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La Libye se révolte contre le colonel Kadhafi

Date de diffusion : 22 févr. 2011

La Cyrénaïque, grande région à l'Est de la Libye, a commencé le soulèvement contre le régime du colonel Kadhafi. Benghazi et Tobrouk, les deux grandes villes de la région sont aux mains des insurgés qui réclament l'aide des autorités internationales pour arrêter le dictateur libyen qui contrôle encore une grande partie du pays.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
28 oct. 2014
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001655

Contexte historique

Par Claude Robinot

Depuis le coup d'Etat de Mouammar Kadhafi en 1969, la Lybie est devenue une république qui portera plus tard le nom de « Jamahyria » (Etat du peuple). L'ambitieux colonel se proclame guide de la révolution et mène une politique panarabe et expansionniste qui le conduit à se confronter à ses voisins arabes et africains. La rente pétrolière confisquée par le régime sert à acheter le soutien des principales tribus du pays et une relative paix sociale. La politique étrangère agressive du dirigeant libyen se traduit par l'hostilité des puissances occidentales et sa mise au ban des nations. Toutefois, après 2001, le renoncement de Kadhafi aux actions terroristes et son hostilité aux mouvements islamiques en font un allié fréquentable des occidentaux. Il est reçu en France en 2007 par Nicolas Sarkozy (voir La visite de Kadhafi à Paris).

La Libye, encadrée par l'Egypte à l'Est et par la Tunisie à l'ouest, ne pouvait pas rester indifférente aux brusques changements de régime que ses voisins venaient de connaître. Trois jours après la démission de Moubarak, l'arrestation à Benghazi, deuxième ville du pays, d'un militant des droits de l'Homme provoque des émeutes en Cyrénaïque. Dans cette grande région orientale proche de l'Egypte, les tribus sont traditionnellement hostiles à Kadhafi qu'elles accusent de les avoir délaissées et défavorisées au profit des habitants de la partie occidentale du pays. Le 17 février 2011, sur le modèle de l'Egypte, les réseaux sociaux appellent à « un jour de colère ». La protestation se transforme vite en soulèvement dans la plupart des villes de Cyrénaïque. Après Benghazi, Tobrouk passe à l'insurrection le 22 février. Des manifestations ont même lieu dans certains quartiers de la capitale. Dans les régions libérées, l'ancien drapeau libyen, vert rouge et noir, interdit depuis 1969 est rétabli. Les opposants organisés en milices prennent les armes. On y trouve des groupes islamistes des forces tribales et des opposants politiques. Le 27 février, à Benghazi un Conseil National de Transition essaye de donner une représentation politique à cette effervescence.

Furieux, le colonel Kadhafi accuse Ben Laden de soutenir les insurgés et il lance son armée et ses blindés à la reconquête de la Cyrénaïque. C'est une véritable guerre civile qui commence.

Très rapidement la communauté internationale met en garde Mouammar Kadhafi. Une résolution de l'ONU condamne par avance d'éventuels « crimes contre l'humanité ».

Ces menaces sont très vite mises à exécution. Le 17 mars 2011, sous l'action conjointe de la France et de la Grande-Bretagne, avec le soutien ou l'acquiescement des autres membres, le conseil de sécurité interdit à Kadhafi l'usage de l'aviation. Quelques jours plus tard, les franco-britanniques bombardent l'armée libyenne et empêchent la reconquête de Benghazi.

Le sort du dictateur et de son régime est scellé. Les occidentaux reconnaissent le CNT comme seul représentant du peuple libyen. L'aviation de l'OTAN apporte une aide décisive aux troupes insurgées qui progressent vers l'ouest. En mai 2011, c'est la ville de Misrata qui est libérée. Tripoli tombe aux mains des insurgés le 23 août 2011. Le dictateur qui avait refusé de quitter le pouvoir est en fuite, sa famille s'est réfugiée à l'étranger. Il est tué en tentant de fuir la ville de Syrte, le 20 octobre 2011, après 42 ans de règne sans partage.

Le CNT s'est installé à Tripoli dès le 14 septembre, pour préparer l'avenir de la Lybie. Le lendemain, Nicolas Sarkozy et David Cameron ont été acclamés en libérateurs à Benghazi.

Éclairage média

Par Claude Robinot

Marie Drucker, présentatrice du 20 heures de France 2, l'annonce avec fierté dans son lancement « un reportage exclusif de Martine Laroche-Joubert... ». Il n'est pas facile de filmer en Lybie, autrement qu'avec l'assentiment et le contrôle des autorités. La partie orientale du pays de Kadhafi est en révolte depuis le 17 février, contrecoup inévitable des soubresauts qui touchent ses voisins. Benghazi est passée aux mains des insurgés, puis Tobrouk qui se trouve à moins de 100 kms de la frontière avec l'Egypte de l'après Moubarak. L'équipe des journalistes de France Télévision avec la reporter expérimentée Martine Laroche-Joubert profite de cette situation pour couvrir les événements en se rendant en taxi dans Tobrouk libéré. Un nom évocateur pour le public français !

Le parcours entre la frontière et la ville est soigneusement mis scène pour montrer la joie d'une région qui goûte ses premières heures de liberté. Le chauffeur explique que la région s'administre elle-même, ce qui n'apprend pas grand-chose sur ces hommes en armes qui saluent l'équipe de reporters. Entre autres symboles de victoire et de changement de régime, on montre la restauration de l'ancien drapeau libyen vert-noir-rouge du temps de la monarchie, remplacé en 1969 par le drapeau vert de la Jamahiriya kadhafienne. De même, les habitants déchirent devant les caméras leurs passeports verts. La foule qui manifeste sur la place centrale de la ville pour les journalistes est essentiellement masculine brandissant quelques pancartes rédigées en arabe. Quelques hommes armés de kalachnikovs encadrent la foule. Il s'agit probablement de miliciens, on sait que dans les jours qui ont précédé, la foule a pillé les casernes et brûlé les bâtiments officiels de l'ancien régime. Toute la Cyrénaïque a basculé du côté de l'insurrection mais Kadhafi est encore puissant et son armée dispose d'un armement lourd. Pour les insurgés, accueillir une équipe de télévision est un moyen de populariser leur combat et de faire appel aux puissances internationales hostiles au dictateur de Tripoli.

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