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La langue poétique selon Valère Novarina

Date de diffusion : 24 juil. 1989

A l'occasion de la représentation de sa pièce Vous qui habitez le temps au Festival d'Avignon (1989), le dramaturge Valère Novarina revient sur la spécificité du langage poétique.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
18 févr. 2014
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001599

Contexte historique

Par Alexandra Von Bomhard

Ecrivain, dramaturge, metteur en scène et peintre, Valère Novarina est né en 1947, près de Genève, d'un père architecte et d'une mère comédienne. Il grandit en Savoie, à Thonon, puis étudie la philosophie et la philologie à la Sorbonne. Il rédige ensuite un mémoire sur Artaud, Antonin Artaud, théoricien du théâtre. L'Atelier volant, sa première pièce, est mise en scène par Jean-Pierre Sarrazac en 1974. Tenu éloigné des répétitions, il écrit, à l'intention des comédiens qui vont créer la pièce, la Lettre aux acteurs, dans laquelle il revient sur sa conception du jeu. Le Babil des classes dangereuses, qu'il rédige à la même époque, est refusé par tous les éditeurs, jusqu'à ce qu'il soit publié en 1978 par Christian Bourgois. En 1984, Paul Otchakovsky-Laurens publie Le Drame de la vie, «un poème comique où 2587 personnages entrent et sortent». Il devient l'éditeur régulier du dramaturge et fait paraître, entre autres, Le Discours aux animaux, Le Théâtre des paroles, Vous qui habitez le temps, L'Espace furieux, L'Acte inconnu, Le Vrai Sang... Valère Novarina met en scène plusieurs de ses textes. Il est aussi peintre et dessinateur. Après s'être livré à des performances qu'il nomme des «actions de dessin», il peint souvent les toiles de ses décors.

Vous qui habitez le temps est publié chez POL en 1989, et créé la même année à Avignon, dans la salle Benoît XII. Le titre de cette pièce est issu d'un psaume, qui, traduit de manière littéraire, serait «Vous qui êtes debout dans le suspens». C'est dire que le déséquilibre est au coeur du spectacle. Et de fait, Valère Novarina rompt, dans son théâtre, avec tout souci de narration. Le spectacle propose cinq scènes d'exposition successives, un entracte visible, et huit scènes de dénouement. Il s'articule autour de la circulation des personnages, qui n'ont pas d'identité sociale ou psychologique. Ceux-ci naissent en effet de la parole qu'ils émettent.

Éclairage média

Par Alexandra Von Bomhard

Cet entretien de Valère Novarina est extrait de l'émission Océaniques du 24 juillet 1989, intitulée « Avignon 1989 » et consacrée à la 43ème édition du Festival. Ce programme, diffusé trois fois par semaine sur France 3 de 1987 à 1992, proposait des sujets culturels. Lancé par Yves Jaigu, il est symptomatique du souci de la chaîne régionale d'apparaître comme une chaîne différente avec une dimension culturelle. Le passage consacré à Vous qui habitez le temps fait alterner des extraits de la pièce, interprétée par Laurence Mayor, et des temps de parole du dramaturge. La présence du journaliste est extrêmement discrète. Ses questions ont été effacées, ses seules interventions visent à relancer le discours de Valère Novarina pour l'amener à préciser sa pensée. L'idée est de plonger dans l'univers de l'écrivain, de comprendre sa conception du langage et de la création théâtrale.

L'auteur s'exprime devant le plateau où est jouée sa pièce. On reconnaît, en arrière plan, les toiles peintes du spectacle. Il s'agit d'anciens décors donnés au dramaturge par les théâtres municipaux de Sète et de Dijon. Valère Novarina a peint en surimpression ces décors, ou parfois leurs châssis. Il l'a fait de manière spontanée, dans l'urgence, quelques semaines avant la première, sans réfléchir de manière préalable à une scénographie bien organisée. Il a une conception très organique de la peinture, qui rejoint sa vision du langage et du jeu de l'acteur. Selon lui, les toiles peintes sont là pour donner de l'énergie au comédien. La peinture fait voir le langage sur la scène : «Les acteurs sont des peintres. Et les peintres entrent en scène : ils nous capturent et ils nous délivrent eux aussi par la respiration » (Devant la parole, Valère Novarina).

Mais c'est sur la poésie que Novarina s'exprime dans cet extrait. Après avoir regretté la pauvreté du mot poésie en français, il dit préférer le terme allemand, Dichtung, qui suggère que le langage poétique est ce langage dense, épais, condensé. Le poète est un « denseur ». L'idée n'est pas nouvelle. Elle rappelle les développements de Mallarmé et de Valéry opposant le langage informatif, véhiculaire, marqué par l'arbitraire du signe, au langage poétique, qui lui, vise à pallier l'arbitraire en redonnant aux mots leur nécessité. Pour ces poètes, comme pour Novarina, il y a deux utilisations de la langue : l'une, utilitaire, permet de communiquer; l'autre, est poétique. Mais pour Novarina, l'usage poétique de la langue est fondamentalement dramatique. Il y a un drame de la parole, les mots portent en eux un conflit, et c'est ce drame du langage que le metteur en scène cherche à donner à voir et à entendre dans ses pièces.

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