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Visite du président allemand Joachim Gauck à Oradour-sur-Glane

Date de diffusion : 04 sept. 2013

Le 4 septembre 2013, les présidents allemand Joachim Gauck et français François Hollande commémorent le massacre perpétré par des SS à Oradour-sur-Glane le 10 juin 1944. Ils se recueillent dans l’église aux côtés d’un rescapé avant de déposer des gerbes devant le mémorial et de prononcer des discours.

Niveaux et disciplines

Informations et crédits

Type de ressource :
Forme :
Collection :
Production :
INA
Page publiée le :
10 juin 2016
Modifiée le :
19 sept. 2022
Référence :
00000001811

Contexte historique

Par Christophe Gracieux

Le 4 septembre 2013, les présidents français François Hollande et allemand Joachim Gauck participent à une cérémonie commémorative à Oradour-sur-Glane. Cette cérémonie est organisée en souvenir des victimes du massacre commis par des soldats SS le 10 juin 1944, quatre jours après le débarquement allié en Normandie. La veille, la division Waffen SS Das Reich, qui remontait de Toulouse vers le front normand, avait pendu 99 otages à Tulle, en Corrèze. Le lendemain, 150 soldats de cette division investissent Oradour-sur-Glane, village de la Haute-Vienne situé au nord-ouest de Limoges, afin d’y mener une nouvelle action de représailles contre les attaques des résistants. Ils regroupent les habitants avant de séparer les hommes des femmes et des enfants. Les premiers sont exécutés dans différents lieux tels que des granges. Les femmes et les enfants, enfermés dans l’église à laquelle les SS mettent le feu, meurent asphyxiés. Tout le village est ensuite incendié afin d'empêcher l’identification des victimes. 

642 habitants dont 217 enfants périssent dans ce massacre méthodique, le plus important commis par les nazis sur le territoire français. Oradour-sur-Glane devient un symbole des atrocités nazies commises contre les civils. Dès la fin du conflit, les ruines du village martyr sont classées monument historique. Puis en janvier 1953 21 soldats SS, dont 13 Alsaciens "malgré-nous" incorporés de force dans l'armée allemande, sont jugés par le tribunal militaire de Bordeaux. Deux accusés sont condamnés à mort, peine ensuite commuée en réclusion perpétuelle, les autres aux travaux forcés ou à la prison. Une loi adoptée à l'initiative de députés alsaciens le 19 février 1953 amnistie cependant les "malgré-nous". Cette loi suscite une vague d'indignation dans le Limousin : la population et les anciens résistants y voient une atteinte à la mémoire des victimes. Les décorations remises au village martyr sont rendues, la liste des députés ayant voté l’amnistie affichée près des ruines. Les représentants de l’État se voient même interdits de participer aux cérémonies commémorant le massacre jusqu’en 1974, hormis le général de Gaulle en 1962 en raison de son rôle durant le conflit. François Mitterrand est ainsi le premier président de la République à retourner à Oradour en 1982. Par la suite, en 1999, Jacques Chirac y inaugure un Centre de la mémoire.

La venue du président de la République fédérale d’Allemagne Joachim Gauck au côté de son homologue français François Hollande à Oradour le 4 septembre 2013 représente donc un symbole très fort. Pour la première fois, un responsable politique allemand de premier plan se rend dans le village martyr. Les deux présidents commémorent ensemble le massacre en se rendant dans l’église en ruines. Là, ils se recueillent devant l’autel en se tenant la main, puis écoutent un survivant, Robert Hébras, leur faire le récit du massacre. Ils visitent ensuite le village et prononcent un discours. La présence de Joachim Gauck à Oradour-sur-Glane constitue un nouveau jalon de la réconciliation franco-allemande qui s’inscrit notamment dans la continuité de la visite conjointe de François Mitterrand et d’Helmut Kohl à Verdun le 22 septembre 1984 (voir Cérémonies franco-allemandes à Verdun).

Éclairage média

Par Christophe Gracieux

Placé en ouverture du journal télévisé du soir de France 3 le 4 septembre 2013, ce reportage est consacré à la visite d’Oradour-sur-Glane par le président de la République fédérale d’Allemagne Joachim Gauck et le président de la République française François Hollande qui s’est déroulée le jour même. Il s’agit d’un sujet institutionnel qui vise à retracer cette visite présidentielle, même si le témoignage d’un rescapé présent dans le public est également intégré. Le sujet donne ainsi à voir les différentes étapes de cette visite historique, en suivant l’itinéraire des deux présidents : leur visite des ruines de l’église d’Oradour-sur-Glane accompagnés d’un survivant, puis celle des décombres du village martyr, leur dépôt de gerbes au pied du mémorial des victimes et leurs discours. Les plans des ruines de l’église et du village rendent concrètes les atrocités du 10 juin 1944.

Une large place est faite dans le sujet aux deux discours. Dans les extraits de ceux-ci qui ont été sélectionnés, les préoccupations des deux chefs d’Etat apparaissent différentes. Joachim Gauck fait uniquement référence au crime commis par les SS à Oradour-sur-Glane, ce qui renvoie au devoir de mémoire des Allemands à l’égard des atrocités nazies. François Hollande rattache quant à lui ce massacre à une actualité immédiate. En évoquant les « bourreaux d’aujourd’hui », il fait une allusion implicite aux massacres commis au même moment en Syrie par l’armée de Bachar El-Assad. De fait, deux semaines auparavant, le 21 août 2013, une attaque au gaz chimique a eu lieu dans les faubourgs de Damas. François Hollande plaide alors auprès de la communauté internationale en faveur d’une intervention en Syrie contre le régime de Bachar El-Assad au nom des crimes que celui-ci commet contre sa population.

Cependant, c’est avant tout sous le signe de la réconciliation entre la France et l’Allemagne que se place ce reportage. La venue d’un président allemand à Oradour-sur-Glane, la première d’un responsable politique allemand de premier plan, est présentée comme un jalon supplémentaire dans l’histoire du rapprochement entre les deux anciens ennemis. Le sujet est lui-même sous-titré « Nouvelle page de la réconciliation franco-allemande ». La présentatrice du Grand Soir 3 Patricia Loison, comme le journaliste, y font explicitement référence dans leurs commentaires. Les images des deux présidents, le visage grave, tenant la main d’un rescapé dans l’église d’Oradour en ruines puis se recueillant ensemble devant le mémorial des victimes et se donnant ensuite une longue accolade prennent place dans la galerie des gestes hautement symboliques entre dirigeants français et allemands. Le commentaire les rapproche précisément de la célèbre poignée de main entre Helmut Kohl et François Mitterrand à Verdun le 22 septembre 1984, devenue l’icône de la réconciliation franco-allemande. On peut également penser à la visite du chancelier allemand Konrad Adenauer au général de Gaulle à Colombey-les-Deux-Églises en 1958 ou à la signature du traité de l’Élysée en 1963.

En revanche, le reportage passe entièrement sous silence la question des « malgré-nous » qui occupa pourtant une place essentielle dans la mémoire du massacre d’Oradour-sur-Glane. Le commentaire ne fait aucune allusion à ces Français d’Alsace-Moselle incorporés de force dans l’armée allemande dont certains ont pris part à la tuerie du 10 juin 1944. L’extrait du discours de François Hollande qui y faisait explicitement référence (« Il a fallu des décennies pour que soit reconnu le drame des incorporés de force et que le Limousin et l’Alsace fassent la paix des mémoires ») n’a même pas été retenu dans le sujet.

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