un balcon en forêt », de Julien Gracq [extrait]

« Un balcon en forêt », de Julien Gracq [extrait]

Date de diffusion : 10 avr. 1980

Adaptation du roman de Julien Gracq, Un balcon en forêt a été réalisé par Michel Mitrani en 1978. L'extrait proposé montre la première rencontre de Grange et de Mona dans la forêt.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Production :
INA
Page publiée le :
18 févr. 2014
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001593

Contexte historique

Par Alexandra Von Bomhard

Julien Gracq, de son vrai nom Louis Poirier, est né en 1910, de parents commerçants dans le Maine-et-Loire. Malgré la guerre, il vit une enfance heureuse, marquée par la lecture d'Hector Malot et de Jules Verne. Adolescent, il découvre Le Rouge et le Noir de Stendhal, qui le bouleverse profondément. Il fait des études de Lettres supérieures au lycée Henri IV (où il suit les cours de philosophie d'Alain), entre à l'École normale supérieure en 1930, est reçu à l'agrégation d'histoire-géographie en 1935. Sa vie se partage ensuite entre l'écriture et l'enseignement. Pour assurer une nette séparation entre ces deux activités, il choisit un pseudonyme littéraire dont les sonorités et les connotations lui plaisent. Le prénom est sans doute un hommage au héros stendhalien, Julien Sorel, tandis que le nom rappelle les Gracques de l'histoire romaine. Il écrit son premier roman en 1937 : Au château d'Argol, publié chez José Corti. Débute alors une fidèle collaboration entre l'auteur et l'éditeur. Malgré l'enthousiasme d'André Breton, cet ouvrage passe cependant presque inaperçu. En 1939, Julien Gracq est mobilisé, puis fait prisonnier dans un stalag en Silésie. C'est après la guerre que son œuvre prend son véritable essor. En marge des mouvements dominants de l'époque que furent l'existentialisme et le nouveau roman, elle s'impose comme l'une des plus singulières du XXe siècle. En 1945, Gracq publie Un beau ténébreux, puis un recueil de poèmes en prose, Liberté grande (1947), et un essai critique, André Breton, quelques aspects de l'écrivain (1948). Gracq refuse le prix Goncourt qui lui est décerné en 1951 pour Le Rivage des Syrtes. Il renonce par la suite de paraître à la télévision et s'oppose à ce que ses écrits soient publiés en collections de poche. Au grand public, il préfère le cercle restreint de lecteurs sincèrement touchés par l'émotion singulière de l'écrivain. En 1953, il rencontre la sociologue et poétesse Nora Mitrani, membre du groupe surréaliste et sœur du réalisateur Michel Mitrani, qui adapte, en 1978, Un balcon en forêt. À partir de La Presqu'île (1970), son œuvre s'oriente davantage vers l'écriture fragmentaire, alliant bribes autobiographiques, réflexions sur la littérature et notes géographiques. Il publie Lettrines (1967-1974), puis En lisant, en écrivant (en 1981). En 1989, Julien Gracq entre, de son vivant, dans la prestigieuse Bibliothèque de la Pléiade, reconnu comme un grand auteur par la critique et l'institution universitaire. Il meurt en 2007.

La critique a pu mettre en évidence une structure récurrente dans les romans de Julien Gracq : ceux-ci narreraient l'attente d'un événement de nature catastrophique, à l'orée duquel se conclurait le récit. Un balcon en forêt, publié en 1958, s'inscrit dans cette lignée, mais l'auteur en souligne la spécificité : Les premiers livres que j'ai écrits étaient des livres d'imagination, parce que je me plaçais en imagination dans cette situation qui permettait l'attente, mais, affirme-t-il, l'originalité du Balcon en forêt, c'est qu'il se déroule à un moment où l'histoire s'est faite un moment d'attente pure. En effet, le récit a lieu entre septembre 1939 et juin 1940, pendant cette drôle de guerre où les troupes françaises attendaient, des mois durant, l'attaque ennemie....

Éclairage média

Par Alexandra Von Bomhard

Michel Mitrani est un acteur, scénariste et réalisateur français, d'origine bulgare, né en 1930 et mort en 1996. Il débute au cinéma comme assistant, puis travaille chez Argos Film, une société de production qui fut l'un des ateliers les plus féconds du documentaire français, avec Agnès Varda, Chris Marker, Jean Rouch. Mitrani est cependant très vite attiré par la télévision, qui en est alors à ses balbutiements. Il commence par réaliser des reportages, des documentaires et des essais, puis s'adonne à l'adaptation de textes littéraires. Si l'on excepte L'École des maris, de Molière, et Bajazet, de Racine, réalisés en 1958 et 1967, on note que le metteur en scène s'est toujours intéressé à des œuvres contemporaines qui témoignent d'une profonde angoisse existentielle. Il adapte, entre autres, Beckett, Duras, Sartre, Ionesco et Gracq. C'est en 1978 qu'il réalise Un balcon en forêt, que certains reconnaissent comme l'une de ses œuvres majeures. Le philosophe François Châtelet écrit en ce sens : De l'admirable récit de Julien Gracq, Michel Mitrani a fait un film, fidèle sans aucun doute et au plus près. Mais profondément différent, parce que le cinéma n'est pas la littérature, parce que Mitrani n'est pas Gracq... Il crée l'atmosphère pesante d'une situation fausse... Jamais la maîtrise de Mitrani, faite d'imagination, sensible et précise, du sentiment exact de la durée, de la compréhension, du fait que les images ont moins un sens qu'un poids et une tonalité vécue, n'a été aussi grande (François Châtelet, cité par Christian Bosséno, 200 téléastes français, CinémAction, Editions Charles Corlet, 1989, p. 210).

Un balcon en forêt se déroule pendant la drôle de guerre. Le lieutenant Grange, interprété par Humbert Balsan, est affecté au commandement d'une maison forte, sur le front des Ardennes. Il est chargé d'observer les Allemands afin de prévenir une éventuelle attaque ennemie. Débute alors une longue attente, hors du temps et hors du monde, brièvement interrompue par sa rencontre avec Mona (Aïna Wallé) qui deviendra sa compagne. C'est dans la forêt que se déroule la première rencontre de Grange et de Mona. Cet espace lisière est un lieu ambigu, caractéristique de l'univers de Julien Gracq. Cet entre-deux spatial et temporel, à la fois clos et frontalier (Hubert Haddad, Julien Gracq, La Forme d'une vie, Zulma, 2004, p. 184), est comparable à la forteresse du Rivage des Syrtes ou à l'hôtel du Beau ténébreux. Fidèle en cela au roman originel, l'adaptation de Mitrani donne l'impression que Mona émane de la forêt. Elle en est un prolongement mystérieux, oscillant entre la spontanéité de l'enfance (par sa silhouette, ses bottes en caoutchouc ou ses mouvements juvéniles – elle joue à la marelle dans les flaques d'eau) et la séduction assumée (Mona baise la main du soldat). Les plans d'ensemble plongent le spectateur dans une forêt humide, brumeuse, presque sensuelle. La puissance symbolique de la forêt fait aussi ressurgir l'univers des contes. Avec son capuchon, Mona ne peut manquer de nous rappeler le Petit Chaperon rouge, à ceci près que sa pèlerine, noire, couleur de deuil (Mona est une jeune veuve), rappelle subrepticement que l'expérience de l'amour à venir est indissociable de la mort.

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