31 juillet 1914 : Jaurès était assassiné

31 juillet 1914 : Jaurès était assassiné

Date de diffusion : 08 août 1946 | Date d'évènement : 31 juil. 1914

A l'occasion du 32ème anniversaire de l'assassinat de Jaurès au café du Croissant le 31 juillet 1914, les Actualités françaises commémorent la mémoire de celui qui a incarné le « visage même de la cause des humbles » et a tenté jusqu'au bout d'éviter qu'une guerre n'éclate en Europe en se rendant quelques jours avant sa mort à Berlin pour mobiliser les sociaux-démocrates allemands en faveur de la paix.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Les Actualités françaises
Date de l'évènement :
31 juil. 1914
Production :
INA
Page publiée le :
05 nov. 2014
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001688

Contexte historique

Par Fabrice Grenard

Jean Jaurès constitue une figure incontournable du mouvement ouvrier, du socialisme, mais aussi du pacifisme au cours du XXe siècle, comme le montre ce reportage des Actualités françaises réalisé à l'occasion du trente-deuxième anniversaire de son assassinat à Paris, le 31 juillet 1914. Cet assassinat a indéniablement contribué à ériger ce leader socialiste au rang de symbole.

Converti au socialisme en 1892, à l'occasion de la grande grève des mineurs de Carmaux, élu à plusieurs reprises député du Tarn et orateur important au Parlement, fondateur du journal L'Humanité en 1904 et principal acteur de l'unification du mouvement socialiste en France avec la création de la Section française de l'Internationale socialiste (SFIO) en 1905, Jean Jaurès est un homme politique de premier plan à l'approche de 1914.

Après l'attentat de Sarajevo du 28 juin 1914, plongeant toute l'Europe dans une importante crise diplomatique, il tente de mettre tout en œuvre pour empêcher l'inéluctable, que ce soit dans les articles publiés dans L'Humanité, dans ses interventions au Bureau socialiste international ou même dans l'organisation d'un voyage à Berlin. Le 29 juillet 1914, Jaurès est acclamé en compagnie de Rosa Luxembourg lors d'un meeting au cirque royal de Berlin. Il rappelle notamment le mot d'ordre de grève générale décidé par l'Internationale ouvrière en cas de déclenchement de la guerre. Bien qu'il apparaisse comme la cible principale des milieux nationalistes et de la presse de droite et d'extrême-droite (le 18 juillet 1914, Le Temps l'accuse de « vouloir désarmer la nation au moment où elle est en péril »), le pacifisme de Jaurès ne s'en accompagne pas moins d'une attitude patriotique, comme le prouve son ouvrage sur L'Armée nouvelle, dans lequel il préconise la constitution d'une armée populaire qui serait à ses yeux la meilleure arme pour défendre la patrie.

Le 30 juillet 1914, alors qu'il rentre de Berlin, Jaurès apprend la mobilisation de la Russie. Toute la presse française voit « l'Europe au bord du gouffre » en raison des alliances militaires passées entre les principales puissances depuis la fin du XIXe siècle (Triple alliance contre Triple entente). L'Autriche a décidé de mobilisé à son tour, tandis que l'Allemagne a proclamé « l'état de menace de guerre ». Le soir du 31 juillet, Jaurès retrouve plusieurs de ses collaborateurs au café du Croissant, rue Montmartre, pour préparer l'édition de L'Humanité du lendemain, qui doit appeler à s'opposer à la guerre. A 21h40, un jeune nationaliste proche de l'Action française, Raoul Villain, qui l'observait depuis la rue, tire deux coups de feu sur le leader socialiste.

La mort de Jaurès eut un retentissement considérable, constituant, selon la formule de Jean-Jacques Becker, « le symbole de l'échec de l'opposition à la guerre ». Son assassin déclare avoir agi pour « supprimer un ennemi de son pays ». Si l'acte semble bien être isolé, Raoul Villain n'en a pas moins été influencé par la presse nationaliste qui ne cessait de s'attaquer à Jaurès depuis plusieurs mois, dénonçant son internationalisme. L'expression « Ils ont tué Jaurès » symbolisera d'ailleurs ce sentiment à gauche que le leader socialiste constituait une cible à abattre pour tous les partisans de la guerre. De façon quelque peu paradoxale pourtant, là où le gouvernement semblait craindre que l'assassinat du leader socialiste ne déclenche d'importantes manifestations, voire des grèves spontanées (deux régiments de cuirassiers sont retenus dans la capitale pour faire face à d'éventuels désordres), la disparition de Jaurès accélère en réalité le ralliement de la gauche à l'Union sacrée. Aucune grève, aucune manifestation ne viendront ainsi perturber la mobilisation et l'entrée en guerre de la France les 1er et 2 août 1914. Les socialistes se rallient à l'idée que la France est victime d'une agression de la part de l'Allemagne et qu'il est légitime de défendre la patrie menacée.

Éclairage média

Par Fabrice Grenard

Ce reportage diffusé aux Actualités françaises en août 1946 peut-être utilisé de deux façons différentes. A l'occasion du 32ème anniversaire de la mort du leader socialiste et militant pacifiste, il permet de revenir sur les moments forts de sa carrière, de son rôle lors de la grève des mineur de Carmaux jusqu'à son combat contre la guerre, en évoquant également les principaux journaux auxquels il a collaboré ainsi que quelques-unes de ses œuvres les plus importantes (L'Armée Nouvelle, L'Action socialiste). Le reportage montre comment son assassinat a fait de Jaurès un véritable symbole, expliquant le transfert de ses cendres au Panthéon, décidé en 1924 par le Cartel des Gauches. Il est important également de voir comment le commentaire s'efforce de montrer combien la personnalité de Jaurès a pu apparaître comme œcuménique, dépassant les frontières mêmes de la gauche socialiste, ce que montre le passage sur ses obsèques et l'évocation de personnalités venues lui rendre hommage, qui appartiennent à des sensibilités politiques diverses (Louis Barthou - centre droit -, Paul Boncour - socialiste indépendant - l'écrivain Anatole France).

Mais la date de diffusion de ce reportage (août 1946) est également un élément important à prendre en compte pour en comprendre la tonalité et le sens. Le contexte explique largement pourquoi la figure de Jaurès est réactivée comme symbole à ce moment précis, à la fois en raison de son positionnement pacifiste (au sortir d'une Seconde Guerre mondiale plus terrible encore que la Première, plus personne ne veut entendre parler de nouvelles guerres et le monde s'accroche à l'idée que de tels conflits soient à jamais bannis, grâce à l'institution de l'ONU) mais aussi parce qu'il s'est toujours battu pour une société plus juste et incarne une référence pour la gauche française, qui apparaît largement majoritaire depuis la Libération dans le cadre du « tripartisme » et s'efforce de mettre en place une partie des réformes structurelles (sécurité sociale, nationalisations) élaborées dans le cadre du Conseil national de la Résistance (CNR).

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