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Les cérémonies du 90e anniversaire de l'armistice, un tournant

Les cérémonies du 90e anniversaire de l'armistice, un tournant

Date de diffusion : 11 nov. 2008

A l'occasion de la commémoration du 90e anniversaire du 11 novembre 1918, d'importantes cérémonies se déroulent à la nécropole de Douaumont, haut lieu de mémoire du sacrifice des soldats. En présence du prince Charles et des représentants de plusieurs pays européens, le Président Sarkozy prononce un discours dans lequel il associe à l'hommage rendu aux soldats ceux qui ont été fusillés.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
05 nov. 2014
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001694

Contexte historique

Par Fabrice Grenard

Les commémorations du 11 novembre 1918 ont toujours occupé une place à part dans la politique mémorielle en France, avec une dimension à la fois patriotique (la victoire de la France face à l'Allemagne) mais aussi pacifiste (en rappelant l'ampleur sans égale du sacrifice des soldats). Avec le temps, cette dernière dimension n'a cessé de l'emporter, le 11 novembre apparaissant comme un moment de recueillement avec l'objectif d'empêcher que de telles hécatombes puissent se reproduire.

Les cérémonies du 90e anniversaire de l'armistice constituaient un tournant inévitable car pour la première fois, la commémoration du 11 novembre se déroulait sans la présence des derniers combattants. Le dernier poilu, Lazare Ponticelli, venait de décéder quelques mois plus tôt. La disparition des derniers acteurs de ce conflit et le fait que le souvenir de la Grande Guerre s'efface inexorablement avec le temps dans l'esprit des nouvelles générations, faisait de ce 90e anniversaire un enjeu important. Les choix effectués par le Président de la République, Nicolas Sarkozy, s'inscrivent dans ce contexte particulier. Ils marquent un tournant dans l'histoire des commémorations du 11 novembre 1918.

En invitant les représentants des principaux pays européens à participer à cette cérémonie, Nicolas Sarkozy inscrivait le 11 novembre dans une dimension européenne, afin de rappeler que le principal acquis de la construction européenne restait d'abord la paix. Le Président de la République décidait également dans son discours d'insister sur le sacrifice des soldats, ce qui l'amena à rendre hommage aux soldats « fusillés pour l'exemple », alors qu'il avait critiqué dix ans plus tôt, lors du 80e anniversaire de l'armistice, les propos de Lionel Jospin allant dans le même sens. Tout en les réintégrant dans la mémoire collective, Nicolas Sarkozy n'allait toutefois pas jusqu'à prononcer le mot de réhabilitation. Contrairement à ce qui a pu se passer dans d'autres pays (en Grande-Bretagne en 2006 notamment), les mutins français n'ont donc à ce jour pas fait l'objet d'une réhabilitation collective. Mais le discours de Nicolas Sarkozy sur des mutins « qui ne s'étaient pas déshonorés, n'avaient pas été des lâches, mais étaient simplement allés jusqu'à l'extrême limite de leurs forces » montrait qu'en dix ans, depuis les réactions provoquées à droite par le discours de Jospin à Craonne, les querelles s'étaient apaisées. Le Président de la République adoptait enfin une décision particulièrement symbolique en faisant le choix dans son discours de rendre hommage à l'occasion de la commémoration du 11 novembre 1918 à tous les soldats qui sont tombés pour la France. Cette décision a été particulièrement critiquée sur le moment. Elle apparaît pourtant comme une façon indispensable de faire évoluer des cérémonies du 11 novembre qui ne peuvent plus avoir le même sens au XXIe siècle qu'au siècle passé. Désormais, le 11 novembre devient « la date de commémoration de la Grande Guerre » mais aussi de « tous les morts pour la France ».

Éclairage média

Par Fabrice Grenard

Les images de la cérémonie organisée au pied de l'ossuaire de Douaumont montrent clairement que le choix de ce lieu pour célébrer le 90e anniversaire du 11 novembre s'inscrivait dans une double logique. La première est plutôt géographique : l'ossuaire est imposant et offre un cadre exceptionnel pour le déroulement des cérémonies. Il permet indéniablement de leur donner un caractère de grandeur et de gravité supplémentaire, plus fort encore que l'arc de triomphe à Paris et la tombe du soldat inconnu, où se déroulent habituellement les cérémonies du 11 novembre.

La seconde est plus symbolique : le monument rappelle à la fois la violence de la bataille de Verdun et le sacrifice des soldats de chaque camp, puisqu'il renferme les ossements de soldats français mais aussi allemands (130 000 au total) qui n'ont pu être authentifiés. Il convenait donc parfaitement au sens que voulait donner Nicolas Sarkozy à cette cérémonie, à savoir rendre hommage au sacrifice des soldats tout en donnant une dimension européenne à l'évènement. Une invitation avait d'ailleurs été lancée à la chancelière allemande Angela Merkel, qui n'est finalement pas venue, évoquant des problèmes d'agenda. Mais l'on remarquera sur les images la présence de nombreux chefs d'Etat européens, comme le prince Charles, ou encore le président de la Commission européenne. Plusieurs personnalités participant à la cérémonie (notamment le Premier ministre français François Fillon ou l'épouse du Président Sarkozy) portent à leur veste un bleuet, qui a toujours constitué en France le symbole du 11 novembre en rappelant le sacrifice des soldats. La place occupée par les enfants dans cette cérémonie officielle (une jeune fille lit notamment la lettre d'un soldat envoyée à son épouse le jour de l'armistice) est enfin tout à fait symbolique de la nécessité de transmettre le souvenir de cette guerre aux générations futures, alors que les derniers « poilus » ont désormais disparu.

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